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02/12/2016

Le cimetière des fous

Longer par une nuit d’hiver un cimetière isolé, sur le chemin qui relie le village au hameau où l’on réside, là précisément où errait la bête du Gévaudan deux siècles auparavant ce n’est pas très rassurant, même pour deux jeunes loups en pleine adolescence sensés être téméraires et inconscients. Jean-Claude et moi n’avions guère le choix, les distractions étaient rares, l’unique poste de télévision se trouvait au foyer de l’hôpital psychiatrique de Saint Alban, perché sur la colline, le seul endroit en ce pays d’où il était possible, grâce à une antenne fixée sur un très long mat de capter les signaux hertziens en ce début de l’année 1963.
Comme beaucoup, nous nous mêlions de temps en temps aux patients autorisés certains soirs à regarder le programme de la RTF, sous l’œil vigilant des infirmiers qui les accompagnaient. Parfois, dans cette même salle nous assistions à la projection d’un film, le seul cinéma du village était celui du « curé » et nous nous faisions un devoir de ne pas lui offrir notre clientèle.
Bien sûr nous aurions pu rester au chaud chez nous, afin de profiter de la présence de nos parents que nous ne voyions que toutes les deux semaines lorsque nous avions la chance de ne pas être collés. Ils nous auraient certainement parlé de ……leur boulot, leur boulot et encore de leur boulot. Car je dois vous dire que Jean Claude n’était pas la seule personne avec qui je partageais les joies des repas en famille les dimanches de sortie. Mes parents, estimant probablement que quelques heures tous les quinze jours suffisaient largement pour s’occuper de nous, faisaient du zèle, ne différenciant plus leur vie professionnelle de la vie familiale, ils invitaient régulièrement des patients de l’hôpital psychiatrique à la table familiale, pas n’importe lesquels cependant. A cette époque Saint ALBAN n’accueillait pas que des personnes du cru, Il en venait de toute la France, en particulier issu d’un certain milieu social. Beaucoup de fils de…. Entre autre celui d’un prix NOBEL, La Lozère était Terre d’exil pour les grands psychotiques bannis de leur famille fortunée. Certains patients avaient même fait des études assez poussées, médecine ou fac de droit. Et pendant que « nous » parlions de leurs multiples problèmes et de leur incertain avenir, nos parents évitaient soigneusement de s’intéresser aux nôtres.
