Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

25/11/2016

Nuits sans silence

Dans la grande maison que nous partagions avec mon Grand-père dans les années 50, il y avait une pièce qui nous faisait terriblement peur à Jean-Claude et à moi même, c’était la chambre de la morte !!!
Il nous arrivait parfois d’y jeter un œil, sans jamais nous attarder, c’est là que la tante Berthe avait vécu les dernières années de sa vie. (La sorcière berrichonne qui attirait la foudre pour ceux qui ont lu les notes précédentes), C’est aussi dans cette chambre qu’elle s’est éteinte en 1951. Nous logions juste à coté, dans notre « appartement », (si l’on peut appeler ainsi trois pièces, sans toilette ni sanitaire). A la suite de la naissance de Luc, en 1954, nos parents décidèrent de me faire dormir dans la Chambre de la Tante afin de laisser ma place à notre plus jeune frère. Lorsque je me retrouvais la nuit, seul, j’avais très peur, pas tellement de voir surgir le fantôme de la Tante Berthe, (Nous étions très copains, paraît-il) mais parce que j’étais isolé du reste de la famille, l’entrée de la pièce donnait sur le même palier que « l’appartement » mais elle n’en faisait pas partie.
Le soir, j’avais du mal à m’endormir, mais je découvris rapidement des jeux qui me permirent de penser à autre chose. J’admirais d’abord les dessins produits par les phares des voitures au travers des volets. Des éventails de lumière parcouraient le plafond en décrivant des arcs de cercle, dans le sens inverse de celui dans lequel roulaient les autos. Je dois préciser que ma fenêtre donnait sur la Nationale reliant Paris à Bruxelles, à une époque où l’autoroute relevait de la science fiction.
En suite, je me mis à reconnaître le bruit des moteurs, j’étais imbattable, même dans la journée, il m’arrivait de tourner le dos à la circulation et de dire, « voilà une traction, une 403, une deux chevaux », Mon oncle MIKI était admiratif, je pouvais identifier tous les modèles français, faisant la différence entre une dauphine et une 4 Cv, qui pourtant étaient équipées du même moteur. Chaque soir, avant de m’endormir j’ouvrais un concours, et juste avant de fermer les yeux je me disais, « Les arondes ont gagné, ou bien les Panhard ».
808515749.jpgUne nuit je fus réveillé par un bruit anormal, celui d’un choc, je tendais l’oreille, je ne distinguais rien de précis, mais j’avais la certitude qu’il se passait quelque chose, j’ouvris la fenêtre et je finis par entr’apercevoir une masse anormale sur le trottoir d’en face, à une soixantaine de mètres de la maison en direction du centre ville. Il n’y avait rien d’autre ; si ce n’est qu’un léger murmure. Je courus réveiller mon père, qui se leva, jeta un œil, et s’empressa de s’habiller. Je le vis courir dans la rue, ainsi que deux gendarmes dont la caserne se trouvait à proximité de la maison.
Les voisins finirent par sortir à leur tour, et ma mère me demanda de me recoucher, ce que je fis. Bien plus tard, j’entendis revenir mon père, je n’osais pas aller le rejoindre dans sa chambre, mais je me glissais quand même dans le couloir pour écouter les bribes de ce qu’il disait à ma mère « Fracture du crâne … elle n’avait pas de casque…. le vélo lui a coupé la route… il n’était pas éclairé…. c’est le gamin d’à coté… il n’a rien eu mais c’est les parents qui vont devoir payer…elle avait un gosse… son scooter a touché le trottoir et sa tête a heurté le rebord de celui-ci ».
Le lendemain tout le monde à l’école parlait de l’accident et de la mort de la conductrice de la Vespa, moi, je ne disais rien mais
aujourd’hui, lorsque j’y pense, je vois encore cette « masse anormale » couchée sur le trottoir..

http://www.deezer.com/listen-921901

11/07/2014

La Juva quatre du Diale

Les Années Soixante

Nos séjours à PUGET étaient l’occasion de participer ou plutôt d’assister, à de nombreuses fêtes votives. L’une des préférées de mon père était celle de LA CROIX, un village perché au-dessus de la vallée de la ROUDOULE, comme on en trouve dans le MERCANTOUR. La route, étroite et vertigineuse, grimpe à flan de ravin pour nous conduire dans un petit ensemble de maisons suspendues entre l’abîme et le ciel. Le soir de la fête un feu d’artifice illuminait les falaises et la vallée.
Une année, nous sommes montés avec la famille d’Alain, lequel commençait tout juste à fréquenter ma cousine Roselyne. Nous avions, les enfants, choisi de monter avec son père, Émile COMPAGNON, (plombier de son état), parce qu’il avait une JUVA Quatre RENAULT, dont la conception, je crois, était d’avant guerre. C’était l’ancêtre des fourgonnettes 4L, des express et autres C15. Nous étions entassés dans le coffre à l’arrière et nous effectuâmes les deux trajets, aller et retour ainsi.
DSCN4443 2.jpgLe soir, en se couchant, ce brave homme se redressa dans son lit et dit à sa femme, « J’ai passé une bonne journée » et il s’écroula, mort. Autant dire que dans une famille d’hystériques, niçoise de surcroît, on délira fort le lendemain, imaginant ces pauvres enfants partant dans le fin fond de l’abîme avec la JUVA Quatre et son conducteur mort au volant.
Aujourd’hui encore, un demi siècle après, on m’en parle encore, « Ah, c’est vrai que tu y étais dans la Juva le jour de la mort d’Emile !! »
Ce fut mon premier vrai enterrement, nous étions là pour la sortie du corps. J’avais assez peur, j’imaginais le cercueil, sinistre, entièrement noir, comme ils me paraissaient être dans nos films en Noir et Blanc, je fus surpris et même rassuré de voir ce coffre en chêne clair, bien verni, je ne pus m’empêcher de penser que finalement c’était « un beau meuble »..

