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11/11/2016

AU SOIR DU 11 NOVEMBRE (RÉÉDITION Actualisée)

La nuit va tomber, et je ne peux m’empêcher de me projeter dans le passé, il y a quatre-vingt quinze ans aujourd’hui, à cette même heure des milliers hommes allaient encore coucher dans la boue et le froid, mais pour la première fois depuis plus de quatre ans, ils n’auraient plus peur du lendemain, de cette aube meurtrière, ou la baïonnette avait depuis longtemps remplacé la fleur au bout du fusil, cet instant maudit où l’on sortait des tranchées en pensant à….et puis pas le temps de penser, pas le temps de comprendre, juste celui de mourir.
32-Maurice RENOUX.jpgMon grand père m’a souvent raconté cette dernière journée, loin des récits romanesques et dramatiques que nous avons pu lire, entre autre sous la plume de Giono, il y a bien eu quelques fanatiques de part et d’autre qui ont essayé de prolongé le combat jusqu’à la dernière minute, officiers français voulant terminer par une dernière victoire, officiers allemands voulant livrer un dernier baroud d’honneur, mais dans l’ensemble dès que la nouvelle a été connue, on a essayé de préserver les vies des combattants, pourtant ce jour là, près de 300 d’entre eux n’entendrons pas sonner le clairon , à la onzième heure du onzième jour, du onzième mois.
J’ai longtemps cherché à retranscrire ce que mon grand –père m’avait relaté, je n’arrivai pas à trouver le bon angle, mais ce matin, en lisant dans le midi libre le récit d’un soldat qui sonna le cessez le feu, j’ai retrouvé cette atmosphère que « Pépé » Maurice m’avait décrite. Blessé sur la Somme, il avait refusé d’être réformé, il avait donc été reversé dans l’artillerie, où, en tant que sous officier, il était responsable du transport d’une dizaine de canons et de leurs servants, lui-même conduisait un des camions affectés à cette tache, car il appartenait au tout premier régiment d’artillerie entièrement motorisé. Dans la nuit du 10 au 11, il avait fait mouvement vers la ligne de front en prévision d’une grande offensive devant avoir lieu le 12. C’était un moment particulièrement délicat, l’armée française savait les allemands au bout du rouleau, et espérait faire une percée de grande envergure permettant de contrôler toute la rive gauche de la Meuse, et même, « fol espoir », atteindre le Rhin avant Noël. Plus les canons français seraient près de la ligne de front, plus ils pourraient couvrir en profondeur l’avance des fantassins et des chars. A 7 heures du matin, Maurice progressait en tête de la colonne, guidé par un soldat du génie, il allait s’engager dans un chemin ouvert spécialement pour eux, parallèlement aux tranchées distantes de moins d’un kilomètre, quand une « estafette » lui transmit l’ordre de s’arrêter, sans autre explication. La première réaction de Maurice et des artilleurs qui étaient avec lui fut de râler, il ne leur restait plus qu’une heure d’obscurité pour atteindre les emplacements qui leur avaient été aménagé par le génie. Dès le lever du jour, ils seraient à découvert. Peu de temps après une deuxième « estafette » vint le voir et lui transmit une consigne adressée à « toutes les unités militaires se trouvant en première ligne ». « Toutes les unités en cours de déploiement devaient cesser leur progression, et se mettre à couvert, toutes les patrouilles devaient être rappelées, aucune initiative pouvant amener une riposte de l’ennemi ne devait être prise. Les soldats du génie devaient cesser les travaux de préparation de l’attaque et se replier vers l’arrière, l’offensive du 12 était annulée ». Dès la lecture de ce message, un jeune artilleur demanda si la guerre était finie, l’estafette n’en savait pas plus mais reconnaissait que c’est la première fois qu’une telle consigne était donnée. Ce qui étonna mon grand-père c’est que l’offensive n’était pas reportée mais annulée. Très vite la rumeur d’un cessez le feu commença à circuler, d’autant qu’un impressionnant silence se fit, comme le décrit l’article du Midi- Libre, le canon cessa de tonner, plus un seul tir de mitrailleuse ou de fusil dans le lointain, « Même les boches ne tirent plus ! » .
Jean RENOUX-1918.jpgVers 9 heures mon grand père aperçu une section du génie qui se repliait, les hommes étaient joyeux, il interpella l’adjudant qui les commandait, « Qu’est-ce qui se passe ? » « C’est fini, la guerre est finie, on sonne le cessez le feu à onze heures ». Mon grand père m’avoua qu’il avait faillit s’évanouir, ses jambes ne le tenaient plus, et il avait du s’asseoir sur le marche pied de son camion, sa première pensée avait été pour Jean son frère, tué quatre mois plus tôt, « à quatre mois près….. »

