01.09.2008

Chaleureuses Retrouvailles

Comme je l’ai déjà écrit, mes parents ont connu une période d’errance, Ma mère souhaitait retrouver sa Provence, (en fait le conté de Nice) et quitter la Picardie, où ils avaient pourtant trouvé enfin un travail stable après de nombreuses galères. Des Hautes Alpes en passant par la Lozère, ils mirent près de quatre années avant de se poser pour une grosse décennie à Aix en Provence.
Leur périple commença en septembre 1959 lorsqu’ils eurent enfin obtenu leur mutation pour LARAGNE. En attendant qu’ils trouvent un appartement correct il fut décidé que je resterai avec mes grands-parents le temps de finir mon cycle primaire.
Je n’ai pas le souvenir d’avoir mal pris « la chose » à ce moment là, pas de pleur ni de révolte. C’était décidé comme cela, voilà c’est tout. Je pense que je n’avais pas tellement une exacte notion du temps, un mois de vacances ou une année scolaire avec mes grands-parents, c’était du pareil au même, je ne devais pas faire la différence.
Pour moi, « l’absence » se concrétisait par l’appartement vide, au premier étage de la grande maison que louaient mes grands-parents. Je m’y rendais de temps en temps, à la recherche de je ne sais trop quoi. J’avais moi-même déménagé, délaissant la chambre dite de « la Tante Berthe » pour une autre au rez-de-chaussée derrière le bureau de mon grand-père.
Je passais Noël et Pâques « là-haut », car pendant tout ce temps, je ne vis pas mes parents, je savais que leur séjour à LARAGNE s’était mal passé, et qu’ils avaient émigré au printemps à Saint ALBAN sur LIMAGNOLE en LOZÉRE.
Je dus attendre les congés de mon grand-père, en juillet pour descendre avec eux rejoindre le reste de ma famille qui habitait une villa neuve en location, avec l'au chaude, la douche, le WC moderne etc..
A notre arrivée mes parents nous firent faire le « tour du propriétaire », et je dois avouer que j’étais très agréablement surpris, habitué que j’étais à la vieille maison de Picardie, sans salle de bain, où l'on faisait sa toilette sur l'évier de la cuisine à l'eau froide, et son « Cagadou » au fond de la cour. Spontanément j’ai laissé voir ma satisfaction, « Que c’est beau, chez vous ! ! !», la réponse de ma mère fut cinglante et immédiate, après 10 mois de séparation, je retrouvais sa tendresse maternelle. En guise de bienvenue j’ai reçu une superbe gifle « Tu ne dois pas dire chez vous, mais chez nous ». Il y avait quinze minutes à peine que j’étais de retour dans la « douceur du cocon familial ».
Ainsi était ma mère, plus le temps passe, plus je pense qu’elle nous aimait quand même, mais à sa façon, elle n’était ni maternelle, ni maternante, son devoir était de nous « élever », ce qu’elle pensa faire, en oubliant de « nous éduquer ». Sa carrière passait avant nous, par moment, je pense qu’il lui arrivait de culpabiliser, mais sa « parano » reprenait le dessus et nous payons cash ses instants de faiblesse.
Quelques années avant sa mort, nous avons évoqué « ces cinglantes retrouvailles Lozérienne », elle se souvenait de la scène mais elle m’a affirmé qu’elle n’avait pas été jusqu’à me gifler, et qu’en réalité, je n’avais eu droit qu’à une gifle symbolique. !!!!!
Elle avait, à la fois tort et raison, tort, parce que la « baffe », je l’ai pris réellement en pleine gueule, à tous les sens du terme. Elle avait aussi raison, car ce qui fut le plus douloureux ce n’était pas la violence du geste, mais la symbolique de l’acte.