 

http://www.deezer.com/listen-5515476

19/06/2014

Et hop, un petit zeste d'érotisme

Je crois que je vous ai déjà raconté pourquoi j’avais choisi d’écrire sous le nom d’AKELA. Comment ça NON ? , mais si !!! mais si !!! Cela date de quelques semaines, enfin, comme je suis brave et pour ceux qui auraient oublié ou qui n’ont pas suivi, je vais recommencer, Mon nom de famille vient d'un ancien nom de baptême d'origine germanique, formé de deux mots signifiant conseil et loup.(ou Clan des loups),celui qui appartient au clan, au conseil des loups.
Cette parenté est accentuée par le fait que je suis né dans un village au pied du Mercantour, là où les loups ont choisi de revenir sans l’aide ni l’autorisation de l’homme. Un loup bien éduqué se doit d’avoir un nom, WOLF faisant trop germanique, je me suis octroyé le patronyme du chef de la meute qui recueillit Mowgli dans la livre de la Jungle .Cela peut paraître un peu prétentieux mais en tant que détenteur de la mémoire familiale, gardien du livre des souvenirs reconnu par l’ensemble du Clan des loups, il ne m’a pas parut incorrect de prendre le nom d’AKELA. Car, faut-il vous le préciser, j’ai reçu des mains de mes anciens, les mémoires du Grand-père, ainsi que le carnet de route et les lettres de l’oncle tué pendant la guerre de 1914-1918.
Cela dit, lorsque j’ai choisi d’écrire sous ce nom, j’avais complètement oublié que la chef des cheftaines, quand j’allais aux louveteaux, avait, elle aussi pris le nom d’AKELA, cela m’est revenu plus tard en écrivant les premiers récits sur cette partie de ma vie. Eh oui, quand j’étais un jeune loup, j’allais aux louveteaux, quoi de plus naturel en somme , je dois d’ailleurs à ce passage d’avoir très rapidement eu une crise de « foi » , suivie d’un accès d’anticléricalisme , qui n’a cessé qu’avec le temps, et d’innombrables « injonctions » d’appel intérieur à la tolérance. De temps en temps, par ci par là, quelques propos indigestes d’un pape ou d’un de ses sous papes provoquent une rechute temporaire mais heureusement éphémère.
A Clermont, dans le département de l’Oise, le quartier général des louveteaux se partageait en deux lieux, le premier, l’officiel était le presbytère situé près de l’église, face à une aire de jeu en terre battue, dont on disait qu’elle était autrefois le cimetière, ce qui est probable, et qui doit être aujourd’hui, goudronnée et transformée en parking. Le second, était le magasin « La Hutte » rue de la République, tenu par les parents des cheftaines AKELA et RAKSHA qui nous encadraient, c’est chez eux que nous devions nous fournir en insignes foulards etc.
Mais là, comme d’habitude, je m’éloigne du sujet, et ce serai dommage de vous priver d’un grand moment d’érotisme que, même Clara MORGANE n’a pas su me faire oublier.
AKELA était donc le nom de ma cheftaine, ce n’est d’ailleurs pas du tout original, elles s’appellent toutes ou presque AKELA, c’est même devenu un nom commun, quand des responsables de louveteaux cherchent une animatrice, ils disent « une AKELA » .
C’est tout le paradoxe, de mouvement scout, très impliqué religieusement dans les années 50 , que de donner un nom de « loup mâle » à une jeune femme. Mais ce n’est absolument pas neutre, car AKELA, chez les louveteaux, représente le pouvoir, et la jeune fille qui l’assiste, et qui lui doit donc obéissance, porte le nom de la femelle « RAKSHA ».
Mais où est donc l’érotisme dans tout cela ? Prenez patience, j’y viens.
Une année, notre « meute » organisa un camps d’été en Normandie, où exactement ? Je ne m’en souviens plus, mais nous avions eu l’occasion d’admirer les ruines du « Château Gaillard » juché sur une île de la Seine et de nous rendre dans une piscine pour nous baigner.
2005_Garde_suisse_au_service_du_PapeM.jpgCe jour là, j’ai eu une révélation en regardant notre cheftaine AKELA, parfaitement moulée dans un maillot de bain jaune, je découvrais à sept ou huit ans qu’un corps de femme pouvait être beau, pour la première fois je réalisais qu’il y avait quelque chose de différent entre la gente féminine et nous. Grâce aux louveteaux, je naissais à l’érotisme bien que ce n’était pas l’objectif initial de cette organisation catholique de m’amener à ressentir ce premier émoi charnel. Je ne devais pas être le seul à être sensible aux charmes de « la demoiselle de La Hutte » car peu de temps après elle se mariait en grandes pompes à Paris. Nous fûmes invités ….à la messe. J’en garde cependant un très grand souvenir car pour la première et dernière fois de ma vie je vis des Gardes Suisses en grands uniformes et Hallebardes.
Ils me firent beaucoup moins d’effet que ma cheftaine..