Son Frère Jean

 

Le clairon, il ne l’avait entendu que de très loin, il se souvenait cependant de la clameur qui avait suivi, de ces dizaines d’hommes qui avaient surgi de la terre. Il avait même vu au loin un groupe de soldats allemands qui allaient au devant des poilus français. A midi, ordre fut donné de se replier quinze kilomètres plus loin, partout sur le parcours c’était la même liesse, il y a avait même des civils, probablement des paysans du cru, qui se dirigeaient vers la ligne de front en chantant et en offrant des bouteilles de vin aux soldats.
Le soir du 11 Novembre 1918, Maurice qui avait conduit toute la nuit précédente, s’endormit dans une salle de classe d’une école des Ardennes. " C’était la Der des Der", jamais plus l’homme ne devrait connaître de nouveau une telle horreur.
27 ans plus tard, au soir du 8 mai 1945, il assistera en tant qu’officier de l’armée française, issu de la résistance, à la reddition des troupes allemandes de la poche de Saint Nazaire.

05/11/2016

L'attaque du 5 Novembre 1916

 5 Novembre 1916-5 Novembre 2016

Un siècle a passé, il y a exactement 100 ans mon grand père était blessé  lors d'un des tous derniers assauts de la bataille de la Somme

En cette fin d’automne 1916, de part et d’autre de la ligne de front les états-majors savent que l’hiver va mettre un terme à la bataille de la Somme. La victoire a échappé de peu aux troupes Franco-anglaises, à un moment même, le front a été percé, les tergiversations de nos généraux qui hésitèrent à poursuivre avaient permis aux allemands de refermer la brèche. Le  5 Novembre  Les français tentent une dernière manœuvre, s’ils percent le front, cette fois c’est sûr, ils poursuivront le plus longtemps possible. L’attaque à lieu aux portes de fer et à la corne du bois de Saint Pierre Vaast, elle est menée par la sixième brigade alpine. Mon grand père Maurice en fait partie, avec le 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins, celui-là même qui combattit en Afghanistan.

Voici le récit qu'il fit de cette ultime tentative.