Sur le chemin du retour, en longeant le mur de « l’asile » nous nous racontions nos faux exploits, nos rêves illusoires, le pantalon de « Johnny » que voulait Jean-Claude, la mobylette que nous n’aurions pas, et puis il y avait les filles, vous savez ces êtres bizarres qui nous fascinaient déjà mais dont nous ne savions rien d’autre que ce que nos collègues de lycéens croyaient connaître et qu’ils nous relataient dans un coin de la cour de récré. Et puis passé les derniers bâtiments, loin des dernières maisons habitées il y avait le cimetière, celui que chanta le poète ELUARD, « Le Cimetière des FOUS ».
Cimetiere_des_fous_hiver_.jpg
Je dois dire que la première fois que je l’ai vu, je n’y avais pas prêté attention, je croyais qu’il s’agissait de celui du village, ce n’est que plus tard que je fus intrigué par le fait que toutes les tombes étaient semblables, simples croix de bois sur lesquelles ne figurait aucun nom, juste un nombre, un matricule. Il y avait quelques exceptions, généralement accolées au mur d’enceinte des croix portaient une plaque émaillée. C’était les sépultures des religieuses qui géraient le service des femmes.
Parias parmi les parias, les « fous » étaient rejetés du monde des humains jusque dans la mort, la honte qu’ils jetaient sur leur famille méritait cet indigne anonymat. Le sort de leurs dépouilles était comparable à celui des condamnés à mort qui reposent dans le carré des suppliciés des cimetières de nos préfectures. Maigre consolation, eux avaient quand même droit à une croix. Cette « cruauté » rendait le lieu encore plus beau par la simplicité des deux ou trois cents tombes alignées sous de grands cyprès. J’ai de suite été très mal à l’aise vis-à-vis de la présence des tombes des religieuses, je ne pouvais pas entendre le message que cela sous-tendait « Seigneur, nous avons fait vœux d’humilité, nous désirons reposer auprès des malheureux dont nous nous occupions ». J’y ai lu au contraire la manifestation du péché d’orgueil : « Seigneur voyez comme nous sommes humbles, nous nous sacrifions jusqu’après notre mort, nous méritons largement Seigneurs que vous nous ouvriez les portes du Paradis, nous l’avons bien mérité ». Vos tombes, Mesdames, auraient du être aussi anonymes que celles des patients pour je puisse croire à votre sincérité, car Dieu, s’il existe n’a pas besoin de panneau indicateur émaillé pour trouver votre dernière demeure.
Par ces froides nuits d’hiver, lorsque nous nous arrêtions avec Jean-Claude, le long de la nécropole, nous regardions par-dessus de mur, dans le vain espoir d’y apercevoir un feu follet.
Il y a vingt ans, je suis retourné à saint ALBAN et je suis allé voir le cimetière, les cyprès avaient été abattu et il paraissait saccagé, abandonné, il avait perdu sa beauté « fantasmatique », il était devenu lugubrement sinistre. Quand est-il aujourd’hui ? Je ne sais, il ne me reste que le poème de Paul ELUARD, qui pendant la guerre trouva refuge au milieu des malades de l’hôpital pour échapper à la Gestapo.

