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08/07/2016

Une petite joie simple

Je vous entends d’ici, en train de vous lamenter, Comment AKELA, un garçon si propre sur lui, peut-il écrire une note sur un sujet aussi délicat ? Mais qui puis-je ? Comment pourrais-je vous relater mon enfance sans, à un moment donné, en venir à « elle » !!! . Ah, bien sûr, je vous parle d’un temps.. mais vous connaissez la chansonnette. Des distractions nous n’en avions pas beaucoup, et « elle » faisait partie de celles qui de temps en temps venaient égayer notre quotidien. Ma Nièce Sandrine, à qui j’en ai causé un jour au coin du feu, m’a dit qu’elle l’avait vu en Tunisie, oeuvrant dans un petit village, et m’a certifié « qu’elle » avait toujours autant de succès auprès des enfants.
« Elle », c’est une ….machine, je n’ai pas trouvé de photo la représentant, (on comprend pourquoi) , mais comme elle ressemblait à celles qu’utilisaient les pompiers de jadis,vous pourrez, (pour ceux qui ne l’on jamais vu), vous en faire une idée au bas de cette note.
J’en ai enfin fini avec les précautions d’usage, je peux me lancer, en souhaitant ne pas tomber dans une certaine vulgarité Je vais donc évoquer la …..comment dire ?, la pompe à M.... et oui !! Maintenant que c’est dit, plongeons dans notre sujet, (si je peux me permettre cette plaisanterie pas très fine, je le conçois)
Vous vous demandez comment un loup, bien éduqué de surcroît, peut avoir un attirance pour une machine dont la fonction n’est pas très ragoûtante, mais attendez, je ne vous parle pas de ces camions nickel chrome, plus propres que la cuisine d’un grand palace qui viennent vidanger des fosses sceptiques parfaitement étanches, en quelques minutes et en toute discrétion. Non, moi j’évoque la vraie pompe à Meu, la pompe à bras, de notre jeunesse, celle de l’après guerre, du temps où le tout à l’égout n’existait pas dans les petites villes. Les eaux usées étaient déversées dans le caniveau, voir dans un puisard, quand à nos « commodités » elles avaient le « charme » des cagadous, ces petites cabanes au fond du jardin ou au fond de la cour. L’écomusée de Mulhouse en possède d’ailleurs une magnifique collection qui a elle toute seule vaut le déplacement. Mais revenons en à notre sujet, et surtout à cette époque dans laquelle nous n’avions pas de télévision, encore moins de console Nintendo, pas de MP3, pas le moindre petit ordinateur, nous n’en étions même pas encore à l’électrophone Teppaz, le transistor n’était pas encore inventé, et nous n’écoutions la radio que sur le gros poste placé sur une étagère de la salle à manger. Le nôtre était encore branché sur Radio- Londres, c’est vous dire….. Le Jeudi, nous avions bien catéchisme le matin et louveteaux l’après Midi (et oui, AKELA a été louveteau, c’est bien la moindre des choses non !!,) mais les occasions de se distraire étaient rares….fallait être créatif. Heureusement, il y avait notre fameuse pompe à bras. Cette délicieuse machine était tirée par un cheval, et elle venait régulièrement dans notre rue vidanger « les boues » des cagadous. Nous nous retrouvions vite une bonne cinquantaine, plantés devant la maison en instance de traitement. C’était, pour nous les gosses un véritable évènement, l’occasion unique de voir comment c’était chez les autres. En effet, nos « petits coins » n’étaient pas en façade, mais relégués derrière les bâtiments, il s’avérait donc nécessaire de faire passer le tuyau au travers de la maison en laissant les portes grandes ouvertes, ce qui nous permettait de satisfaire notre curiosité, et nous n’étions pas les seuls, les adultes avaient ces jours là une certaine tendance à descendre et à remonter la rue sous le moindre prétexte, histoire en fait de jeter un œil chez le voisin, et de commenter la couleur des tapisseries ou l’état lamentable des plafonds. Mais le summum de notre plaisir était le moment que nous attendions tous, celui où le « vidangeur » et son ouvrier entamaient l’opération proprement dite.Après nous avoir fait reculer, (car ils se méfiaient de quelques garnements qui, discrètement, avaient la fâcheuse manie de desserrer le frein de la charrette avant de donner une tape sur les fesses du cheval afin de le faire avancer d’un ou deux mètres , ceci dans l’espoir de voir se déboîter le tuyau au milieu du couloir de la maison)e1f85ed0c65f420c7459b2f277f0e382.jpg les deux hommes se mettaient à actionner la pompe à bras sous les railleries de la marmaille qui en chœur, entamait ce chant mélodieux « Pompons la M----, pompons la gaiement, et ceux qui nous emmerdent, on leur mettra le nez dedans » .
Quelle époque bénie, où nous avions des plaisirs innocents et où nous nous amusions de presque rien.