30.08.2008

La Maison mystérieuse

Nous avions rarement l’occasion de pénétrer dans la chambre de mes grands-parents, et lorsque cela se produisait c’était toujours pour assister à quelques choses d’extraordinaires, (pour nous), comme par exemple la pose de ventouses sur le dos de « Popeye " surnom que ses fils avaient donné à mon grand-père.
Ce soir là, l’objet de notre venue et de notre curiosité était un « jouet », du moins c’est ce que je crus d’abord, il s’agissait de la maquette en contre plaqué d’une petite maison presque cubique avec un hangar sur le coté droit et une « véranda » sur la face arrière. Cela ressemblait fort à nos petites fermes en bois qui nous permettaient de jouer aux paysans, avec nos troupeaux de moutons en plastique, nos veaux, vaches, cochons, couvées en même métal, comme dirait mon père.
Je me demandais bien pourquoi nous devions tous nous extasier devant cette maisonnette, et j’attendais le moment où nous pourrions en prendre possession pour nous amuser.
Je fus très désabusé lorsque mon grand-père replaça très religieusement la maquette dans l’armoire normande de sa chambre. Pour nous consoler, il nous montra les emprunts russes, qui avaient l’air d’amuser tout le monde. Je ne pouvais pas savoir que cela représentait toutes les économies que mon arrière-grand-mère avait placées avant la guerre de 1914. Mon grand-père les remis à leur place en disant « On ne sait jamais, les soviétiques finiront bien par respecter les règles internationales ». Je ne comprenais rien à tout cela, pourtant Popeye finira par avoir raison, quinze ans après sa mort, les Russes acceptèrent, en 1998, de rembourser en francs, ce qui avaient été payé en « francs or » près d’un siècle avant. Sans les intérêts, bien sur ! ! !
J’oubliais rapidement les emprunts russes et la maisonnette en carton, retournant à ma vielle ferme qui avait finalement son charme.
Un nom commençait cependant à « traîner » dans les conversations, celui de VILLIERS, qui constituait avec PAULNAY et SAULNAY les « Trois pays du triangle des sorciers » d’après un dicton du BERRY et où reposait « l’Oncle Auguste ». Il était de son vivant sabotier et garde chasse. Deux métiers de fainéant disaient les paysans, ce qui manquait d’indulgence, sinon d’objectivité. On lui reprochait d’être un grand coureur de jupons devant l’éternel ce qui était très exagéré, car sa réputation était telle que ce sont les filles qui lui courraient après. L’oncle Auguste était un homme superbe, de haute taille, et qu’il avait été cuirassier pendant le service militaire. Il faisait aussi fonction de prévôt d’armes, c’est à dire entraîneur d’escrime. Avec ses jolies bacchantes et sa belle prestance, pas étonnant qu’il ait fait des ravages parmi ses contemporaines. Et je n’oublie pas de rappeler qu’en outre il exerçait comme il se doit la sorcellerie, désenvoûteur d’après ses amis, et jeteur de sort pour les mauvaises langues.
Un beau jour de printemps, je devais avoir six ou sept ans, la famille se mit en ordre de marche, comme je vous l’ai déjà décrit par ailleurs : mes grands-parents dans la 4 Cv, nous derrière, Luc entre Jean-Claude et moi dans sa caisse d’Omo, en guise de berceau, une partie des valises solidement fixées sur la galerie du toit, le reste dans la « cinquième roue », sorte de remorque équipée d’une seule roue au centre et attelée de manière rigide au pare-chocs de la voiture. Quant à mes parents, ils suivaient comme d’habitude sur la Vespa.
A la sortie d’une petite agglomération, en direction de MEZIERES en BRENNE, nous stoppâmes devant une maisonnette cachée par des plantes grimpantes. Après quelques minutes je réalisais que je me retrouvais devant la même maison que celle de la maquette, mais en vrai. Elle ne paraissait pas aussi fraîche que son modèle réduit, mais la ressemblance était frappante. Nous étions à VILLIERS.
C’était un petit paradis pour des enfants, dans les grandes herbes qui envahissaient le jardin, Jean-Claude et moi, trouvâmes deux petites huttes, en chaumes. C’était d’anciens poulaillers, une véritable aubaine pour nous de « posséder » ainsi des cabanes toutes faites, et qui nous appartenaient, car, nous avions déjà compris une chose importante, nous étions « chez nous ».
Le hangar qui jouxtait la maison était fait de planches, plus tard, conformément à la maquette, Popeye le remontera en « dur », quant à la véranda, c’était en réalité l’atelier de sabotier de l’oncle, Auguste GEORGET, avec ses outils et des sabots en cours de fabrication, comme si le maître artisan, s’était absenté pour quelques minutes et allait reprendre son ouvrage, après nous avoir accueillis.
J’étais trop jeune à l’époque pour partager l’émotion que devaient ressentir les adultes à cet instant, où tout était figé à la minute où le vieil homme avait fait le malaise qui allait l’emporter, alors qu’il confectionnait sa dernière paire de sabots.740ded60bf184cfdd1815365eb3905e2.jpg
Popeye à sa fenêtre.
Pour la petite histoire, ce minuscule Village fut mêlé à l’Affaire MIS et THIENOT qui défraya la chronique en 1950. Le crime de MÉZIÈRE en BRÊNNE s’est déroulé à moins de huit kilomètres de la maisonnette de la Tante Berthe. Le très douteux et très contreversé principal témoin à charge, logeait à cette époque chez sa mère à VILLIERS, c’était un simple d’esprit que le Patron du Garde Chasse assassiné fit transférer dans ces propriétés du Nord de la France après le procès pour qu’il ne puisse pas être « manipulé » par le comité de soutien.
C’est dans cette maison que mon grand-père se retira lors de sa retraite qui coïncida avec la mort de ma grand-mère. La jolie maquette en bois était leur projet commun, il se retrouva seul pour le réaliser.