« Le cimetière des fous »

Ce cimetière enfanté par la lune
Entre deux vagues de ciel noir
Ce cimetière archipel de mémoire
Vit de vents fous et d'esprit en ruine

Trois cents tombeaux réglés de terre nue
Pour trois cents morts masqués de terre
Des croix sans nom corps du mystère
La terre éteinte et l'homme disparu

Les inconnus sont sortis de prison
Coiffés d'absence et déchaussés

N'ayant plus rien à espérer
Les inconnus sont morts dans la prison
Leur cimetière est un lieu sans raison


Paul Eluard (Asile de Saint-Alban, 1943-La Lit la table, 1944)

J'ai recherché sur Google Earth l'emplacement du cimetère des fous que j'évoque dans la note précédente, j'ai découvert que la nécropole avait disparue remplacer par un jardin des souvenirs.
preview35.jpgLes croix de bois ont disparues remplacées par une stèle , seules des croix de pierre demeurent , celles de religieuses, une de ces croix à sa plaque émaillée, les fous ont été chassés de leur propre cimetière!!!!
Peut-être dois-je m'estimer privilégié de l'avoir vu tel que Paul ELUARD l'a chanté.

25/11/2016

Nuits sans silence

Dans la grande maison que nous partagions avec mon Grand-père dans les années 50, il y avait une pièce qui nous faisait terriblement peur à Jean-Claude et à moi même, c’était la chambre de la morte !!!
Il nous arrivait parfois d’y jeter un œil, sans jamais nous attarder, c’est là que la tante Berthe avait vécu les dernières années de sa vie. (La sorcière berrichonne qui attirait la foudre pour ceux qui ont lu les notes précédentes), C’est aussi dans cette chambre qu’elle s’est éteinte en 1951. Nous logions juste à coté, dans notre « appartement », (si l’on peut appeler ainsi trois pièces, sans toilette ni sanitaire). A la suite de la naissance de Luc, en 1954, nos parents décidèrent de me faire dormir dans la Chambre de la Tante afin de laisser ma place à notre plus jeune frère. Lorsque je me retrouvais la nuit, seul, j’avais très peur, pas tellement de voir surgir le fantôme de la Tante Berthe, (Nous étions très copains, paraît-il) mais parce que j’étais isolé du reste de la famille, l’entrée de la pièce donnait sur le même palier que « l’appartement » mais elle n’en faisait pas partie.
Le soir, j’avais du mal à m’endormir, mais je découvris rapidement des jeux qui me permirent de penser à autre chose. J’admirais d’abord les dessins produits par les phares des voitures au travers des volets. Des éventails de lumière parcouraient le plafond en décrivant des arcs de cercle, dans le sens inverse de celui dans lequel roulaient les autos. Je dois préciser que ma fenêtre donnait sur la Nationale reliant Paris à Bruxelles, à une époque où l’autoroute relevait de la science fiction.
En suite, je me mis à reconnaître le bruit des moteurs, j’étais imbattable, même dans la journée, il m’arrivait de tourner le dos à la circulation et de dire, « voilà une traction, une 403, une deux chevaux », Mon oncle MIKI était admiratif, je pouvais identifier tous les modèles français, faisant la différence entre une dauphine et une 4 Cv, qui pourtant étaient équipées du même moteur. Chaque soir, avant de m’endormir j’ouvrais un concours, et juste avant de fermer les yeux je me disais, « Les arondes ont gagné, ou bien les Panhard ».
808515749.jpgUne nuit je fus réveillé par un bruit anormal, celui d’un choc, je tendais l’oreille, je ne distinguais rien de précis, mais j’avais la certitude qu’il se passait quelque chose, j’ouvris la fenêtre et je finis par entr’apercevoir une masse anormale sur le trottoir d’en face, à une soixantaine de mètres de la maison en direction du centre ville. Il n’y avait rien d’autre ; si ce n’est qu’un léger murmure. Je courus réveiller mon père, qui se leva, jeta un œil, et s’empressa de s’habiller. Je le vis courir dans la rue, ainsi que deux gendarmes dont la caserne se trouvait à proximité de la maison.
Les voisins finirent par sortir à leur tour, et ma mère me demanda de me recoucher, ce que je fis. Bien plus tard, j’entendis revenir mon père, je n’osais pas aller le rejoindre dans sa chambre, mais je me glissais quand même dans le couloir pour écouter les bribes de ce qu’il disait à ma mère « Fracture du crâne … elle n’avait pas de casque…. le vélo lui a coupé la route… il n’était pas éclairé…. c’est le gamin d’à coté… il n’a rien eu mais c’est les parents qui vont devoir payer…elle avait un gosse… son scooter a touché le trottoir et sa tête a heurté le rebord de celui-ci ».
Le lendemain tout le monde à l’école parlait de l’accident et de la mort de la conductrice de la Vespa, moi, je ne disais rien mais
aujourd’hui, lorsque j’y pense, je vois encore cette « masse anormale » couchée sur le trottoir..

http://www.deezer.com/listen-921901

18/11/2016

Les Funérailles d’Antan.