(Au début de ce récit, Maurice évoque le report de cinq heures de l’offensive. C’est ce contre ordre qui provoquera le désastre, 3OOO hommes de la sixième brigade alpine sur 6000 vont périr, parce que l’artillerie, non informée de ce report pilonnera les lignes allemandes à l’heure initialement prévue, cessant le tir cinq heures trop tôt, permettant ainsi à l’ennemi de replacer ses nids de mitrailleuses et à son artillerie de régler ses tirs).
Le 4 Novembre 1916, nous prîmes position dans la nuit, nous devions attaquer le 5 à 6Hoo du matin. J’avais pour mission avec mes grenadiers de “nettoyer” les abris derrière la 1ère vague. Il nous avait été distribué six grenades quadrillées à chacun.
Au cours de la nuit, un contre ordre arriva, reportant l’attaque à 11H3O. Nous attendîmes sous l’avalanche qui déferlait sur nos têtes ; je revois la terre voler de tous les cotés et j ‘avais l’impression que nous serions cloués sur place dès que nous sortirions des tranchées. J’étais au coté du lieutenant et à 11H10 il me cria : ”pousse-moi au cul que je sorte”, ce que je fis. Je n’avais personne, moi, pour m’aider et je pris ainsi un retard d’une vingtaine de mètres. Je fus tout étonné d’être vivant et je courus droit devant moi, si bien que je fus arrêté par un tronçon de réseau “Brun”, sorte de boudin en fil de fer d’un mètre de diamètre que l’on déroule très rapidement devant une tranchée ; je ne cherchais même pas s’il y avait une brèche à proximité, je me couchais dessus et l’ayant écrasé, je pus me dégager et continuer à courir, je vis bien des cadavres, mais j’étais tellement crispé que je ne regardais que devant moi.. J’aperçus, tout à coup, un énorme trou d’obus contenant une bonne partie de ma section (dont mon escouade à peu près au complet). Ils étaient en train de creuser la paroi du trou pour se protéger, en attendant peut-être mieux ( ?). Mon premier mouvement fut de me placer en position de tir, mais les gars me tirèrent pour que je sois aussi à l’abri. Ils paraissaient stupéfaits de la défense allemande. Un caporal de notre section spéciale répétait continuellement “Pour un bec de gaz, c’est un bec de gaz”. Cela dura des heures, je vis soudains deux sergents se lever et sortir du trou dans la direction des “boches” Qu’avaient-ils vu ? Je m’approchais du bord, je passais le buste : je ne vis rien ! Je recevais un choc formidable à l’épaule gauche (comme un coup de masse). Je croyais avoir le bras arraché et instinctivement ma main droite se porta sur mon bras gauche qui était toujours en place. Je m’attendais à m’évanouir me connaissant très sujet à cela, mais non. Je ne pensais qu’à me libérer de mon harnachement dont je n’avais plus besoin et les copains me crièrent “Fous le camps car on ne pourra pas t’amener, tu n’as qu’a sauter de trou en trou pour te protéger”.
C’est ce que je fis et j’arrivais ainsi à une tranchée, je m’y laissais choir ! Mon lieutenant était justement à proximité et me demanda à quel endroit j’avais été touché. Il me dit que le poste de secours n’était pas très loin dans le boyau, j’avais à peine fait une cinquantaine de mètres dans le boyau que deux mitrailleurs du 6ème B.C.A, sortant d’un abri, me proposèrent de faire mon pansement. Après avoir découpé la manche de ma capote, ils me mirent le torse à nu et tentèrent de me faire un pansement avec le paquet individuel, mais cela ne tenait pas et je me remis à marcher dans la direction du poste de secours. J’entendis alors des brancardiers crier : “Tous les blessés qui peuvent marcher ont intérêt de descendre au poste de secours, ils gagnent du temps, car nous ne sommes pas assez nombreux”. C’est ce que je fis, je m’arrêtais souvent pour reprendre des forces qui commençaient à m’abandonner. Ce boyau me paraissait long ! J’étais obligé de piétiner les morts. Mon moral n’était pas brillant. Un détachement me croisa et j’implorais les gars pour qu’ils me conduisent au poste de secours, ils me répondirent qu’ils allaient en ligne creuser des parallèles de départ et qu’ils ne pouvaient pas.
Quand le dernier passa, je m’accrochais désespérément à son équipement en lui demandant de me conduire au poste de secours. Il me dit “attends-moi là, je vais prévenir les brancardiers, le poste est tout près”. Il repassa peu après suivi des brancardiers qui m’emmenèrent et me firent descendre dans la cave servant de poste de secours. Le Docteur me fit une injection antitétanique et me fit un pansement normal. En remplissant ma fiche d’évacuation et voyant mon écusson : 27, il s’écriât “Mais pourquoi es-tu venu te faire soigner ici, c’est le poste du 28ème B.C.A “. Je lui dis que je m’étais trompé mais que du fait qu’il soignait les prisonniers allemands, il pouvait bien en faire autant pour moi.
Un peu plus tard je fus emmené par quatre brancardiers au poste de secours de la brigade. Une fois sorties du boyau, ils marchèrent à découvert, ce qui était éprouvant pour moi. Enfin ! , Ils arrivèrent et me déposèrent sous une grande tente, où un infirmier vint me voir pour examiner ma fiche et mon pansement, il me dit “Ta blessure est très grave, il ne faudra pas remuer, ni chercher à boire, si tu le veux, je vais écrire à tes parents, dicte-moi l’adresse”. Il me relut et fit partir la lettre, qui est bien arrivée et que j’ai classé avec toute la correspondance de cette période (correspondance que mon fils Pierre conserve). Enfin une auto ambulance arriva et mon brancard fut glissé après d’autres brancards et nous partîmes par une route défoncée et cahotante pour arriver enfin à l’hôpital d’évacuation, situé près de la ligne de chemin de fer. Je dormis un bon moment en attendant d’être transporté à la salle d’opération où les infirmiers m’installèrent sur la table en disant : “Le chirurgien va venir, ne remues pas”. Cette recommandation était superflue, j’étais tellement épuisé, tant par ma blessure que par la fatigue, que je me suis retrouvé vers dix heures du matin dans un grand baraquement contenant une centaine de lits. Un peu plus tard, le Major vint voir les opérés. Il me demanda quelques renseignements et me dit que je partirai avec le premier train sanitaire.
Fiche blessure Face.jpgCi contre la fiche d'évacuation de Maurice RENOUX
La nuit arriva et, avec elle, les avions de bombardement attirés par cette immense gare de triage où se trouvaient également des trains de munitions ; toute la nuit ce fut un fracas épouvantable, causé par la DCA, par les bombes et surtout par le crépitement ininterrompu des munitions des trains touchés par les bombes. Pensez à ce que pouvait être notre moral ? Après avoir échappés à la mort, heureux d’être encore vivants mais craignant qu’au moment de partir notre train ne soit touché et nous avec.Fiche blessure Verso.jpg

