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23/06/2018

Dimanche 23 Juin 1918-Samedi 23 juin 2018

Lettre écrite 7 jours avant sa mort par un jeune soldat de 28 ans, mobilisé dès le 1er aout 1914

Dimanche le 23 Juin 1918

Mon cher Papa.

Je viens d’apprendre par un mot de Maurice que tu étais rentré à Paris. Je pense que tu as laissé Maman en meilleure santé et que le cafard était passé.
Ma longue lettre a fait le tour de la famille, pourtant elle n’avait rien d’extraordinaire. Tous les copains qui étaient avec moi en ont vu et fait autant.
Je te remercie bien de ton petit colis (saucisse et fromage) il m’a servi le matin quand je partais à 4h pour rester 8 heures dans un fourgon.
Je suis toujours au Ravitaillement du C. I. D et pour le moment je ne m’en fais pas une miette. Tous les autres gradés et hommes disponibles sont partis au Régiment de combat pour boucher les nombreux trous. J’ai eu la veine d’être arrivé le dernier de mon grade.
J’ai vu avec plaisir que tu avais bien profité de tes vacances pour sortir Maman et la distraire. Ça lui aura fait certainement beaucoup de bien.
D’Emile et de Maurice les nouvelles sont bonnes. Je vais tous les 3 jours à Epernay et j’en profite pour bien employer mes heures de liberté. Nous y allons pour le Ravitaillement de la Compagnie.
Merci pour tes souhaits de bonne fête, nous allons l’arroser ce soir, nous sommes 4 du même prénom, les bouchons vont sauter un sacré coup. Tu vas reprendre le collier très probablement demain, je te souhaite bon courage et de bonnes affaires.
Donne moi des nouvelles de Maman !
As-tu reçu mon livret de pécule et ma photo,
Je t’embrasse bien affectueusement.