24.08.2008

Le Patronage

Aussi surprenant que cela paraisse, j’ai eu une éducation religieuse. Jean-Claude et moi allions au « patronage », sorte de Centre Aéré dont le siège se situait au presbytère, nous y pratiquions diverses activités dont le catéchisme.

Les bondieuseries ne m’intéressaient guère, du moins le coté mystique du terme, la mayonnaise n’a jamais trop pris avec moi. Par contre j’aimais l’aspect un peu contes et légendes, souvent fabuleux, de la bible, comme une sorte de roman feuilleton dont on attendait la suite.

Le revers de la médaille, c’était la messe. Tous les Dimanches il fallait s’y coller sans pour autant avoir le droit d’aller casser la croûte au moment de la communion. J’aurai aimé savoir quel goût avait l’hostie et quels effets cela pouvait procurer. Je demandais donc à quelques initiés qui avaient fait leur première communion, mais ils ne répondaient jamais, tout en prenant un air mystérieux.

Il y avait autre chose qui m’intriguait, le curé nous avait dit que pendant l’élévation, il fallait baisser la tête, car le seigneur descendait parmi nous. J’imaginais un terrible châtiment si par malheur je me permettais de transgresser la règle, pourtant petit à petit, de Dimanche en Dimanche, emporté par une certaine curiosité, je levais d’abord légèrement les yeux, puis un peu plus, espérant apercevoir les orteils du Christ pendant sa descente, et là, promis, je rebaisserais la tête m’engageant à ne pas voir son visage, mais je n’entrevis rien, pas la moindre sandale céleste, pas l’ombre d’un ongle incarné divin.

Un beau jour je finis par carrément lever les yeux pendant que les autres courbaient l’échine. Toujours rien, ça commençait à devenir sérieux, le Christ avait du, c’est sur, se tromper d’église. Je ne pouvais pas laisser le curé dans l’ignorance de ce rendez-vous manqué, il fallait que lui-même informe les fidèles de la situation.

Mais à bien y réfléchir, c’était encore un coup à se faire engueuler, mieux valait se taire, d’autant qu’à partir de ce jour, je constatais que chaque Dimanche, le seigneur persévérait à nous poser un lapin, donc fatalement, quelqu’un finirait par s’en apercevoir et l’abbé pourrait alors adresser une réclamation en bonne et due forme à qui de droit.

