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11/11/2016

AU SOIR DU 11 NOVEMBRE (RÉÉDITION Actualisée)

La nuit va tomber, et je ne peux m’empêcher de me projeter dans le passé, il y a quatre-vingt quinze ans aujourd’hui, à cette même heure des milliers hommes allaient encore coucher dans la boue et le froid, mais pour la première fois depuis plus de quatre ans, ils n’auraient plus peur du lendemain, de cette aube meurtrière, ou la baïonnette avait depuis longtemps remplacé la fleur au bout du fusil, cet instant maudit où l’on sortait des tranchées en pensant à….et puis pas le temps de penser, pas le temps de comprendre, juste celui de mourir.
32-Maurice RENOUX.jpgMon grand père m’a souvent raconté cette dernière journée, loin des récits romanesques et dramatiques que nous avons pu lire, entre autre sous la plume de Giono, il y a bien eu quelques fanatiques de part et d’autre qui ont essayé de prolongé le combat jusqu’à la dernière minute, officiers français voulant terminer par une dernière victoire, officiers allemands voulant livrer un dernier baroud d’honneur, mais dans l’ensemble dès que la nouvelle a été connue, on a essayé de préserver les vies des combattants, pourtant ce jour là, près de 300 d’entre eux n’entendrons pas sonner le clairon , à la onzième heure du onzième jour, du onzième mois.
J’ai longtemps cherché à retranscrire ce que mon grand –père m’avait relaté, je n’arrivai pas à trouver le bon angle, mais ce matin, en lisant dans le midi libre le récit d’un soldat qui sonna le cessez le feu, j’ai retrouvé cette atmosphère que « Pépé » Maurice m’avait décrite. Blessé sur la Somme, il avait refusé d’être réformé, il avait donc été reversé dans l’artillerie, où, en tant que sous officier, il était responsable du transport d’une dizaine de canons et de leurs servants, lui-même conduisait un des camions affectés à cette tache, car il appartenait au tout premier régiment d’artillerie entièrement motorisé. Dans la nuit du 10 au 11, il avait fait mouvement vers la ligne de front en prévision d’une grande offensive devant avoir lieu le 12. C’était un moment particulièrement délicat, l’armée française savait les allemands au bout du rouleau, et espérait faire une percée de grande envergure permettant de contrôler toute la rive gauche de la Meuse, et même, « fol espoir », atteindre le Rhin avant Noël. Plus les canons français seraient près de la ligne de front, plus ils pourraient couvrir en profondeur l’avance des fantassins et des chars. A 7 heures du matin, Maurice progressait en tête de la colonne, guidé par un soldat du génie, il allait s’engager dans un chemin ouvert spécialement pour eux, parallèlement aux tranchées distantes de moins d’un kilomètre, quand une « estafette » lui transmit l’ordre de s’arrêter, sans autre explication. La première réaction de Maurice et des artilleurs qui étaient avec lui fut de râler, il ne leur restait plus qu’une heure d’obscurité pour atteindre les emplacements qui leur avaient été aménagé par le génie. Dès le lever du jour, ils seraient à découvert. Peu de temps après une deuxième « estafette » vint le voir et lui transmit une consigne adressée à « toutes les unités militaires se trouvant en première ligne ». « Toutes les unités en cours de déploiement devaient cesser leur progression, et se mettre à couvert, toutes les patrouilles devaient être rappelées, aucune initiative pouvant amener une riposte de l’ennemi ne devait être prise. Les soldats du génie devaient cesser les travaux de préparation de l’attaque et se replier vers l’arrière, l’offensive du 12 était annulée ». Dès la lecture de ce message, un jeune artilleur demanda si la guerre était finie, l’estafette n’en savait pas plus mais reconnaissait que c’est la première fois qu’une telle consigne était donnée. Ce qui étonna mon grand-père c’est que l’offensive n’était pas reportée mais annulée. Très vite la rumeur d’un cessez le feu commença à circuler, d’autant qu’un impressionnant silence se fit, comme le décrit l’article du Midi- Libre, le canon cessa de tonner, plus un seul tir de mitrailleuse ou de fusil dans le lointain, « Même les boches ne tirent plus ! » .
Jean RENOUX-1918.jpgVers 9 heures mon grand père aperçu une section du génie qui se repliait, les hommes étaient joyeux, il interpella l’adjudant qui les commandait, « Qu’est-ce qui se passe ? » « C’est fini, la guerre est finie, on sonne le cessez le feu à onze heures ». Mon grand père m’avoua qu’il avait faillit s’évanouir, ses jambes ne le tenaient plus, et il avait du s’asseoir sur le marche pied de son camion, sa première pensée avait été pour Jean son frère, tué quatre mois plus tôt, « à quatre mois près….. »

Son Frère Jean

 

Le clairon, il ne l’avait entendu que de très loin, il se souvenait cependant de la clameur qui avait suivi, de ces dizaines d’hommes qui avaient surgi de la terre. Il avait même vu au loin un groupe de soldats allemands qui allaient au devant des poilus français. A midi, ordre fut donné de se replier quinze kilomètres plus loin, partout sur le parcours c’était la même liesse, il y a avait même des civils, probablement des paysans du cru, qui se dirigeaient vers la ligne de front en chantant et en offrant des bouteilles de vin aux soldats.
Le soir du 11 Novembre 1918, Maurice qui avait conduit toute la nuit précédente, s’endormit dans une salle de classe d’une école des Ardennes. " C’était la Der des Der", jamais plus l’homme ne devrait connaître de nouveau une telle horreur.
27 ans plus tard, au soir du 8 mai 1945, il assistera en tant qu’officier de l’armée française, issu de la résistance, à la reddition des troupes allemandes de la poche de Saint Nazaire.