http://lettresdeguerre-1914-1918.midiblogs.com/

10/11/2015

Armistice 1918-A la découverte de l'oncle Jean

J’ai longtemps crû que mon grand-père n’avait eu que deux frères, d’abord Félix qui avait la particularité d’être deux fois mon Grand-oncle puisqu’il était aussi le mari de Marcelle la sœur de ma Grand-mère, lui je le connaissais bien car il demeurait à une dizaine de kilomètres de la maison de mes Grands-parents où nous vivions tous ensemble. Je connaissais moins bien Emile, qui demeurait à CHATEAU-THIERRY avec son épouse Paulette, il faut dire que celle-ci n’avait pas toujours été en très bons termes avec ma Grand-mère qui lui reprochait d’avoir couvert quelques frasques de Félix à l’insu de sa sœur Marcelle.
A la fin des années cinquante, mon Grand-père m’a amené avec lui à CHATEAU-THIERRY pour y visiter son frère Emile, j’ai depuis décidé unilatéralement que ce jour fut le 30 juin 1958.
Après le repas, au lieu de retourner directement chez nous, nous nous sommes rendus près d’un petit village au bord de la Marne. C’était la campagne, au milieu des champs se trouvait un enclos qui a évoqué en moi le muret d’un jardin comme celui de mon Grand-père maternel à PUGET-THENIERS, nous y avons pénétré par une petite porte métallique. L’oncle Jean nous y attendait dans la première allée sur la droite. Quarante ans plus tôt, le 30 juin 1918, un obus allemand lui avait ôté la vie quelques jours avant le début de la seconde bataille de la Marne et de la contre- offensive victorieuse des armées alliées.
Il est difficile d’imaginer ce qui peut se passer dans la tête d’un enfant de neuf ans en découvrant l’univers d’un cimetière militaire, mais ce que j’y ai compris ce jour-là est resté à jamais gravé dans ma mémoire. Pour la première fois, je prenais conscience des horreurs de la guerre, ce n’était plus un jeu de cour de récréation, les morts étaient là à mes pieds, ils ne le lèveraient pas au coup de sifflet du maître pour retourner en classe.
Je me souviens d’avoir questionné mon Grand-père sur cet oncle dont je découvrais à la fois l’existence et la disparition, je ne sais plus comment cela vint dans la conversation, mais il me dit qu’à la fin de la guerre il était venu reconnaître son frère. Cela me frappa, pour moi, on reconnaissait quelqu’un dans la rue et on le saluait, mais un mort, comment reconnaît-on un mort ? « A sa façon de lasser ses souliers et à son cuir » me répondit mon grand-père. Son cuir ? Jean avait donc un blouson de cuir sur lui lorsqu’il a été tué ? Pendant des années cette phrase tournicotât dans ma tête avant que j’en comprenne de sens.
Pendant un long moment nous avons parcouru les allées de ce cimetière, j’allais d’interrogation en interrogation, pourquoi toutes ces tombes de soldats « inconnus » et puis ces tumulus où reposaient collectivement tant d’hommes dont on ne pouvait lire que les noms de certains d’entre eux, mais pas de tous.
Mon Grand-père m’expliqua alors le sinistre « décompte » des corps sur les champs de bataille, ceux qui étaient entiers, identifiés ou non, et qui avaient droit à une tombe individuelle et puis tous ces débris humains, ces ossements dispersés par les obus, laissés des mois et des mois sans sépulture, que l’on collecte une fois les combats finis. En triant les mains droites d’un coté, les mains gauches de l’autre, et ensuite les pieds, les crânes, les bras, avant de faire le macabre total de tous ces morceaux, si le chiffre le plus élevé est celui des pieds, on considérera que l’on a retrouvé un nombre équivalent d’hommes tués dans le secteur où on a collecté ces restes humains. Mais alors pourquoi y a-t-il quelques noms sur les tumulus ? Parce que parfois, me précisa mon Grand-père, une gourmette sur une main, un portefeuille dans la poche d’un torse, permettait de dire que le corps de tel soldat porté disparu se trouve parmi ces restes.
Longtemps j’ai essayé d’imaginer cet oncle, lorsqu’on est enfant, on ne peut se référer qu’à ce que l’on connaît, si Jean était le frère de mon Grand-père, il ne pouvait que lui ressembler, ou bien à Félix ou Emile, c'est-à-dire que je le voyais comme un vieux monsieur, dans son uniforme et sa veste de « cuir ».. Le temps passa, j’oubliais presque Jean, lorsque très récemment, c'est-à-dire dans les années 90, je découvris sa photo, ce fut un choc, oui, il ressemblait à mon grand-père, mais avec un demi siècle de moins, je réalisais qu’il était plus jeune que moi, figé dans une éternelle jeunesse que la guerre lui avait volé.
J’ai appris petit à petit à le connaître, aujourd’hui, je le découvre au travers de ses écrits, qui était-il ? D’où venait-il ?
La suite sur le blog « Lettres de guerre »
Ou sur le Site AKELA rubrique "L'oncle Jean"

23/07/2015

"Mémoires croisées" et "Lettres de Guerre"

Je possède dans mes tiroirs deux véritables petits trésors, d’abord le carnet de route et une partie de la correspondance de mon Oncle Jean tué le 30 juin 1918, par un obus allemand, J’ai également un petit cahier d’écolier sur lequel son frère, c'est-à-dire mon grand père, a écrit ses souvenirs entre sa naissance et l’occupation allemande, ce récit est compété par le témoignage de ses fils sur la participation de la famille à la résistance.
Enfin tout aussi précieux, un troisième trésor, la légion d’honneur de mon grand père.
Il m’est arrivé dans mes textes précédents de reprendre des écrits de mon grand père, et cela se reproduira encore, cependant afin de leur rendre hommage, j’ai ouvert deux blogs, dont vous trouverez les liens dans la colonne de gauche à « Sites à visiter ».

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Le premier « Lettres de guerre » pour mon oncle Jean,

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le second, « Mémoires croisées » pour mon grand-père.
http://lettresdeguerre-1914-1918.midiblogs.com/
http://memoirescroisees.midiblogs.com/