Comme si la messe dominicale ne suffisait pas, nous avions droit de temps en temps à la procession, en particulier pour les rameaux, la première fois, j’ai trouvé cela « intéressant » mais par la suite, le manque de variété dans la mise en scène fit que ça devint plutôt lassant, presque autant que les cérémonies aux monuments aux morts ou nous traînait mon grand-père tous les 11 Novembre, parce que, manque de bol, quand ce n’était pas les uns qui nous envoyaient à la messe, c’était les autres qui nous amenaient rendre Hommage aux morts pour la patrie.

Les patriotes allaient finir par l’emporter dans la lutte idéologique dont nous étions l’enjeu. Mes grands-parents achetèrent, en 1958, un téléviseur, dernier modèle, (c’est à dire avec une seule chaîne en noir et blanc, la « RTF »), sur lequel entre deux pannes, trois interludes, et les plates excuses de la speakerine pour les malencontreuses interruptions momentanées de l’image, nous pouvions voir les « Porky, Bunny, Histoires sans paroles, Opallon KASSIDY » bientôt suivis de Thierry la Fronde et d’historiettes genre Club des Cinq ou Belle et Sébastien.

Tout cela était bien plus intéressant que des « machins » que nous enseignaient les « curetons », du moins c’était l’opinion de ma Grand-mère, qui se proposa de nous garder tous les jeudis devant la télé au lieu d’aller nous faire endoctriner au presbytère. Comme elle avait pris le soin de faire cette proposition à nos parents devant nous, elle put compter sur deux fervents supporters et la partie fut gagner, d’autant qu’unanimement, Jean-Claude et moi avons décrété aussitôt que nous ne croyons plus en Dieu. (N’avait-il jamais cru en nous ?)

« Ite missa est », si j’ose dire.

14.08.2008

Une petite joie simple

Je vous entends d’ici, en train de vous lamenter, Comment AKELA, un garçon si propre sur lui, peut-il écrire une note sur un sujet aussi délicat ? Mais qui puis-je ? Comment pourrais-je vous relater mon enfance sans, à un moment donné, en venir à « elle » !!! . Ah, bien sûr, je vous parle d’un temps.. mais vous connaissez la chansonnette. Des distractions nous n’en avions pas beaucoup, et « elle » faisait partie de celles qui de temps en temps venaient égayer notre quotidien. Ma Nièce Sandrine, à qui j’en ai causé un jour au coin du feu, m’a dit qu’elle l’avait vu en Tunisie, oeuvrant dans un petit village, et m’a certifié « qu’elle » avait toujours autant de succès auprès des enfants.
« Elle », c’est une ….machine, je n’ai pas trouvé de photo la représentant, (on comprend pourquoi) , mais comme elle ressemblait à celles qu’utilisaient les pompiers de jadis,vous pourrez, (pour ceux qui ne l’on jamais vu), vous en faire une idée au bas de cette note.
J’en ai enfin fini avec les précautions d’usage, je peux me lancer, en souhaitant ne pas tomber dans une certaine vulgarité Je vais donc évoquer la …..comment dire ?, la pompe à M.... et oui !! Maintenant que c’est dit, plongeons dans notre sujet, (si je peux me permettre cette plaisanterie pas très fine, je le conçois)