Je vous ai déjà conté certaines distractions qui venaient pimenter la monotonie d’une enfance d’après guerre, dans un temps où non seulement la télévision était encore un rêve inaccessible, mais où tout ce qui fait les délices de nos gosses du troisième millénaires était à peine envisageable, nous ne trouvions pas dans nos boites à lettres ces petits fascicules en couleur édités par nos municipalités avec l’argent du contribuable, vantant leur prétendus mérites et, nous fournissant occasionnellement la liste non exhaustive des animations plus ou moins payantes et rarement gratuites proposées à nos enfants, Sorti du patronage du curé, de la fanfare municipale et du club de foot il y avait pas grand-chose, et comme nous ne nous en contentions pas, nous nous créions d’autres points d’intérêt.
Parmi ceux-ci, il y avait les enterrements. Il est vrai, que nous autres enfants de l’école publique, nous bénéficions d’un contexte mortuaire privilégié. Nous étions les premiers informés des futures funérailles car l’entreprise des pompes funèbres se trouvait juste en face de notre établissement scolaire, et c’était un spectacle pour nous de voir les croques morts harnacher les deux chevaux noirs chargés de tirer le corbillard, avant que celui-ci ne soit remplacé, par un véhicule à moteur dans les dernières années de mon séjour,
Pour peu que le mort fut du quartier, nous faisions une joie d’effectuer en quelque sorte « notre visite » au défunt. En ce temps là, vous vous en souvenez, il était encore de bon ton de mettre une immense tenture noire, aux initiales du mort, autour de la porte d’entrée de sa demeure. Rien a voir avec nos pauvres misérabilistes petites tables de condoléances d’aujourd’hui, si nos défunts d’antan voyaient ça, ils reviendraient dans leur plus beaux suaires pour se moquer de nous en sirotant une « petite bière ».
Si par malheur nous avions raté le début de la cérémonie, nous pouvions nous rattraper au final. En effet, nous avions l’habitude d’aller jouer, comme tous les autres enfants de la ville au « Châtelier », vaste promenade ombragée au pied de la Citadelle, où se trouvaient une piste de danse cimentée très pratique pour le patin à roulettes ainsi qu’un jeu de boules (en bois ! ! !). Notre terrain de jeux dominait le cimetière et était longé par la rue qui y menait. Nous étions prévenus de l’arrivée d’un enterrement par un « son étrange », c’était le convoi funèbre qui arrivait, les chevaux devant, les humains derrière à pied. Les passants s’arrêtaient pour regarder passer le cortège, Les hommes ôtaient leur chapeau et se mettaient au garde à vous, les femmes baissaient la tête en se signant.
Nous n’entendions plus que ce bruissement si particulier et à nul autre pareil, mélange du tintement des fers des animaux, des pas du cortège des vivants et de voix chuchotant prières et évocations de souvenirs.
Lorsqu’il n’y avait pas d’enterrement, nous partions à l’aventure au milieu des sépultures. Il y en avait qui nous faisait peur, celles dont les dalles descellées, parfois cassées, pouvaient laisser entrevoir l’intérieur du caveau, nous craignions à tout moment de voir surgir un mort, la curiosité était cependant trop grande, nous approchions à petits pas, risquant un œil, espérant, et redoutant, en vain, d’apercevoir un bout de squelette ou de cercueil.
Nos incursions dans le cimetière nous menaient inlassablement vers le carré militaire où se trouvaient des tombes de soldats allemands avec leurs croix surmontés d’une espèce de toit. Ils reposaient là, victimes de la guerre et du bombardement américain. Notre imagination d’enfant faisait que nous nous demandions s’ils étaient enterrés avec le casque si caractéristique de l’armée d’occupation. C’était un profond mystère qui suffisait à nous occuper pendant de longues heures de chamaillerie, au cours desquelles nous confrontions nos certitudes dépourvues de toute bonne foi mais qui s’alimentaient de notre rage de jeunes coquelets prétentieux. L’école de la vie……… en quelque sorte.

Le dessin de chimulus

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12/11/2016

La Mort de ma Grand-Mère-12 Novembre 1960 (Rediffusion)

J’ai débuté ma scolarité secondaire en 1960 à Clermont dans l’Oise, à cette époque, j’étais « en pension » chez mes grands parents paternels. Mon père et ma mère traversaient « une mauvaise passe », ils avaient voulu se rapprocher du pays de Nice, qu’ils avaient quittés alors que j’avais à peine quatre mois. De déménagement en déménagement ils avaient échoués à Saint Alban sur Limagnole, près de Saint CHELY d’APCHER en plein Gévaudan, pour eux, c’était déjà le midi.

Je devais donc effectuer ma sixième dans l’Oise puis, vraisemblablement, aller rejoindre mes parents car l’heure de la retraite approchait pour Maurice (Mon grand-père, surnommé par ailleurs "Popeye" par ses enfants) et le choix d’une nouvelle résidence se posait pour mes grands-parents. La maison de CLERMONT était d’une part trop grande, et d’autre part elle allait devenir trop chère en fonction de la diminution de leur revenus mais aussi parce que mon grand-père ne toucherait plus la participation au loyer que son administration lui versait du fait que son domicile accueillait le bureau « officiel » des contributions indirectes.. A cela s’ajoutait la nécessité de faire des travaux importants dans cette maison afin de l’équiper d’un minimum acceptable  d’équipements sanitaires, ce que le propriétaire était près à concéder en contre partie d’une augmentation conséquente du loyer.

