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26/06/2015

La vie en internat dans les année 60 (1ere partie)

J’ai débuté ma scolarité secondaire en Picardie, à cette époque, j’étais « en pension » chez mes grands parents paternels. Mon père et ma mère traversaient « une mauvaise passe », ils avaient voulu se rapprocher du pays de Nice, qu’ils avaient quittés alors que j’avais à peine quatre mois. De déménagement en déménagement ils avaient échoués à Saint Alban sur Limagnole, près de Saint CHELY d’APCHER en plein Gévaudan, nous étions bien loin de mon cher Mercantour et de la vallée du Var, mais pour eux, c’était déjà le midi.
Quand à moi, je faisais les frais de tous ces changements et je me retrouvais bien loin de mes parents, à une époque où voyager n’était pas aussi simple d’aujourd’hui. J’étais resté déjà un an sans les voir, et je m’apprêtais à « rempiler ». Nous étions en 1960 et je venais d’être admis en « sixième ».
Quinze jours après la rentrée, ma grand-mère tombait dans le coma, elle devait décéder le 12 Novembre.
Mon grand père ne pouvant faire face à la situation, je fut interne dès les premiers jours de la maladie de ma grand-mère.
A la fin du trimestre, ma tante vint me chercher au lycée pour me conduire à PARIS.
Il faisait nuit, je jetais un long coup d’œil à la façade du lycée, me disant que c’était la dernière fois que je la voyais, en passant je remplissais de la même façon ma mémoire d’images de la maison de mes grands parents désormais définitivement vide.
Le lendemain je pris, seul, le train pour Saint CHELY d’APCHER. J’étais désormais inscrit, comme interne au lycée d’état de Saint FLOUR (dans le Cantal) qui était un tout petit établissement, comme d’ailleurs la plupart des écoles et collèges publics de la région. L’enseignement catholique, dite « école libre » écrasait de toute sa puissance le système éducatif.
Face au lycée se trouvait le « petit séminaire », le terme « petit » était mal approprié, uniquement destiné à le différencier du « grand » séminaire qui était le centre de formation des futurs prêtres. Il s’agissait en fait d’un lycée privé, catholique, bien entendu dont la capacité d’accueil était deux ou trois fois celle de notre établissement, parent pauvre de l’éducation nationale.
J’ai été frappé, c’est le cas de le dire, par la violence xénophobe des autres élèves. Moi le Niçois, j’étais devenu « le Parisien », peu importe que je ne connaisse pas du tout Paris, j’arrivais de « la haut » c’était une faute impardonnable qui exigeait une punition exemplaire. Ainsi, pendant les promenades que nous effectuions les mercredis et les W-End que nous passions au lycée, j’avais régulièrement droit à « la mise à l’air », petit jeu qui consistait, sous l’œil hilare des pions, à me saisir à plusieurs, (car ce qui distingue les imbéciles, c’est d’abord leur lâcheté), à me baisser pantalon et slip et à me traîner dans la neige. J’ai ainsi eu de nombreuses fois l’occasion de dévaler à moitié à poil les pentes du château d’eau de Saint FLOUR. Inutile de me plaindre à qui que ce soit, au mieux je risquais de me heurter à l’indifférence des surveillants d’internat, au pire, c’était le prétexte pour recommencer. Il était aussi de bon ton de me coincer dans la cour pour me taper dessus, dès que j’offrais une résistance, le tortionnaire de service bénéficiait d’un prompt renfort. Je passe bien entendu sur les répétitifs « Parisien, tête de chien, Parigot, tête de veau ». Dix fois par jour pendant trois ans, ça saoule.
Il me fallut un certain temps pour comprendre que la meilleure solution était de rendre les coups, de toute façon, ça ne pouvait pas être pire. On pourrait croire que c’est une lapalissade, mais les lâches ne sont pas courageux, l’important avec eux n’est pas le nombre de coups que tu reçois mais celui que tu peux leur donner, qu’importe qu’ils soient plus grand, plus fort, plus costaud, lorsqu’ils ont compris qu’ils risquent de prendre un « bon pain », ils réfléchissent à deux fois avant de t ‘agresser.
C’est une leçon de vie je découvris petit à petit que ce qui est valable dans une cour de récréation l’est aussi au boulot, avec tes voisins ou en politique. Il faut faire comprendre à celui qui t’agresse, même s’il est plus fort, que tu ne crains pas l’affrontement et qu’il y laissera aussi quelques plumes, s’il veut se frotter à toi.

J'y ai aussi compris ce qu'était le racisme, cette ignominie qui permet à des individus, sous prétexte que l’autre est différent et minoritaire d’user de violences envers lui. La Bête du GÉVAUDAN n’est pas morte, elle vit encore dans l’âme de certains.

14/02/2014

Modeste Désiré

J’ai connu Modeste-Désiré en 1972, il avait passé la quarantaine et était « toujours » interne des hôpitaux, j’écris « toujours » vous allez comprendre pourquoi bientôt. Il était arrivé de son Haïti natal dans les années cinquante pour faire ses études de médecine en France. Quoi de plus anodin en apparence, si ce n’est, qu’à cette époque régnait sur son île « Papa Doc  Duvalier », l’un des plus sinistre dictateur des caraïbes, à qui la république haïtienne doit la terrible situation dans laquelle elle se trouve actuellement.

Comme beaucoup d’étudiants étrangers, issus de république bananière, Modeste-Désiré, avait découvert la démocratie au quartier latin et avait pris conscience du drame épouvantable qui se déroulait chez lui. Sans pour autant militer dans l’opposition au régime de « Papa Doc » il avait noué des liens avec des membres de celle-ci. Un beau jour, un diplomate de son ambassade l’informa qu’il ne valait mieux pas qu’il retourne au pays, les « Tontons Macoutes »  l’avaient inscrit sur la liste rouge des personnes à éliminer. Modeste-Désiré, une fois son doctorat en poche demanda l’asile politique en France, ce qui lui fut accordé.