http://www.deezer.com/listen-2590154

21/02/2014

Mes ancêtres les sorcières

Vous-ai-je déjà dit que ma grand mère maternelle était une sorcière ?.
Léontine, car elle s’appelait ainsi, n’avait aucun diplôme, elle connaissait les plantes qui guérissent (les autres aussi, mais comme elle n’avait pas la moindre once de méchanceté elle les ignorait). On disait de ma grand-mère qu’elle avait le don de prédire l’avenir, personnellement je dirais qu’elle avait plutôt le sens de l’observation, et suffisamment de sagesse et de psychologie pour sentir « venir les choses ». C’était surtout une sage femme, à tous les sens du terme. Elle avait aidé à accoucher de nombreuses mères, mettant entre autre au monde les quatorze ou quinze enfants de sa belle sœur. La présence de cette paysanne de la montagne rassurait autant les futures mamans que l’unique médecin du canton. Pourtant, lorsque je fis savoir qu’il était grand temps de m’accueillir au sein de la famille, Léontine paniqua, la belle sœur c’était normal, les voisines ça pouvait aller, mais sa fille ……cette affaire la dépassait complètement. Ma mère, avec son sens de l’autorité que nous lui connaissions bien, lui secoua les puces et pour mon grand bonheur Léontine me mit au monde.
Je ne suis pas contenté d’un apparentement avec les sorcières uniquement du coté maternelle, car voyez vous, moi qui ne crois pas au hasard, je pense que si mon père a choisi la fille de l’une d’elle, c’est parce que du coté de sa mère ….. vous voyez où je veux en venir ?
Ma mémé Dédée n’appartenait pas à cette confrérie, mais par contre elle était native du Berry, et qui dit Berry dit sorcellerie et Magie Noire. Au cœur de ce pays, fait de Marais et d’étangs, il existe trois villages qui forment ce que les berrichons eux-mêmes appellent le triangle des sorciers, ce n’est rien de dire qu’il s’agit du saint des saints de l’ésotérisme, Un dicton local dit d’ailleurs « Villiers, Saulnay, Paulnay trois pays de sorciers ». Ma grand-mère, petite fille d’instituteur, naquit par hasard dans l’école de son grand-père, à Saulnay, sa mère étant venue se reposer chez ses beaux-parents pour échapper à la « vie parisienne ». Cependant ses origines berrichonnes étaient indéniables, et elle passait souvent ses vacances chez sa Tante Berthe à Villiers, l’un des deux autres villages du fameux triangle.
Piche.jpgLa Tante Berthe, rien que le nom vous avez déjà une idée du personnage, demeurait avec son mari le sabotier en bordure des marais de la Brême, à l’écart du village, juste ce qu’il faut pour être à l’abri des regards indiscrets, tout en ne perdant pas une miette de ce qui pouvait ce passer chez les autres. Imaginez ce pays, celui du grand Meaulnes, couvert de brumes, où il est facile de se perdre dans les marais si l’on n’est pas du cru, vous avez ainsi une petite idée réjouissante du cadre et pour corser le tout, le petit bois derrière chez la tante s’appelait le bois des vipères. Mais qui dit la Tante Berthe dit l’oncle Auguste, le sorcier, enfin le plus sorcier des deux, c’était lui. Jeteur de sorts et désenvoûteur, Malheur a celui qui lui manquerait de respect, les créatures du marais, dont il connaissait les secrets se chargeraient de tourmenter l’importun. Mais ce qui faisait surtout la réputation de l’oncle c’était…comment dire… ? sa…baguette magique. Dans tout le pays elle était connue pour faire du bien aux dames qui souhaitaient en apprécier la sustentifique moelle. L’oncle en faisait un usage immodéré à un point tel que cela n’était plus un secret dans la famille, mais presque un titre de gloire.
Je n’ai pas connu l’oncle, mort bien avant ma naissance, par contre, même si je n’ai aucun souvenir d’elle, j’ai côtoyé la tante les premières années de ma vie, car elle était hébergée chez ma grand-mère après son veuvage. Elle m’aimait bien, et appréciait, elle qui n’avait pas eu d'enfant, de nous garder quand ma mère travaillait.
Il parait que quelques jours avant sa mort, elle m’aurait confié à l’oreille le secret de l’oncle pour enchanter les dames. Malheureusement au Lycée de saint Flour, ils ne faisaient pas Berrichon en seconde langue

http://www.deezer.com/listen-5433163

06:25 Publié dans Les sorcières | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : réédition