Pour mon grand-père le problème était simple à résoudre, la maison de VILLIERS dans l’Indre était leur seul bien immobilier, ils en étaient propriétaires et elle était assez grande pour eux deux, avec les économies faites sur le loyer, ils pourraient réaliser des travaux pour la rendre très confortable et il y avait assez de place pour faire un atelier, un jardin et un poulailler.

Il est certain que ma grand-mère n’était pas aussi enthousiaste que Maurice, le BERRY des chansons et de son enfance était une chose, la morne plaine et les marais de la BRÊNNE en était une autre. Habituée à faire ses courses, à pied, dans une ville commerçante, ayant vécu dans « le monde » à COLOMBES, ayant une « certaine  classe », elle se voyait mal aller s’enterrer dans un village d’une trentaine de maisons, où tout le monde, à part le curé et l’instituteur, était paysan, y compris des deux « épiciers- cafetiers ». , A plus de dix kilomètres du premier bourg civilisé, loin des commerces, de la pharmacie, du médecin, complètement dépendante de son mari puisqu’elle ne savait pas conduire.

Pour y passer les vacances ou des week-ends, la maison de VILLIERS lui convenait très bien, pour y vivre, c’était tout autre chose, elle n’allait pas tarder « à choisir ».

Ma grand-mère disposait, du fait de ma présence d'un délai d’au moins un an, mais quelques jours après la rentrée, j’ai eu la surprise de constater qu’elle ne s'était pas levée pour me préparer mon petit déjeuner. Popeye  m’informa qu’elle n’était « pas très bien » et qu’il avait appelé le docteur.

Mémée Dédée 90714 01 10x15.jpgDe retour du lycée, je trouvais la maison « différente », mon grand-père discutait avec des voisines et avait l’air très inquiet, il me prit à part et m’informa que « Dédée » était dans une sorte de coma, je pouvais la voir, mais elle ne pourrait pas me parler. Le lendemain ma grand-mère fut transférée dans une clinique. Pépé n’était plus disponible, je fus hébergé, à la sortie du lycée chez des voisines, pour un soir, puis un deuxième, enfin, les choses allant très vite, je me retrouvais interne au lycée de CLERMONT.

Début Novembre ma grand-mère sortit enfin du coma, elle put me reconnaître lors d’une visite que j’effectuais à l’hôpital de COURBEVOIE où elle avait été transférée. J’étais heureux, elle allait guérir, la vie reprendrait comme avant, je quitterais l’internat et ce maudit cauchemar allait enfin se terminer. Mon enthousiasme était cependant modéré par l’attitude de Janine (ma tante) et de mon grand-père qui demeuraient très préoccupés, ma tante lâcha même cette petite phrase « Elle aura pu nous dire adieux ».

Le 12 Novembre 1960, un Samedi, nous avions bénéficié d’un pont à l’occasion de la commémoration de l’armistice, j’étais dans la salle à manger de CLERMONT avec ma tante Marcelle, ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que nous étions là à cause du téléphone au lieu d’être chez elle à LAIGNEVILLE. Lorsque la sonnerie retentit ma tante se précipita dans le bureau pour y répondre. J’ai eu alors un pressentiment, et lorsque Marcelle revint, quelques instants plus tard,  la tête toute chavirée, ne sachant comment m’annoncer la nouvelle, je pris les devants en disant  « Mémé Dédée est morte ».

 

Telle est la vie des hommes, quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins.

Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants.

 

Marcel PAGNOL-Le Château de ma Mère.

06:00 Publié dans Souvenirs d'Enfance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : deuil.