02/07/2015

Les 36 fredaines de l'Oncle Félix

Mon oncle Félix était quant à lui un sacré personnage, celui par qui le scandale arrive encore et toujours, l’objet du « secret de la famille dont on ne parlait pas devant les enfants ».
C’était plus qu’un secret, c’était une multitude de secrets dus aux turpitudes de l’Oncle. Le premier d’entre eux, c’était l’existence d’un enfant « caché » qu’il aurait eu avant son mariage et qu’il avait cependant reconnu. S’il n’épousât pas la mère de son fils Jacques, il continua cependant de la voir et d’entretenir avec elle une liaison, dont seule la Tante Marcelle, son épouse, n’était pas informée ou feignait de ne pas l’être.
Bien entendu les ardeurs amoureuses du Tonton ne se limitaient pas à une seule maîtresse mais à un certain nombre, ce qui lui revenait très cher. Il mangeât, comme on dit la boutique, en l’occurrence le salon de coiffure de son beau-père, et après avoir mené « grande vie » il se retrouva, toujours flanqué de la Tante qui ne voyait toujours pas plus loin que le bout de son nez, dans une loge de concierge d’usine en Picardie, logement et emploi que son frère Maurice lui avait obtenu grâce à ses relations. Il continuait à faire quelques coupes de cheveux dans sa minuscule loge, pour arrondir les fins de mois.
L’oncle Félix pourtant, avait lui aussi tout pour réussir, il avait été sous officier de réserve dans la cavalerie avant la guerre de quatorze, ce qui n’était pas rien, et l’auréolait d’un certain prestige dans la bonne société, en en particulier auprès des dames. Félix une fois revenu à la vie civile, était devenu, comme c’était la tradition dans la famille, employé de commerce, mais il se montrât quelque peu « indélicat » avec la trésorerie de son patron, ce qui lui valut un court séjour derrière les barreaux. À sa sortie, il pensait avoir payer sa dette, mais l’armée, à l’époque était très soucieuse de l’honorabilité de ses sous officiers de réserve, il n’était point concevable qu’un repris de justice puisse porter des galons et servir dans une arme prestigieuse. Il fut donc dégradé et affecté dans un régiment d’infanterie de réserve connu pour y accueillir au sein de certaines de ses compagnies d’anciens taulards ayant par ailleurs accomplis leur peine.
Ce n’était certes pas les bataillons disciplinaires, cependant, il va de soi que les « gens honnêtes » ne voyaient pas d’un mauvais œil le fait que l’armée utilise en premier des anciens détenus comme chair à canon. Sitôt sortis d’une « boucherie », ces soldats repartaient en subir une autre. C’est à ce prix qu’ils devaient racheter leurs fautes.
Un matin, Félix et une grande partie de son régiment eurent la surprise, en sortant de leurs casemates, de découvrir qu’ils étaient prisonniers, les allemands ayant occupé dans la nuit les positions qu’ils étaient censés défendre.
Les militaires allemands, plus intelligents que leurs homologues français comprirent très vite que « ceux-là » ne chercheraient surtout pas à s’évader, peu désireux de retourner au front après leur cavale. C’est comme cela que mon oncle et ses compagnons trouvèrent des « planques » en travaillant dans les fermes ou des usines allemandes près de la frontière autrichienne, ce qui était grandement préférable aux camps de prisonniers.
Mais revenons à l’Histoire avec un grand « H » Le 2 novembre 1918 l’empereur d’Autriche abdique, le 3 le nouveau gouvernement autrichien capitule sans condition, se réservant juste le droit de protester si les troupes alliées pénètrent, comme elles en avaient l’intention, sur son territoire pour attaquer l’Allemagne. Et c’est le 4 (Il y a quatre-vingt dix ans aujourd'hui) que Félix, comprenant que la fin de la guerre était proche, décida de s’évader, avec la complicité de femmes allemandes (ces camarades pouvaient comptaient sur ses talents de séducteur) franchissant la frontière toute proche en s’octroyant le droit de passage en Autriche que ce pays venait implicitement de reconnaître aux alliés. Est-ce aussi un pur hasard s’il ne revint en France qu’après l’armistice du 11 ? Ce qui est sûr c’est qu’il a pu se targuer du statut de prisonnier de guerre évadé.
Le 18 il arrive enfin à Paris, où il retrouve son jeune frère qui vient d’avoir une permission, c’est ce dernier qui va lui faire connaître le jour même Marcelle sa future épouse.

22:01 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1914-1918, fredaine