Vous vous demandez comment un loup, bien éduqué de surcroît, peut avoir un attirance pour une machine dont la fonction n’est pas très ragoûtante, mais attendez, je ne vous parle pas de ces camions nickel chrome, plus propres que la cuisine d’un grand palace qui viennent vidanger des fosses sceptiques parfaitement étanches, en quelques minutes et en toute discrétion. Non, moi j’évoque la vraie pompe à Meu, la pompe à bras, de notre jeunesse, celle de l’après guerre, du temps où le tout à l’égout n’existait pas dans les petites villes. Les eaux usées étaient déversées dans le caniveau, voir dans un puisard, quand à nos « commodités » elles avaient le « charme » des cagadous, ces petites cabanes au fond du jardin ou au fond de la cour. L’écomusée de Mulhouse en possède d’ailleurs une magnifique collection qui a elle toute seule vaut le déplacement. Mais revenons en à notre sujet, et surtout à cette époque dans laquelle nous n’avions pas de télévision, encore moins de console Nintendo, pas de MP3, pas le moindre petit ordinateur, nous n’en étions même pas encore à l’électrophone Teppaz, le transistor n’était pas encore inventé, et nous n’écoutions la radio que sur le gros poste placé sur une étagère de la salle à manger. Le nôtre était encore branché sur Radio- Londres, c’est vous dire….. Le Jeudi, nous avions bien catéchisme le matin et louveteaux l’après Midi (et oui, AKELA a été louveteau, c’est bien la moindre des choses non !!,) mais les occasions de se distraire étaient rares….fallait être créatif. Heureusement, il y avait notre fameuse pompe à bras. Cette délicieuse machine était tirée par un cheval, et elle venait régulièrement dans notre rue vidanger « les boues » des cagadous. Nous nous retrouvions vite une bonne cinquantaine, plantés devant la maison en instance de traitement. C’était, pour nous les gosses un véritable évènement, l’occasion unique de voir comment c’était chez les autres. En effet, nos « petits coins » n’étaient pas en façade, mais relégués derrière les bâtiments, il s’avérait donc nécessaire de faire passer le tuyau au travers de la maison en laissant les portes grandes ouvertes, ce qui nous permettait de satisfaire notre curiosité, et nous n’étions pas les seuls, les adultes avaient ces jours là une certaine tendance à descendre et à remonter la rue sous le moindre prétexte, histoire en fait de jeter un œil chez le voisin, et de commenter la couleur des tapisseries ou l’état lamentable des plafonds. Mais le summum de notre plaisir était le moment que nous attendions tous, celui où le « vidangeur » et son ouvrier entamaient l’opération proprement dite.Après nous avoir fait reculer, (car ils se méfiaient de quelques garnements qui, discrètement, avaient la fâcheuse manie de desserrer le frein de la charrette avant de donner une tape sur les fesses du cheval afin de le faire avancer d’un ou deux mètres , ceci dans l’espoir de voir se déboîter le tuyau au milieu du couloir de la maison)e1f85ed0c65f420c7459b2f277f0e382.jpg les deux hommes se mettaient à actionner la pompe à bras sous les railleries de la marmaille qui en chœur, entamait ce chant mélodieux « Pompons la M----, pompons la gaiement, et ceux qui nous emmerdent, on leur mettra le nez dedans » .
Quelle époque bénie, où nous avions des plaisirs innocents et où nous nous amusions de presque rien.

