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13/01/2015

Ma nouvelle naissance

Quand on est un enfant, certains évènements, certains gestes ou certaines paroles prennent des proportions dont les adultes n’ont pas conscience. Les petits loups ne sont pas épargnés par cela, et ce que je vais vous conter est parfaitement véridique. Lorsque j’en ai parlé à ma mère, bien des années plus tard, elle est fut très surprise, ne s’étant jamais doutée de rien. Peut-être parce qu’elle n’était pas assez à l’écoute de son petit louveteau, mais cela est une autre histoire, je n’en parlerai qu’en présence de mon Psy.
Venons en aux faits, voilà t’y pas qu’un beau jour, remontant aux confins de ma mémoire, j’appris par quelles indiscrétions que ma mère devait, enfin, se rendre à la maternité, j’écris «enfin » car j’étais tout à fait persuadé, qu ‘elle y allait pour moi afin de régulariser cette incroyable situation dont-on me rabattait les oreilles et qui faisait de moi un clandestin en séjour irrégulier depuis ma naissance. J’étais celui qui n’était pas né comme les autres et je le ressentais très mal.
Dans ma charmante petite tête de loup j’avais du mal à comprendre : Tout enfant qui naît doit passer par la maternité. Or près de cinq années s’étaient passées depuis ma naissance dans la salle à manger de ma Grand-mère, et mes parents n’avaient pas encore trouvé le temps de se mettre en règle avec « la norme ». Qu’avais-je donc fait pour mériter d’être ainsi délaissé ?
La nouvelle me réjouissait donc fort, et comme je n’y connaissais rien, je ne fis aucune relation avec le ventre de ma mère qui s’arrondissait à vue d’œil. Mon père m’expliqua un soir, que nous pourrions entendre battre le cœur de « la petite sœur » si nous posions notre tête près du nombril de ma mère. Franchement, je ne voyais pas où il voulait en venir.
Le 24 janvier 1954, mon père arriva tout joyeux, et nous dit que nous allions à la maternité. Il était temps, depuis qu’on me le promettait, cette journée s’annonçait fabuleuse, car imaginez-vous, qu’en plus, il avait neigé, « ma première vraie neige », la plus ancienne dont je me souvienne. Nous nous rendîmes à pied jusqu’à l’établissement hospitalier situé à moins de cinq minutes de la maison car les routes étaient impraticables et que de toute façon nous n’avions pas de voiture.
Et voici que dans ce bâtiment de briques rouges, j’ai cru que j’hallucinais, je découvris que j’avais un petit frère, ce qui, en soit, n’était pas si grave que ça, mais mes parents n’eurent même pas l’idée de profiter de sa naissance pour régulariser la mienne. Je découvris ce jour là que les adultes étaient encore plus immatures que nous.
souvenirs d'enfanceJe passe bien sûr, sur la tromperie sur la marchandise, on nous avait promis une petite sœur, et voilà que nous avions un troisième « larron ».
Ma mère fut très peinée d’avoir encore un garçon, et ne se consola que lorsque ma grand-mère Léontine (la sorcière) lui promis que plus tard elle aurait « une » petite fille.
Ce que mon aïeule avait prédit s’avéra exacte, il y eu « une » fille, qu’ « une » seule à la génération suivante au milieu d'une floppée de cousins. Elle est d’ailleurs très fière d’être celle par lui la prédiction de son arrière grand-mère s’est accomplie

(Mon portrait en 1954, dessiné par mon père)

