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20/05/2016

La route des vacances-1950 -1960

Nos enfants ont du mal à imaginer une époque pas si lointaine, où le moindre voyage était une aventure expéditionnaire. Dans les années 50 nous partions généralement en train mais je me souviens très bien des premiers grands départs en voiture. Le jour dit, toute la famille se mettait en ordre de marche, mes grands-parents à l’avant de la 4 Cv Renault et les trois enfants derrière. Entre Jean-Claude (mon frère aîné) et moi il y avait Luc, le benjamin, dans sa caisse d’Omo, en guise de berceau, une partie des valises solidement fixées sur la galerie du toit, le reste dans la « cinquième roue », sorte de remorque équipée d’une seule roue au centre et attelée de manière rigide au pare-chocs de la voiture. Quant à mes parents, ils suivaient sur la Vespa. Je ne sais combien de voyages avons nous fait dans ses conditions, mais lorsque quarante ans plus tard, j’ai découvert un modèle réduit de 4 Cv au 1/14ème avec cette fameuse « cinquième roue », je n’ai pas hésité à l’acquérir et à l’exposer sur une étagère de la bibliothèque.

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Plus tard, au début des années soixante, lorsque la famille s’est établie temporairement en Lozère, nous partions chaque été pour Puget-Théniers, mon village natal, aux confins de la Provence et du comté de Nice dans la vallée du Var. Le trajet était une véritable expédition, dont la première épreuve était la traversée des Cévennes suivie de la descente sur la vallée du RHÔNE, ensuite nous devions rallier NICE par les nationales puis Puget. Désormais, c’était nos parents qui se trouvaient à l’avant de la voiture, une Dyna Panhard,

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avec mes frères nous étions entassés à l’arrière sur la banquette en Skaï véritable, en principe Luc était callé entre ses aînés, mais généralement il était aussi le premier à vomir, et nous rechignions à lui laisser la place près de la portière. Mes parents avaient tenté de faire suivre une cuvette, mais la solution n’était pas géniale et ils finissaient par préférer s’arrêter chaque fois qu’un haut de cœur annonçait un jet de vomi de l’un d’entre nous, car nous étions parfaitement organisés, dès de Luc allait mieux, Jean-Claude et moi prenions le relais l’un après l’autre, et ainsi de suite, cela durait tout le voyage. Pour éviter le contact avec le plastique de la banquette, mon père avait installé des plaids à l’aide d’une multitude de sandows ultra fins, peine perdue, après quelques kilomètres, la couverture glissait et venait aggraver notre inconfort. Pour nous changer les idées mon père organisait des jeux basés sur notre connaissance des panneaux routiers Nous devions aussi ânonner « Beu et A BA, Beu et É BÉ, BABÉ, Beu et I BI, BABEBI etc. » histoire d’apprendre l’alphabet à LUC. Il ne fallait pas compter sur l’autoradio pour nous distraire, nous n’avions pas ce summum du luxe, mon père avait bien essayé de mettre le transistor dans la voiture mais sans antenne extérieure le résultat n’était pas très glorieux. Il crut le problème résolu quant il acheta une ID 19,

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car comme le toit était en plastique, il était dit que les radios y fonctionnaient sans antenne, ce qui était vrai, à un détail prêt, il fallait orienter le poste en fonction de l’émetteur, ce qui fait qu’à chaque virage ma mère devait corriger l’orientation. Il fallut renoncer aux joies d’écouter Radio Monte CARLO et retourner à nos rengaines.
Pour être honnête nous n’étions pas les seuls à souffrir du voyage, la voiture y allait aussi de ses petits bobos lorsque le pot d’échappement cédait au charme d’un nid de poule, ou qu’une chambre à air s’éprenait d’un magnifique clou oublié sur la chaussée quant il ne s’agissait pas de la batterie qui refusait de donner du jus à la bobine. Un honnête garagiste, nous rassurait aussitôt en nous certifiant que ce n’était pas grave, il fallait juste changer cette fameuse batterie pourtant récente. Nous repartions plus léger de quelques centaines de francs pour retomber en panne cent kilomètres plus loin. Un autre garagiste, goguenard celui là, nous expliquait qu’en fait c’était le fil de l’alternateur qui était débranché et que notre ancienne batterie serait certainement revendue comme neuve à un autre pigeon.
Mon père jurait d’aller parler du pays à l’indélicat mécano sur le chemin du retour, mais comme nous changions d’itinéraire chaque fois, cela restait lettre morte.
Il me parait utile de préciser qu’à cette époque, on voyageait par les « nationales » qui aujourd’hui, feraient honte à nos départementales. Les rocades, les itinéraires bis, les voies de contournement, c’étaient encore du domaine du rêve, Il fallait traverser chaque ville et jusqu’au moindre petit village figurant sur la carte. Nous avions droit à tous les bouchons, Alès, Nîmes, Beaucaire, Aix en Provence, et les plus terribles d’entre eux, Le Luc et Vidauban avant d’atteindre le NIRVANA, la Félicité des automobilistes et de leurs passagers, j’ai nommé « L’AUTOROUTE », soixante kilomètres d’une deux fois deux voies au travers des massifs des Maures et de l’Estérel où nous avions l’occasion de rouler à la vitesse vertigineuse de 100, voir de 110 km / heure et même 120 lorsque nous avons eu l’ID 19 Citroën (mais uniquement pour doubler). Une fois rendus à NICE, nous bénéficions encore d’un répit grâce aux longues lignes droites des Lingostières et de la vallée jusqu’à Saint MARTIN du VAR avant de retrouver la route étroite et sinueuse qui menait à PUGET où nous arrivions passablement malades et épuisés. Vive les vacances.