(Au printemps 1917, les Allemands affaiblis par ces combats décidèrent de réduire le front et effectuèrent un retrait stratégique, abandonnant sans combattre le bois de Saint Pierre Vaast et les portes de fer )

 

La suite du récit et les Mèmoires de mon grand-père se trouvent sur "Mémoires croisées"

15/07/2016

Quand "L'action enchaînée" déchaînait les passions

 

L’action enchaînée, tu connais ? J’en ai parlé dans un com de notre amie Pat « du Pied de la Tour ». Pour beaucoup, il s’agit d’un bronze se trouvant dans le jardin des tuileries à Paris, doisneau.jpgil y a d’ailleurs une célèbre photo de Doisneau où l’on peut voir des ouvriers la mettre en place et pour cela, poser leurs mains sur les formes rebondies de la « dame ». Pour les encyclopédies en ligne, elle se trouve effectivement à Paris.

Mais ce n’est que menteries, ah ben oui, l’original trône dans un tout petit village de la vallée du Var, Paris n’a que la copie. Tu ne me crois pas ? Tu prétends que c’est l’inverse ? Et bien tu te trompes, « l’action enchaînée » a été créée pour rendre hommage à l’enfant du pays, le révolutionnaire Auguste Blanqui, avec qui j’ai l’honneur de partager mon lieu de naissance.

109ao.jpg

Sur le socle de la statue du village sont écrits ces quatre vers

 

« Contre une classe sans entrailles 

Luttant pour le peuple sans pain

Il eut vivant quatre murailles

Mort, quatre planches de sapins »

 

Eugène POTTIER (auteur de l’Internationale)

 

Et cet Epitaphe, même à Paris, « ils » ne l’ont pas !!!!

Ça, c’est pour la grande histoire, moi, tu me connais, j’aime bien les anecdotes savoureuses, et à ce propos, je vais t’en conter une.

005.jpgQuand la statue fut érigée au début du vingtième siècle elle fut placée sur la place de la mairie, face à celle-ci. Mais avant de continuer, il faut que je te dise, qu’en face, il y a l’église. Quand les républicains libres penseurs tiennent les rênes de la commune, la place devient « place de la Mairie » lorsque les affreux « réactionnaires calotins » renversent les « rouges, », elle se transforme en « place de l’église ». Enfin, c’était comme ça à l’époque.

Donc, quand cette bande de « communards » (Blanqui en fut en 1871) installa l’œuvre de Maillol face à la mairie, « les culs bénits » protestèrent,

« Comment ose-t-on exposer cette indécente femme aux formes opulentes qui montre son ……..arrière train aux fidèles à la sortie de la messe ? ».

Pour ça, c’est sûr, les enfants de cœur ne pouvaient plus ignorer ce qu’était un « beau cul ».

Dès qu’elle reprit la mairie, la « calotte »  s’empressa de la changer de place, et de l’installer devant la gare, au grand dam des « rouges » car notre statue était aussi connue sous le nom de la « liberté enchaînée »

« Regardez les, ils veulent chasser la « liberté » et l’envoyer en exil ». Ils n’avaient pas tort, car la belle dame repartie finalement pour Nice pendant quelque temps avant de revenir par un train que conduisait mon grand père en personne. (Et oui, mon papé à ramener « la liberté » dans son village)

Finalement, aujourd’hui, l’action enchaînée se trouve à coté du jeu de boule, tout le monde est content, à condition bien sûr que les joueurs ne la confondent pas avec « Fanny ».

Merci à Pat de m'avoir inspiré cette note.