04.07.2008

Ma Nouvelle Naissance

Quand on est un enfant, certains évènements, certains gestes ou certaines paroles prennent des proportions dont les adultes n’ont pas conscience. Les petits loups ne sont pas épargnés par cela, et ce que je vais vous conter est parfaitement véridique. Lorsque j’en ai parlé à ma mère, bien des années plus tard, elle est fut très surprise, ne s’étant jamais doutée de rien. Peut-être parce qu’elle n’était pas assez à l’écoute de son petit louveteau, mais cela est une autre histoire, je n’en parlerai qu’en présence de mon Psy.
Venons en aux faits, voilà t’y pas qu’un beau jour, remontant aux confins de ma mémoire, j’appris par quelles indiscrétions que ma mère devait, enfin, se rendre à la maternité de Clermont, j’écris «enfin » car j’étais tout à fait persuadé, qu ‘elle y allait pour moi afin de régulariser cette incroyable situation dont-on me rabattait les oreilles et qui faisait de moi un clandestin en séjour irrégulier depuis ma naissance. J’étais celui qui n’était pas né comme les autres et je le ressentais très mal.
Dans ma charmante petite tête de loup j’avais du mal à comprendre : Tout enfant qui naît doit passer par la maternité. Or près de cinq années s’étaient passées depuis ma naissance dans la salle à manger de ma Grand-mère, et mes parents n’avaient pas encore trouvé le temps de se mettre en règle avec « la norme ». Qu’avais-je donc fait pour mériter d’être ainsi délaissé ?
La nouvelle me réjouissait donc fort, et comme je n’y connaissais rien, je ne fis aucune relation avec le ventre de ma mère qui s’arrondissait à vue d’œil. Claude m’expliqua un soir, que nous pourrions entendre battre le cœur de « la petite sœur » si nous posions notre tête près du nombril de Denise. Franchement, je ne voyais pas où il voulait en venir.
Le 24 janvier 1954, mon père arriva tout joyeux, et nous dit que nous allions à la maternité. Il était temps, depuis qu’on me le promettait, cette journée s’annonçait fabuleuse, car imaginez-vous, qu’en plus, il avait neigé, « ma première vraie neige », la plus ancienne dont je me souvienne. Nous nous rendîmes à pied jusqu’à l’établissement hospitalier situé à moins de cinq minutes de la maison car les routes étaient impraticables et que de toute façon nous n’avions pas de voiture.
Et voici que dans ce bâtiment de briques rouges, j’ai cru que j’hallucinais, je découvris que j’avais un petit frère, ce qui, en soit, n’était pas si grave que ça, mais mes parents n’eurent même pas l’idée de profiter de sa naissance pour régulariser la mienne. Je découvris ce jour là que les adultes étaient encore plus immatures que nous.
Je passe bien sûr, sur la tromperie sur la marchandise, on nous avait promis une petite sœur, et voilà que nous avions un troisième « larron ».
Ma mère fut très peinée d’avoir encore un garçon, et ne se consola que lorsque ma grand-mère Léontine (la sorcière) lui promis que plus tard elle aurait « une » petite fille.
Ce que mon aïeule avait prédit s’avéra exacte, il y eu « une » fille, qu’ « une » seule à la génération suivante au milieu d'une floppée de cousins. Elle est d’ailleurs très fière d’être celle par lui la prédiction de son arrière grand-mère s’est accomplie.