02/10/2015

En avant vers le passé

Moi, je ne suis pas fait comme tout le monde, quand je sors ma boule de cristal, ce n’est point afin d’explorer l’avenir, mais, tout au contraire, pour me plonger dans le passé. En fait, à bien y réfléchir, c’est plus intéressant : mon futur, il est quelque peu limité et il se rétrécit de jour en jour, tandis que mon passé, lui s’accroît sans cesse, (enfin pour le moment), il ne me réserve pas de mauvaise surprise, (je ne suis pas mort !!)  ni de bonne, (je ne gagnerai pas au loto ni hier ni avant-hier !!!). Il y a bien quelques chipotaïres qui inverseront ma dernière phrase, mais je m’en fous, c’est mon blog et j’écris ce que je veux, non mais !!!!

J’ai donc plongé mon regard dans ma boule de cristal, (pas celle qui, en la secouant, me permet de prédire s’il va neiger sur la tour Eiffel ou sur notre Dame de la Garde), mais une autre, qui a la forme d’un phare de voiture type années Cinquante. Quand nos bagnoles s’appelaient Aronde, Versailles, Vedette, Dyna, Frégate, Caravelle, Floride, Dauphine, Chambord, Ariane, elles sortaient de chez Simca, Panhard, ou Auto Union, Quand vous achetiez une « deux chevaux », elle arrivait du Quai de Javel sans passer par la case Portugal. Nous ne connaissions pas les voitures japonaises, seulement le nom des motos, et ça nous faisait rire, « Yamamoto » «  Suzuki »,  on n’a pas idée de sortir des appellations pareilles, prêtant à des jeux de mots plus ou moins vaseux.

Quand ton secrétaire syndical (tu sais, celui qui roulait en Lada) te disait « achetez français », ça avait du sens. Pas comme maintenant où ta Clio vient de Tchéquie, la VW de ta sœur du Brésil et la Toyota du voisin de Lille. Bon bref, tout cela pour en revenir à cette époque où l’industrie de l’automobile ne connaissait pas la crise, il fallait attendre des mois, voir une année ou deux avant de recevoir la voiture neuve que vous aviez commandée. Mon Grand père avait signé le bon de commande de sa « dedeuche » en 57, il fut livré en 1959 !!!! Les garagistes ne te demandaient pas de verser des arrhes, si tu ne voulais plus de la bagnole, un autre la prenait aussitôt, si bien que le prix d’une « occasion » récente était supérieur au prix du neuf. Certains petits malins qui avaient un peu d’argent d’avance avaient bien compris le système, ils avaient toujours une ou deux voitures en commande, dès qu’une d’entre elles arrivait, ils revendaient la précédente en faisant un petit bénéfice.

Mon père, n’avait, quant à lui, pas du tout le sens des affaires, si tu avais besoin d’un pigeon, t’avais qu’à sonner chez nous, il répondait toujours présent. Il avait lui aussi commandé une « deuche » en  1958, avec l’espoir insensé qu’elle serait livrée avant l’été 59 afin que nous puissions partir tous ensemble en vacances, sans être tributaire des trains, des correspondances et des retards de toutes sortes qui transformaient nos voyages en épopées héroïques.

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Bien entendu, il avait passé son permis chez un garagiste qui faisait aussi auto école, car en ces temps immémoriaux, il n’était pas obligatoire de passer par une officine « pompe à fric » et nul certificat d’aptitude n’était demandé pour former les néo conducteurs. Les vendeurs se chargeaint de cette tache sans problème, ce qui leur permettait de fidéliser les futurs acheteurs. En l’occurrence, notre homme était spécialisé « toutes marques » !!! Avec une petite préférence pour les « Simca »  et en second pour les « Panhard ». Mon père effectuait régulièrement quelques menus travaux de peinture « en lettre » au black pour ce mécano, et il avait ainsi un bon contact avec lui. Il ne fut donc pas particulièrement surpris quand notre garagiste vint lui proposer « une bonne affaire » et quelle affaire !!! : Une voiture neuve d’ici quinze jours, c'est-à-dire juste avant les congés d’été.

« Enfin, monsieur, vous vous voyez traverser la France du Nord au Sud en « Deux chevaux » avec vos trois enfants ? Si on vous livre votre voiture d’ici là, ce qui n’est pas certain du tout ? Franchement vous seriez mieux dans une Dyna Panhard, plus de place, plus de confort, plus de performances, Écoutez, j’ai une combine, je peux vous avoir, avec certitude une Dyna neuve avant le 1er juillet, grâce à moi, vous passerez avant tout le monde, voyez, je vais même m’engager à vous prêter gratuitement, le temps qu’il faudra, un de mes véhicule, si par hasard, elle n’était pas livrée à temps. »

Mon Père était très tenté, et commença à mordre à l’hameçon tout en restant méfiant, il demanda s’il fallait qu’il verse un supplément pour être livré de suite.

« Mais enfin, qu’est-ce que vous croyez, c’est pour vous que je fais ça, vous l’aurez au prix usine, sans le moindre francs de plus, vous pourrez même choisir la couleur, ça ne posera pas de problème »

« Au 1er Juillet l’année modèle va changer et …… »

« Je peux vous certifier que la Dyna Panhard ne subira aucune modification notable dans les mois qui viennent »

800px-Panhard_PL17_005.jpgEt pour cause, 10 jours après que mon père ai pris possession de sa « Dyna », sa production s’arrêtait au profit  de la PL 17, de conception plus moderne, avec (enfin !) les portes avant qui s’ouvraient dans le bon sens, provoquant une chute du prix de l’occasion de la Dyna. Mon père venait de participer à l’écoulement du stock des anciens modèles.