10/05/2016

L'EXODE vue par Mon Grand Père et mon Père

10 MAI 1940, L’OFFENSIVE ALLEMANDE.

 

Le Vendredi 10 Mai 1940, à 5Hoo du matin, avec Dédée, nous sommes réveillés par une explosion lourde (qui fait trembler la maison), éloignée de dix kilomètres à vol d’oiseau. La sonnerie du téléphone retentit, c’est le chef de gare qui me demande de lui passer la gare de VILLERS-COTTERETS, le réseau SNCF ne répondant pas. Le chef de gare m’apprend que le passage à niveau a été bombardé, bloquant la ligne et la route de la FERTE-MILON. Je comprends  que ce que  je redoutais commence et que les Allemands passent à l’offensive!! Je ne me doutais pas de l’ampleur qu’elle allait prendre en quelques jours.

Peu après, la Radio annonce que la BELGIQUE et la HOLLANDE sont envahies. Le Gouvernement Français invite tous les fonctionnaires civils et militaires à rejoindre leur poste s’ils sont en congé. C’est mon cas, puisque j’étais à LONGPONT depuis le 4 Mai.; Je me prépare et prends le train de 13 h pour LAON-MONTCORNET. Je fais enregistrer mon vélo, mais je laisse ma cantine à la maison.

Andrée est toujours aussi courageuse, je suis civil, aussi elle est rassurée en ce qui me concerne. Elle ne se doute pas de ce qui l’attend!!!, on ne pouvait pas concevoir que les événements se dérouleraient avec une rapidité foudroyante.

Arrivé à LAON, j’apprends que la ligne est coupée par un bombardement à LIART. Nous descendons du train et passons la nuit à proximité des abris. Les appareils de chasse français patrouillaient continuellement.

En circulant, les jours suivants, je vis des morceaux de poutrelles et de wagons à trois ou quatre kilomètres de la gare.

Rentré chez moi, je vis le receveur buraliste, remontant de la gare, assez inquiet sur la suite des événements. Le feu des wagons couvait et les explosions reprirent de plus belle jusqu’à 3 ou 4H00 du matin. Cette fois je m’étais réfugié avec les autres habitants de la maison dans la cave. Je sentais le mur vibrer à chaque explosion

 

   10 Mal 1940 vers 9 H du matin:

 

   Nous sommes au collège de Soissons, nous sommes à l’étude, ce qui ne veut pas dire que nous étudions, en tous cas pas moi.

 

        Par extraordinaire, le pion qui surveille l’étude en général, et moi en particulier, semble m’avoir totalement oublié.

 

        Il a trop a faire à parcourir la presse du matin: LA DRÔLE de GUERRE est terminée, La GUERRE pas DRÔLE vient de commencer. Les armées allemandes sont entrées en Belgique, en Hollande, au Luxembourg et en France. Des villes, des gares sont bombardées, des milliers de familles sont lâchées.  

        Sur les routes dans une pagaie infernale, les journaux parlent de guerre TOTALE, d’invasion. Je me revois quelques jours après à Longpont. Le Popeye arrive en vélo de Montcornet (45 Km) et nous crie “j’ai les boches au cul”.          

        Je regarde instinctivement dans la direction de Soissons a attendant à “ les voir “, je presque déçu, mais quand même rassuré de constater qu’en vélo mon père est plus rapide que les PANZERS.

   Je dois préciser qu’à l’époque nous étions sérieusement intoxiqués par les communiqués. (Le communiqué, comme son nom l’indique, est une communication quotidienne de l’état major destiné à la population). L’héroïsme nous était servi à la louche, nous étions les plus fort, grâce à l’acier victorieux, la route du fer était coupée et si les allemands avançaient si vite les sots! , c’est que nos stratèges allaient les piéger vite fait. La grande stratégie de notre G.Q.G était absolument FABULEUSE. Nos troupes pratiquaient comme à la parade le REPLI  ELASTIQUE sur des positions préparées à l’avance GENIAL!!.  Popeye, avec sang froid et astuce, avait sur son vélo, attiré l’ennemi à sa poursuite pour que la tenaille se referme sur lui. Nos armées glorieuses n’auraient qu’à ramasser les prisonniers allemands coupés de leurs bases.

   Bien fait! Mais je ne posais quand même la question: “ où va t’on les loger? “. Ils allaient eux mêmes résoudre le problème, mais n’anticipons pas.