17.05.2008

Mon Oncle Jean

J’ai longtemps crû que mon grand-père n’avait eu que deux frères, d’abord Félix qui avait la particularité d’être deux fois mon Grand-oncle puisqu’il était aussi le mari de Marcelle la sœur de ma Grand-mère, lui je le connaissais bien car il demeurait à une dizaine de kilomètres de la maison de mes Grands-parents où nous vivions tous ensemble. Je connaissais moins bien Emile, qui demeurait à CHATEAU-THIERRY avec son épouse Paulette, il faut dire que celle-ci n’avait pas toujours été en très bons termes avec ma Grand-mère qui lui reprochait d’avoir couvert quelques frasques de Félix à l’insu de sa sœur Marcelle.
A la fin des années cinquante, mon Grand-père m’a amené avec lui à CHATEAU-THIERRY pour y visiter son frère Emile, j’ai depuis décidé unilatéralement que ce jour fut le 30 juin 1958.
Après le repas, au lieu de retourner directement chez nous, nous nous sommes rendus près d’un petit village au bord de la Marne. C’était la campagne, au milieu des champs se trouvait un enclos qui a évoqué en moi le muret d’un jardin comme celui de mon Grand-père maternel à PUGET-THENIERS, nous y avons pénétré par une petite porte métallique. L’oncle Jean nous y attendait dans la première allée sur la droite. Quarante ans plus tôt, le 30 juin 1918, un obus allemand lui avait ôté la vie quelques jours avant le début de la seconde bataille de la Marne et de la contre- offensive victorieuse des armées alliées.
Il est difficile d’imaginer ce qui peut se passer dans la tête d’un enfant de neuf ans en découvrant l’univers d’un cimetière militaire, mais ce que j’y ai compris ce jour-là est resté à jamais gravé dans ma mémoire. Pour la première fois, je prenais conscience des horreurs de la guerre, ce n’était plus un jeu de cour de récréation, les morts étaient là à mes pieds, ils ne le lèveraient pas au coup de sifflet du maître pour retourner en classe.
Je me souviens d’avoir questionné mon Grand-père sur cet oncle dont je découvrais à la fois l’existence et la disparition, je ne sais plus comment cela vint dans la conversation, mais il me dit qu’à la fin de la guerre il était venu reconnaître son frère. Cela me frappa, pour moi, on reconnaissait quelqu’un dans la rue et on le saluait, mais un mort, comment reconnaît-on un mort ? « A sa façon de lasser ses souliers et à son cuir » me répondit mon grand-père. Son cuir ? Jean avait donc un blouson de cuir sur lui lorsqu’il a été tué ? Pendant des années cette phrase tournicotât dans ma tête avant que j’en comprenne de sens.
Pendant un long moment nous avons parcouru les allées de ce cimetière, j’allais d’interrogation en interrogation, pourquoi toutes ces tombes de soldats « inconnus » et puis ces tumulus où reposaient collectivement tant d’hommes dont on ne pouvait lire que les noms de certains d’entre eux, mais pas de tous.
Mon Grand-père m’expliqua alors le sinistre « décompte » des corps sur les champs de bataille, ceux qui étaient entiers, identifiés ou non, et qui avaient droit à une tombe individuelle et puis tous ces débris humains, ces ossements dispersés par les obus, laissés des mois et des mois sans sépulture, que l’on collecte une fois les combats finis. En triant les mains droites d’un coté, les mains gauches de l’autre, et ensuite les pieds, les crânes, les bras, avant de faire le macabre total de tous ces morceaux, si le chiffre le plus élevé est celui des pieds, on considérera que l’on a retrouvé un nombre équivalent d’hommes tués dans le secteur où on a collecté ces restes humains. Mais alors pourquoi y a-t-il quelques noms sur les tumulus ? Parce que parfois, me précisa mon Grand-père, une gourmette sur une main, un portefeuille dans la poche d’un torse, permettait de dire que le corps de tel soldat porté disparu se trouve parmi ces restes.
Longtemps j’ai essayé d’imaginer cet oncle, lorsqu’on est enfant, on ne peut se référer qu’à ce que l’on connaît, si Jean était le frère de mon Grand-père, il ne pouvait que lui ressembler, ou bien à Félix ou Emile, c'est-à-dire que je le voyais comme un vieux monsieur, dans son uniforme et sa veste de « cuir ».. Le temps passa, j’oubliais presque Jean, lorsque très récemment, c'est-à-dire dans les années 90, je découvris sa photo, ce fut un choc, oui, il ressemblait à mon grand-père, mais avec un demi siècle de moins, je réalisais qu’il était plus jeune que moi, figé dans une éternelle jeunesse que la guerre lui avait volé.
J’ai appris petit à petit à le connaître, aujourd’hui, je le découvre au travers de ses écrits, qui était-il ? D’où venait-il ?
La suite sur le blog « Lettres de guerre » http://lettresdeguerre-1914-1918.midiblogs.com/

16.05.2008

La route des vacances-1950 -1960

Nos enfants ont du mal à imaginer une époque pas si lointaine, où le moindre voyage était une aventure expéditionnaire. Dans les années 50 nous partions généralement en train mais je me souviens très bien des premiers grands départs en voiture. Le jour dit, toute la famille se mettait en ordre de marche, mes grands-parents à l’avant de la 4 Cv Renault et les trois enfants derrière. Entre Jean-Claude (mon frère aîné) et moi il y avait Luc, le benjamin, dans sa caisse d’Omo, en guise de berceau, une partie des valises solidement fixées sur la galerie du toit, le reste dans la « cinquième roue », sorte de remorque équipée d’une seule roue au centre et attelée de manière rigide au pare-chocs de la voiture. Quant à mes parents, ils suivaient sur la Vespa. Je ne sais combien de voyages avons nous fait dans ses conditions, mais lorsque quarante ans plus tard, j’ai découvert un modèle réduit de 4 Cv au 1/14ème avec cette fameuse « cinquième roue », je n’ai pas hésité à l’acquérir et à l’exposer sur une étagère de la bibliothèque.