18/07/2014

La piquette de Benjamin (Dédié à Saadou) réédition

Et si nous nous prenions une petite piquette ? Non, je ne vous parle pas du résultat du prochain match de l’équipe de France, ma piquette à moi, c’est la boisson, et ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas d’un mauvais vin, (bien que…..) même si par extension c’est ainsi que l’on désigne la bibine dans notre parler populaire.
J’en vois qui se disent, « Mais de quoi il nous cause le vieux loup ? Quézaco sa piquette ? ». Je suis sûr que la sorcière de Najac a déjà deviné que j’allais en profiter pour parler d’autre chose, comme d’habitude……
Donc, puisque vous y tenez, je vais vous conter l’histoire de mon grand-père Benjamin et de sa petite vigne, perchée à flan de coteau, au fond d’une vallée du Mercantour. Rien qu’avec ça, vous avez déjà une idée du vin qu’il pouvait obtenir, « perchée au fond d’une vallée ». Pourtant comment dire autrement, pour y accéder, il fallait se livrer à une bonne grimpette, mais, même au sommet de la vigne, nous étions encore écrasés par la pente abrupte des parois de la Montagne, et l’étroitesse des rives. L’Hiver, le Soleil n’arrivait pas à atteindre les toits du village (il n’y arrive toujours pas d’ailleurs, malgré de réels efforts ces dernières années et les promesses répétées d’Etrosi …. mais que fait de Sarkozy !)
Autant dire que le taux de productivité de la vigne de Benjamin n’était pas très élevé, presque aussi riquiqui que le terrain sur lequel elle était plantée. Heureusement la chaleur du mois d’août permettait au raisin d’avoir une maturation suffisante pour donner au vin un petit goût sympathique qui justifiait à lui seul les efforts de mon grand-père. A plus que quatre-vingt ans, comme dans la chanson mon vigneron de Pépé montait à sa vigne, la sulfateuse sur le dos et « l’aissade » à la main. Parce que, faut-il le rappeler, à cette époque on ne prenait pas le quad ou le 4x4 pour aller passer le motoculteur au jardin. Nos anciens cheminaient à pied, le matériel sur le dos et les mauvaises herbes ne rendaient l’âme que sous les coups de la binette maniée à la main. S’il connaissait l’existence des désherbants et des pesticides, c’est uniquement parce que Benjamin était un lecteur assidu de « La Terre ».
La récolte (descendue à dos d’homme, s’il vous plait) était destinée uniquement à la consommation de la famille, cependant vous vous doutez qu’il était bien rare qu’elle permette de faire la « jointure » d’une année sur l’autre, c’était même exceptionnel. C’est ainsi que, comme beaucoup de petits paysans de montagne, mon grand-père était contraint de faire de la piquette. La recette n’est pas compliquée, une fois le moût tiré pour confectionner le vin, on récupère le marc auquel on ajoute de l’eau et un peu de sucre. On remet à fermenter et on obtient cette boisson qui a les apparences extérieures du vin mais qui n’en est pas. Les « bonnes années », quand la récolte était bonne, et qu’il n’était pas nécessaire de faire une grosse quantité de piquette, ça pouvait encore aller, beaucoup de marc, pas trop d’eau, le produit tant bien que mal tenait la route, il ne fallait pas chercher ni les parfums ni la robe ni autre chose, dans le meilleur des cas c’est presque imbuvable, et pourtant nos « vieux » s’en contentaient, ils l’emportaient au travail, gardant le bon vin pour le dimanche et les repas en famille. Par contre, lorsque le marc était peu abondant et qu’il fallait l’allonger avec une importante quantité d’eau, le résultat était triste comme un jour sans vin. Un peu comme les résultats de l’équipe de France.