Malheureusement pour lui, en ce temps là, pas si lointain, sans la nationalité Française, il ne pouvait exercer la médecine dans notre pays, même avec un diplôme français, que ce soit en libéral ou en milieu hospitalier. Seuls les étudiants en médecine pouvaient travailler comme internes dans les hôpitaux. Notre ami n’avait donc le choix qu’entre : décharger des cageots aux halles ou celui de redevenir étudiant, car il fallait bien qu’il gagne sa vie, d’autant qu’il venait de créer une famille.

Il prépara donc une spécialisation en cardiologie, puis en réanimation, devint chirurgien et tout cela en vivant d’un modeste salaire d’interne, logé dans un appartement de fonction. Ce n’était pas la belle vie, mais c’était la vie quand même. Il devint itinérant, se déplaçant de région en région en fonction des postes qu’on lui proposait. C’est ainsi qu’un beau jour, un nouveau beau diplôme en poche, tout à fait par hasard, il s’inscrivit à la faculté de Médecine de Lyon afin de devenir psychiatre, persuadé que ce « serait plus reposant »

Il débarqua ainsi à l’internat du centre hospitalier où je travaillais comme jeune infirmier. Nous étions voisins, les studios que l’administration louait à ses employés étant situés à coté de l’internat. L’Hôpital était tout neuf, le personnel aussi, presque tous célibataires, et rapidement nous apprîmes à faire la fête ensemble, et Modeste-Désiré devint un « copain » parmi les autres même s’il était marié et plus âgé que nous.  Bien entendu nous l’avions surnommé « Landru »  car notre illustre partisan de la femme au foyer se prénommait Henri-Désiré. Comment ça ? : « C’est tiré par les cheveux ! » , Heu, bon d’accord , je vous l’accorde, mais comme nous avions tous des surnoms, c’est le premier qui nous était venu à l’idée pour lui.

L’administration est ainsi faite, qu’elle peut interdire à un médecin d’exercer ses qualifications dans la fonction publique ou dans le secteur libéral, mais paradoxalement se souvenir, d’un seul coup, quand ça l’arrange, des diplômes du dit médecin. Et le directeur de l’Hôpital où nous travaillions, ne s’embarrassait pas de scrupules pour demander à Henri-Dé…. heu Pardon, à Modeste–Désiré, de mettre ses compétences multiples à la disposition de l’ensemble de l’établissement en particulier pour assurer la permanence des gardes au service d’urgence.

C’est ainsi, qu’une nuit, il accueillit, un ivrogne patenté qui venait d’avoir un grave accident de la route, et qui n’était pas frais du tout. Sitôt le bonhomme installé sur la table de consultation Modeste (on va dire Modeste, c’est plus facile), Modeste voulut faire un premier bilan de l’état du blessé quand celui-ci, retrouvant brièvement ses esprits s’écriât :

-Foutez moi ce nègre dehors.

-Je suis le Médecin !

-Rien à foutre, je ne me laisserai pas toucher par un bougnoule

-Comme vous voulez, je m’en vais.

Et il passa dans la pièce d’à coté.

Stupeur dans la salle. La surveillante demandant à Modeste de revenir tandis que le blessé criait qu’on le laissait mourir. Notre ami retourna auprès de lui et lui dit.

-Je suis le seul médecin de garde, si vous n’acceptez pas que je vous soigne vous mettrez votre vie en danger.

-appelez un autre docteur !

-Pas question, il y en a déjà un mis à votre disposition par l’hôpital, si vous n’en voulez pas tant pis pour vous

Et il repassa dans la pièce d’à coté ou la surveillante lui demanda d’appeler un collègue, mais Modeste resta ferme

-Ce que je viens de dire à cette personne vaut pour vous.

-Mais il va mourir !

-C’est son choix

-Nous allons être poursuivi pour non assistance ….

--Ah non, nous ne lui refusons pas notre aide, c’est lui qui n’en veut pas.

La surveillante saisit le téléphone, appela le directeur, qui voulut réquisitionner un autre interne, mais ceux-ci, apprenant la situation, refusèrent arguant  qu’ils ne pouvaient être réquisitionnés qu’en cas absence de médecin aux urgences, ce qui n’était pas le cas.

Et pendant ce temps là, notre ivrogne continuait de « crever » en refusant l’intervention du « nègre »

Le directeur se souvint qu’il y avait parmi les généralistes qui effectuaient des vacations à l’hôpital, un vieux médecin, ancien pétainiste, réac comme ce n’est pas Dieu possible. Il l’appela, et l’autre, « compatissant » pour le blessé accepta de venir. Malheureusement pour lui, il ne pouvait pas faire grand-chose, le patient qui avait perdu beaucoup de sang, risquait un collapsus cardiaque, il fallait l’opérer d’urgence, et le seul chirurgien disponible, cardiologue de surcroît, c’était Modeste.

Quand au blessé, bien que de plus en plus mal, il continuait de s’opposer en termes violents et orduriers à la présence du haïtien.

On fit appel au Maire de la commune qui au vu d’un certificat médical du vieux généraliste, rédigea un arrêté d’internement d’office en psychiatrie.

On pouvait enfin se passer de l’accord du malade, Modeste le « shoota »  et put opérer et sauver l’ivrogne, qui une fois rétablit et dégrisé ne lui en fut même pas reconnaissant.

 

06:24 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : racisme