01/07/2016

Le Nougat (de Montélimar) de l'oncle PAUL

Je tiens toujours mes promesses, (enfin presque), il y a quelques semaines, en postant un com sur une note de  mon amie Aude Terrienne j’évoquais le grand Nord, c'est-à-dire pour moi  tout ce qui se trouve au dessus de Montélimar. Et là, vlan, Aude me met à l’amende et me demande de lui écrire quelque chose sur le nougat. Etant en pleine écriture sur mes souvenirs de lycée, je lui ai promis de m’exécuter dans un délai d’un mois. Je l’admets volontiers, j’ai légèrement dépassé la date, mais qui puis-je ? J’avais le texte à diffuser sur l’armistice de 1918, et je n’ai pas encore le pouvoir de déplacer le 11 Novembre sur le calendrier.

Aujourd’hui, je ne peux plus reculer, sans prendre le risque de voir mon effigie en poupée Vaudou martyrisée par des épingles à linge (oui, Aude n’utilise pas les épingles qui piquent mais celles qui pincent les oreilles, le nez, le bout des doigts etc.) 

Donc, à propos de nougat, je vais vous parler de l’oncle Paul et de la Tante Augustine qui était la sœur de ma grand-mère maternelle (la gentille sorcière, pour ceux qui suivent) Nous les voyions qu’à l’occasion des grandes vacances, lorsque nous descendions dans le midi (c’est-à-dire en dessous de Montélimar) afin de rendre visite à la famille de ma mère au fin fond de notre beau conté de Nice, d’où la misère de l’après guerre nous avait arraché peu après ma naissance.

Au cour de notre séjour, quand nous ne savions que faire  nous allions chez l’oncle et la tante qui étaient plus âgés que mes grands-parents. L’oncle Paul était un ancien marin (qui avait fait deux fois naufrage), mon cousin Alain (qui avait une vingtaine d’année à cette époque) et mon père se faisaient un plaisir de lui faire raconter celui, durant la première guerre, où il s’était retrouvé à poil, ainsi qu’une femme de chambre, dans une chaloupe de sauvetage, un officier sortant son revolver et criant « le premier qui touche à cette femme, je lui brûle la cervelle ».

A partir de là, le jeu consistait à interrompre l’oncle dans son récit, afin de lui faire répéter des détails ou de lui poser des questions sur la femme de chambre, (non ce n’était pas Nafissatou Diallo)  par exemple, si c’était par hasard qu’ils étaient nus tous les deux, ou bien quelles précisions croustillantes sur l’anatomie de la demoiselle etc.  Mille détails et milles questions dont ils connaissaient les réponses mais qui embrouillaient l’oncle Paul. Pour corser le tout ils lui offraient immanquablement du nougat mou (de Montélimar, bien sûr, ma promesse est tenue). Vous allez me demander pourquoi ? Parce que l’oncle avait un dentier, je dirais même un dentier baladeur, ce qui est incompatible avec la consommation de caramel ou de nougat. Et à chaque fois, ça marchait, le malheureux avait du mal à articuler, s’embrouillait encore plus, d’autant que les deux neveux farfelus faisaient semblant de ne pas comprendre et lui demandaient de répéter. De temps à autre l’oncle devait retirer son appareil pour le nettoyer, mais, à peine l’avait-il remis en place qu’il se voyait proposé aussitôt un nouveau morceau de nougat, qu’il ne refusait pas, tant il était gourmand.

 

nougat

L'oncle Paul avec sa casquette au départ de la Micheline

 

A la fin des vacances, il nous escortait avec le reste de la famille jusqu’à la gare, où nous prenions la micheline de La Compagnie de Provence, qui nous conduisait à Nice, prélude à notre retour dans le grand Nord, par le Paris- Lyon-  Méditerranée de la SNCF. Dans le train tandis je rêvais des farcis à la niçoise de ma grand-mère, de sa tourte aux blettes et de ses tartes aux confitures qu’elle portait cuire au four à bois du boulanger les jours de fête, mon père imaginait déjà ses retrouvailles avec l’oncle Paul l’année suivante. Pensait-il qu'un jour j'interdirai à Jeanne de lui offrir des Nougats ?.

 

22:16 Publié dans Souvenirs d'Enfance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nougat

24/06/2016

Le Cimetière des Fous , Pour Clore......