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Plus tard, au début des années soixante, lorsque la famille s’est établie temporairement en Lozère, nous partions chaque été pour Puget-Théniers, mon village natal, aux confins de la Provence et du comté de Nice dans la vallée du Var. Le trajet était une véritable expédition, dont la première épreuve était la traversée des Cévennes suivie de la descente sur la vallée du RHÔNE, ensuite nous devions rallier NICE par les nationales puis Puget. Désormais, c’était nos parents qui se trouvaient à l’avant de la voiture, une Dyna Panhard,
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avec mes frères nous étions entassés à l’arrière sur la banquette en Skaï véritable, en principe Luc était callé entre ses aînés, mais généralement il était aussi le premier à vomir, et nous rechignions à lui laisser la place près de la portière. Mes parents avaient tenté de faire suivre une cuvette, mais la solution n’était pas géniale et ils finissaient par préférer s’arrêter chaque fois qu’un haut de cœur annonçait un jet de vomi de l’un d’entre nous, car nous étions parfaitement organisés, dès de Luc allait mieux, Jean-Claude et moi prenions le relais l’un après l’autre, et ainsi de suite, cela durait tout le voyage. Pour éviter le contact avec le plastique de la banquette, mon père avait installé des plaids à l’aide d’une multitude de sandows ultra fins, peine perdue, après quelques kilomètres, la couverture glissait et venait aggraver notre inconfort. Pour nous changer les idées mon père organisait des jeux basés sur notre connaissance des panneaux routiers Nous devions aussi ânonner « Beu et A BA, Beu et É BÉ, BABÉ, Beu et I BI, BABEBI etc. » histoire d’apprendre l’alphabet à LUC. Il ne fallait pas compter sur l’autoradio pour nous distraire, nous n’avions pas ce summum du luxe, mon père avait bien essayé de mettre le transistor dans la voiture mais sans antenne extérieure le résultat n’était pas très glorieux. Il crut le problème résolu quant il acheta une ID 19,
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car comme le toit était en plastique, il était dit que les radios y fonctionnaient sans antenne, ce qui était vrai, à un détail prêt, il fallait orienter le poste en fonction de l’émetteur, ce qui fait qu’à chaque virage ma mère devait corriger l’orientation. Il fallut renoncer aux joies d’écouter Radio Monte CARLO et retourner à nos rengaines.
Pour être honnête nous n’étions pas les seuls à souffrir du voyage, la voiture y allait aussi de ses petits bobos lorsque le pot d’échappement cédait au charme d’un nid de poule, ou qu’une chambre à air s’éprenait d’un magnifique clou oublié sur la chaussée quant il ne s’agissait pas de la batterie qui refusait de donner du jus à la bobine. Un honnête garagiste, nous rassurait aussitôt en nous certifiant que ce n’était pas grave, il fallait juste changer cette fameuse batterie pourtant récente. Nous repartions plus léger de quelques centaines de francs pour retomber en panne cent kilomètres plus loin. Un autre garagiste, goguenard celui là, nous expliquait qu’en fait c’était le fil de l’alternateur qui était débranché et que notre ancienne batterie serait certainement revendue comme neuve à un autre pigeon.
Mon père jurait d’aller parler du pays à l’indélicat mécano sur le chemin du retour, mais comme nous changions d’itinéraire chaque fois, cela restait lettre morte.
Il me parait utile de préciser qu’à cette époque, on voyageait par les « nationales » qui aujourd’hui, feraient honte à nos départementales. Les rocades, les itinéraires bis, les voies de contournement, c’étaient encore du domaine du rêve, Il fallait traverser chaque ville et jusqu’au moindre petit village figurant sur la carte. Nous avions droit à tous les bouchons, Alès, Nîmes, Beaucaire, Aix en Provence, et les plus terribles d’entre eux, Le Luc et Vidauban avant d’atteindre le NIRVANA, la Félicité des automobilistes et de leurs passagers, j’ai nommé « L’AUTOROUTE », soixante kilomètres d’une deux fois deux voies au travers des massifs des Maures et de l’Estérel où nous avions l’occasion de rouler à la vitesse vertigineuse de 100, voir de 110 km / heure et même 120 lorsque nous avons eu l’ID 19 Citroën (mais uniquement pour doubler). Une fois rendus à NICE, nous bénéficions encore d’un répit grâce aux longues lignes droites des Lingostières et de la vallée jusqu’à Saint MARTIN du VAR avant de retrouver la route étroite et sinueuse qui menait à PUGET où nous arrivions passablement malades et épuisés. Vive les vacances.