30/09/2016

Monsieur Lavigne, maître d'internat (4ème et dernière partie) La fin d'un mythe

Les années ont passées, les anciens du lycée, sur Trombi, copains d’avant et photo de classe, se souviennent tous de Monsieur Lavigne, avec nostalgie, non seulement, parce que c’etait notre jeunesse, mais parce que nous avons tous fini par réaliser, que notre maître d’étude, le terrifiant, l’implacable pion, celui que craignaient même les terminales, l’être le plus redouté du lycée, plus que le censeur en personne, celui dont le regard vous clouait sur place comme celui du cobra, Monsieur Lavigne était ……. un brave homme.

Je n’ai pas attendu d’avoir franchi la soixantaine pour en prendre conscience, dès la fin de l’année scolaire je l’avais compris. Hormis le premier soir, lorsqu’il mettait au pli les petits malins qui voulaient le défier, Monsieur Lavigne ne punissait personne, ou rarement, son regard sur nous suffisait, les bulletins de retenus qu’il nous remettait le vendredi, c’étaient ceux des autres, pas les siens, plus d’une fois, quand l’un d’entre nous avait été collé pour un motif grotesque ou insignifiant, je l’ai vu secouer la tête d’un air désapprobateur, ses yeux perçants n’allaient pas se poser sur « le coupable », au contraire, il évitait de le regarder. Les « black le rock » qu’il nous confisquait, il les oubliait dans un tiroir, où nous allions les récupérer plus tard.

A la fin de la troisième, lorsque nous avons passé notre BEPC, on nous avait donné quartier libre après les épreuves, nous avons abusé de ces instants de liberté, et la plus part d’entre nous en avait profité pour consommer des boissons alcoolisées. Le soir à l’étude, Monsieur Lavigne fit comme si rien n’était, lorsqu’un élève était pris de nausée, il faisait un petit signe de la main pour désigner la porte de la salle, sans lever le regard. Quand après avoir bien vomi notre « vinasse » nous revenions en classe, il nous faisait signe de regagner notre place. A un moment, monsieur le censeur est venu jeter un œil chez nous, car les deux autres études de troisième étaient en ébullition, les pions avaient du mal à contenir le chahut. Le « cencu » comme nous le nommions demanda si tout allait bien, Monsieur Lavigne lui répondit, «  aucun problème, monsieur le censeur ».

L’année suivante, comme j’avais quand même réussi l’exploit de redoubler, je retombais de nouveau avec lui, en entrant dans la salle d’étude le premier soir, je lui ai adressé un joyeux « Bonsoir Monsieur Lavigne », il a esquissé un léger sourire avec un petit hochement de tête. Nous nous étions compris.

Au milieu des années 90, j’ai eu l’occasion de revenir plusieurs fois à Aix pour raisons professionnelles, au cours de l’un de ces voyages, ayant un peu de temps libre, je décidais de faire un tour sur le cour Mirabeau, je cherchais donc un parking, j’en trouvais un qui n’existait pas du temps de mes études, je compris de suite, qu’il se trouvait à l’emplacement de l’une des cours du lycée, la notre, celle des internes. Je me garais en sous sol, et empruntais l’escalier de sortie, et là, j’ai eu la surprise de déboucher pile devant notre étude, à l’emplacement exact où nous nous mettions en rang, Bien entendu, la porte en était condamnée, l’entrée se trouvant désormais du coté de la petite cour de derrière, interdite à l’époque, mais où des générations entières d’élèves sont venus poser pour la photo de classe, devant les fenêtre de notre salle.

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Photo de classe devant l'étude de Monsieur Lavigne

 Monsieur Lavigne est mort à la fin des années soixante, renversé par une voiture sur le cours Mirabeau, est-ce un hasard si cela c’est produit au moment au disparaissaient les grands internats au profit (c’est le cas de le dire) des transports scolaires ?? Dernier dinosaure d’une profession qui a disparue, Monsieur Lavigne, je ne vous oublierai jamais.