Souvenirs de la maison des fous 1, Eluard 1943-9.jpgVoici le texte joint et les précisions apportées par Yves BALDRAN Pour clore sur ce cimetière : Ci-joint le poème "le cimetière des fous" et le dessin qui l'illustre signé par Vuillamy (illustrateur et gendre de Eluard) tels qu'ils figurent dans l’édition originale "souvenir de la maison de fou" en 1945.
Pour la petite histoire, est enterré dans ce cimetière, un résistant décédé de ses blessures dans les combats des maquis d'Auvergne (au Mont Mouchet). il était soigné clandestinement à l'hôpital en 1944. Il n'y a pas de plaque pour identifier sa tombe. Je ne connais pas son nom !
Il y a aussi dans ce cimetière la tombe des parents et de la tante de François Tosquelles, médecin historique de l'hôpital.
Comme vous dites des religieuses qui travaillaient à l'hôpital (plusieurs décès en 1936 à la suite d'une épidémie de Tytphoïde.) Entre 2000 et 3000 malades mentaux sont enterrés dans ce petit espace. Ce cimetière à été crée vers 1880 pour que les malades décédés "soient enterrés dignement" contrairement à ce qu'était la situation dans le cimetière de la commune.
Il n'est plus utilisé depuis les années 1980
Yves Baldran


Je remercie Yves BALDRAN qui m'a fait parvenir ces précisions avec ce dessin et cette photo du "cimetière des fous" datant de 1943, comme Paul ELUARD l'a chanté et tel que je l'ai connu. (Voir les notes précédentes.)

Sur le même sujet, j'ajoute ces deux liens qui m'ont été envoyés par CAMINAREM, en le remerciant

Le
Cimetière des gueules cassées de Cadillac 

Philippe Poisson- De L'Hôpital des fous au cimetières des oubliés

Cimetiere_des_fous_hiver_.jpg

17/06/2016

Visite à l'Hôpital de Privas (2008)

Lorsque nous sommes entrés dans la grande salle commune du service de soins, il a levé la tête, nous a-t-il reconnu ? Son visage n’a marqué ni surprise, ni joie mais une sorte d’indifférence, peut-être de la lassitude ou de la résignation, Oui de la résignation, celle qui l’habite depuis 18 mois, quand sa main l’a trahi, quand elle a refusé de lui obéir, de tracer ces traits magiques qui devenait un visage, une caricature, un paysage, cette main qui lui avait permis de briller en société, de monter des petits spectacles au cours desquels il croquait les spectateurs sur une feuille de Paperboard. De tout temps, partout où il était passé, il était « l’artiste », y compris à la résidence pour personnes âgées où il était venu se réfugier après la mort de son épouse en 2003. Il animait les fêtes, participait à la décoration de Noël, de temps en temps il partait en stage « d’aquarelle » ou à Paris, visiter une exposition de peinture.
C’est au retour d’un de ses séjours parisiens que son épaule s’est rebellée après 82 ans de bons et loyaux services, entraînant avec elle cette main qu’il a cherché à reconquérir, mais en vain.
Cette trahison le privait de sa principale raison de lutter, il ne pouvait plus ni dessiner, ni conduire, ni être complètement autonome. Au statut d’artiste il substituait celui d’invalide, s’enfonçant avec complaisance dans la dépendance aux autres jusqu’au jour où le piège s’est refermé sur lui.
Il y a dix jours, lorsque nous étions venu avec mon frère Jean-Claude, il parlait encore de politique, de Sarko, il lisait son « Canard Enchaîné » que nous lui avions acheté. Aujourd’hui, nul désir, juste un élan de rébellion pour déclarer « je m’emmerde ici ». Et puis il s’est endormi sur son fauteuil roulant, peut-être faisait-il semblant, pour que l’on parte, qu’on lui « foute la Paix ».
Ce soir, pour clore cette lettre, je vais ressortir un dessin vieux de près de soixante ans. Tu l’avais griffonné, sur une feuille de cahier d’écolier quelques jours après ma naissance, je suis dans les bras de ma mère, derrière elle, il y a Léontine, ma grand-mère qui a elle-même accouché sa fille dans la salle à manger de la maison. Jean-Claude joue avec un chien aux pieds de Benjamin, le vieux paysan du Mercantour, chauffeur du train des pignes à coté de qui tu t’es représenté.
Je n’ose même pas te dire « Bas-toi ! »

341488d81b619fbd680431420136d086.jpg

22:09 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (0)

10/06/2016

Fous de tous les pays unissez-vous !!!

J'ai recherché sur Google Earth l'emplacement du cimetère des fous que j'évoque dans une note précédente, j'ai découvert que la nécropole avait disparue remplacer par un jardin des souvenirs.

preview35.jpgLes croix de bois ont disparues remplacées par une stèle , seules des croix de pierre demeurent , celles de religieuses, une de ces croix à sa plaque émaillée, les fous ont été chassés de leur propre cimetière!!!!
Peut-être dois-je m'estimer privilégié de l'avoir vu tel que Paul ELUARD l'a chanté.