27/06/2014

La Maison mystérieuse

Nous avions rarement l’occasion de pénétrer dans la chambre de mes grands-parents, et lorsque cela se produisait c’était toujours pour assister à quelques choses d’extraordinaires, (pour nous), comme par exemple la pose de ventouses sur le dos de « Popeye " surnom que ses fils avaient donné à mon grand-père.
Ce soir là, l’objet de notre venue et de notre curiosité était un « jouet », du moins c’est ce que je crus d’abord, il s’agissait de la maquette en contre plaqué d’une petite maison presque cubique avec un hangar sur le coté droit et une « véranda » sur la face arrière. Cela ressemblait fort à nos petites fermes en bois qui nous permettaient de jouer aux paysans, avec nos troupeaux de moutons en plastique, nos veaux, vaches, cochons, couvées en même métal, comme dirait mon père.
Je me demandais bien pourquoi nous devions tous nous extasier devant cette maisonnette, et j’attendais le moment où nous pourrions en prendre possession pour nous amuser.
Je fus très désabusé lorsque mon grand-père replaça très religieusement la maquette dans l’armoire normande de sa chambre. Pour nous consoler, il nous montra les emprunts russes, qui avaient l’air d’amuser tout le monde. Je ne pouvais pas savoir que cela représentait toutes les économies que mon arrière-grand-mère avait placées avant la guerre de 1914. Mon grand-père les remis à leur place en disant « On ne sait jamais, les soviétiques finiront bien par respecter les règles internationales ». Je ne comprenais rien à tout cela, pourtant Popeye finira par avoir raison, quinze ans après sa mort, les Russes acceptèrent, en 1998, de rembourser en francs, ce qui avaient été payé en « francs or » près d’un siècle avant. Sans les intérêts, bien sur ! ! !
J’oubliais rapidement les emprunts russes et la maisonnette en carton, retournant à ma vielle ferme qui avait finalement son charme.
Un nom commençait cependant à « traîner » dans les conversations, celui de VILLIERS, qui constituait avec PAULNAY et SAULNAY les « Trois pays du triangle des sorciers » d’après un dicton du BERRY et où reposait « l’Oncle Auguste ». Il était de son vivant sabotier et garde chasse. Deux métiers de fainéant disaient les paysans, ce qui manquait d’indulgence, sinon d’objectivité. On lui reprochait d’être un grand coureur de jupons devant l’éternel ce qui était très exagéré, car sa réputation était telle que ce sont les filles qui lui courraient après. L’oncle Auguste était un homme superbe, de haute taille, et qu’il avait été cuirassier pendant le service militaire. Il faisait aussi fonction de prévôt d’armes, c’est à dire entraîneur d’escrime. Avec ses jolies bacchantes et sa belle prestance, pas étonnant qu’il ait fait des ravages parmi ses contemporaines. Et je n’oublie pas de rappeler qu’en outre il exerçait comme il se doit la sorcellerie, désenvoûteur d’après ses amis, et jeteur de sort pour les mauvaises langues.
Un beau jour de printemps, je devais avoir six ou sept ans, la famille se mit en ordre de marche, comme je vous l’ai déjà décrit par ailleurs : mes grands-parents dans la 4 Cv, nous derrière, Luc entre Jean-Claude et moi dans sa caisse d’Omo, en guise de berceau, une partie des valises solidement fixées sur la galerie du toit, le reste dans la « cinquième roue », sorte de remorque équipée d’une seule roue au centre et attelée de manière rigide au pare-chocs de la voiture. Quant à mes parents, ils suivaient comme d’habitude sur la Vespa.
A la sortie d’une petite agglomération, en direction de MEZIERES en BRENNE, nous stoppâmes devant une maisonnette cachée par des plantes grimpantes. Après quelques minutes je réalisais que je me retrouvais devant la même maison que celle de la maquette, mais en vrai. Elle ne paraissait pas aussi fraîche que son modèle réduit, mais la ressemblance était frappante. Nous étions à VILLIERS.
C’était un petit paradis pour des enfants, dans les grandes herbes qui envahissaient le jardin, Jean-Claude et moi, trouvâmes deux petites huttes, en chaumes. C’était d’anciens poulaillers, une véritable aubaine pour nous de « posséder » ainsi des cabanes toutes faites, et qui nous appartenaient, car, nous avions déjà compris une chose importante, nous étions « chez nous ».
Le hangar qui jouxtait la maison était fait de planches, plus tard, conformément à la maquette, Popeye le remontera en « dur », quant à la véranda, c’était en réalité l’atelier de sabotier de l’oncle, Auguste GEORGET, avec ses outils et des sabots en cours de fabrication, comme si le maître artisan, s’était absenté pour quelques minutes et allait reprendre son ouvrage, après nous avoir accueillis.
J’étais trop jeune à l’époque pour partager l’émotion que devaient ressentir les adultes à cet instant, où tout était figé à la minute où le vieil homme avait fait le malaise qui allait l’emporter, alors qu’il confectionnait sa dernière paire de sabots.740ded60bf184cfdd1815365eb3905e2.jpg
Popeye à sa fenêtre.
Pour la petite histoire, ce minuscule Village fut mêlé à l’Affaire MIS et THIENOT qui défraya la chronique en 1950. Le crime de MÉZIÈRE en BRÊNNE s’est déroulé à moins de huit kilomètres de la maisonnette de la Tante Berthe. Le très douteux et très contreversé principal témoin à charge, logeait à cette époque chez sa mère à VILLIERS, c’était un simple d’esprit que le Patron du Garde Chasse assassiné fit transférer dans ces propriétés du Nord de la France après le procès pour qu’il ne puisse pas être « manipulé » par le comité de soutien.
C’est dans cette maison que mon grand-père se retira lors de sa retraite qui coïncida avec la mort de ma grand-mère. La jolie maquette en bois était leur projet commun, il se retrouva seul pour le réaliser.

28/02/2014

La Maison Mystérieuse

Réédition.

Nous avions rarement l’occasion de pénétrer dans la chambre de mes grands-parents, et lorsque cela se produisait c’était toujours pour assister à quelques choses d’extraordinaires, (pour nous), comme par exemple la pose de ventouses sur le dos de « Popeye " surnom que ses fils avaient donné à mon grand-père.
Ce soir là, l’objet de notre venue et de notre curiosité était un « jouet », du moins c’est ce que je crus d’abord, il s’agissait de la maquette en contre plaqué d’une petite maison presque cubique avec un hangar sur le coté droit et une « véranda » sur la face arrière. Cela ressemblait fort à nos petites fermes en bois qui nous permettaient de jouer aux paysans, avec nos troupeaux de moutons en plastique, nos veaux, vaches, cochons, couvées en même métal, comme dirait mon père.
Je me demandais bien pourquoi nous devions tous nous extasier devant cette maisonnette, et j’attendais le moment où nous pourrions en prendre possession pour nous amuser.
Je fus très désabusé lorsque mon grand-père replaça très religieusement la maquette dans l’armoire normande de sa chambre. Pour nous consoler, il nous montra les emprunts russes, qui avaient l’air d’amuser tout le monde. Je ne pouvais pas savoir que cela représentait toutes les économies que mon arrière-grand-mère avait placées avant la guerre de 1914. Mon grand-père les remis à leur place en disant « On ne sait jamais, les soviétiques finiront bien par respecter les règles internationales ». Je ne comprenais rien à tout cela, pourtant Popeye finira par avoir raison, quinze ans après sa mort, les Russes acceptèrent, en 1998, de rembourser en francs, ce qui avaient été payé en « francs or » près d’un siècle avant. Sans les intérêts, bien sur ! ! !
J’oubliais rapidement les emprunts russes et la maisonnette en carton, retournant à ma vielle ferme qui avait finalement son charme.
Un nom commençait cependant à « traîner » dans les conversations, celui de VILLIERS, qui constituait avec PAULNAY et SAULNAY les « Trois pays du triangle des sorciers » d’après un dicton du BERRY et où reposait « l’Oncle Auguste ». Il était de son vivant sabotier et garde chasse. Deux métiers de fainéant disaient les paysans, ce qui manquait d’indulgence, sinon d’objectivité. On lui reprochait d’être un grand coureur de jupons devant l’éternel ce qui était très exagéré, car sa réputation était telle que ce sont les filles qui lui courraient après. L’oncle Auguste était un homme superbe, de haute taille, et qu’il avait été cuirassier pendant le service militaire. Il faisait aussi fonction de prévôt d’armes, c’est à dire entraîneur d’escrime. Avec ses jolies bacchantes et sa belle prestance, pas étonnant qu’il ait fait des ravages parmi ses contemporaines. Et je n’oublie pas de rappeler qu’en outre il exerçait comme il se doit la sorcellerie, désenvoûteur d’après ses amis, et jeteur de sort pour les mauvaises langues.
Un beau jour de printemps, je devais avoir six ou sept ans, la famille se mit en ordre de marche, comme je vous l’ai déjà décrit par ailleurs : mes grands-parents dans la 4 Cv, nous derrière, Luc entre Jean-Claude et moi dans sa caisse d’Omo, en guise de berceau, une partie des valises solidement fixées sur la galerie du toit, le reste dans la « cinquième roue », sorte de remorque équipée d’une seule roue au centre et attelée de manière rigide au pare-chocs de la voiture. Quant à mes parents, ils suivaient comme d’habitude sur la Vespa.
A la sortie d’une petite agglomération, en direction de MEZIERES en BRENNE, nous stoppâmes devant une maisonnette cachée par des plantes grimpantes. Après quelques minutes je réalisais que je me retrouvais devant la même maison que celle de la maquette, mais en vrai. Elle ne paraissait pas aussi fraîche que son modèle réduit, mais la ressemblance était frappante. Nous étions à VILLIERS.
C’était un petit paradis pour des enfants, dans les grandes herbes qui envahissaient le jardin, Jean-Claude et moi, trouvâmes deux petites huttes, en chaumes. C’était d’anciens poulaillers, une véritable aubaine pour nous de « posséder » ainsi des cabanes toutes faites, et qui nous appartenaient, car, nous avions déjà compris une chose importante, nous étions « chez nous ».
Le hangar qui jouxtait la maison était fait de planches, plus tard, conformément à la maquette, Popeye le remontera en « dur », quant à la véranda, c’était en réalité l’atelier de sabotier de l’oncle, Auguste GEORGET, avec ses outils et des sabots en cours de fabrication, comme si le maître artisan, s’était absenté pour quelques minutes et allait reprendre son ouvrage, après nous avoir accueillis.
J’étais trop jeune à l’époque pour partager l’émotion que devaient ressentir les adultes à cet instant, où tout était figé à la minute où le vieil homme avait fait le malaise qui allait l’emporter, alors qu’il confectionnait sa dernière paire de sabots.
Villiers.jpgPopeye à sa fenêtre.(Derrière la Mairie-École du village dont il fut le maire)

Pour la petite histoire, ce minuscule Village fut mêlé à l’Affaire MIS et THIENOT qui défraya la chronique en 1950. Le crime de MÉZIÈRE en BRÊNNE s’est déroulé à moins de huit kilomètres de la maisonnette de la Tante Berthe. Le très douteux et très contreversé principal témoin à charge, logeait à cette époque chez sa mère à VILLIERS, c’était un simple d’esprit que le Patron du Garde Chasse assassiné fit transférer dans ces propriétés du Nord de la France après le procès pour qu’il ne puisse pas être « manipulé » par le comité de soutien.
C’est dans cette maison que mon grand-père se retira lors de sa retraite qui coïncida avec la mort de ma grand-mère. La jolie maquette en bois était leur projet commun, il se retrouva seul pour le réaliser