 

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La suite sur le Blog "Mémoires Croisées"

 

 

 

21:47 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mai 1940

04/03/2016

Les chauffeurs de la Drôme

Vous connaissez Berruyer ? Non, pas Alexandre-Benoît dit Berru, le comparse de San Antonio, moi, je vous parle de Louis Berruyer. Vous ne le connaissez pas ? Ce fut pourtant un bienfaiteur de l’humanité qui, entre 1906 et 1907, fit du social à sa manière. De peur que les petits vieux de la région de ROMAN ne meurent de froid la nuit, il allait avec ses amis leur réchauffer les pieds. Eperdus de reconnaissances « les anciens » leur confiaient spontanément leurs économies qu’ils dissimulaient soigneusement dans leurs maisons. Berruyer, comme tous les incompris, ne fut pas récompensé de ses bonnes actions, le 22 Septembre 1909 il fut victime d’un terrible accident, un couperet de guillotine lui trancha la tête ainsi qu’à deux de ses collaborateurs devant la prison de Valence. Ainsi fini la triste histoire de ceux qui resteront pour la postérité les « chauffeurs de la Drôme ».
Je vous imagine déjà en train de vous dire, « tiens Akela va nous conter en détail le récit de cette fine équipe, dont les méfaits contemporains de ceux de la Bande à Bonnot défrayèrent avec autant de passion la chronique judiciaire de l’époque » », et bien non, ce n’est point mon but. Ce qui m’intéresse dans cette affaire, c’est le sort des enfants de Berruyer, car cet homme avait une famille, une épouse (qui fut soupçonnée de complicité) et une progéniture. Le hasard de la vie a voulu que je croise l’un d’entre eux, ses descendants étant toujours de ce monde, je me permets de modifier son identité et celles de ces proches. Celui que j’appellerai Octave pour la circonstance fut placé à l’assistance publique après que l’on ai retiré le droit de garde à sa mère dont il pris cependant le nom de jeune fille car à cette époque, par soucis pour l’avenir des enfants de criminels, on pouvait modifier leur état civil, Octave Berruyer devint donc Octave Martin. C’est sous cette identité qu’il fut placé dans une famille d’accueil à l’autre bout du département. Ça partait d’un bon sentiment, mais il aurait mieux valu le changer carrément de région, car l’affaire des Chauffeurs avait tellement tenue en haleine toute la Drôme que ce n’est pas une centaine de kilomètres qui allait garantir l’anonymat d’Octave. Dans le village de P…, où il séjourna, ce fut rapidement un secret de polichinelle
Pour ne plus être (dans les conversations du village) « le fils de Berruyer » ce garçon aurait du s’exiler après sa majorité, son avenir ne pouvant se situer qu’ « ailleurs », pourtant Octave choisit de rester. Il épousa une jeune fille du cru, Germaine Ladet, dont l’histoire personnelle est aussi très intéressante. Son père, que l’on prénommera Jules, était parti en 1914 à la guerre comme de nombreux jeunes français à l’époque. Fut-il fait prisonnier ? Je ne sais pas, mais il s’avérât qu’il ne revint au pays qu’après l’armistice pour apprendre que son épouse était « morte en couche » en donnant naissance à une petite fille, dont le père biologique était un voisin qui s’appelait lui même Ladet. Comme la fillette était née plus de neuf mois après le départ de Jules, elle ne pouvait, elle aussi, ne porter que le nom de jeune fille de sa mère. (Comme quoi, il n’y a pas de hasard).
Je n’ai pas connu Jules, mais je pense qu’il devait être un brave homme, car il a eu ce geste extraordinaire : il a reconnu Germaine, lui donnant ainsi son nom (qui était également celui de son père biologique) et une famille, car il se remaria.
Bon, maintenant vous allez me dire, « et toi Akela ? Qu’est-ce tu viens faire dans cette histoire ? » Pas grand-chose, si ce n’est écrire ce qu’il advint d’Octave à l’heure de son trépas. Ce que je vais vous révéler, je le tiens de mon beau-frère qui était maire de P… quand Octave s’en fut de ce bas monde. Le jour de sa mort Octave Martin est redevenu, le temps de la déclaration de décès et pour l’état civil, Octave Berruyer. Il paraît que c’est ainsi, y compris pour tous ceux qui obtiennent de faire changer leur nom. Afin d’éviter toute erreur à l’état civil, à leur mort ils reprennent leur véritable identité. Par conter, les enfants d’Octave Martin, ayant été déclarés sous ce nom, resteront toute leur vie des Martin.
Ça me fait une belle jambe, comme disait le cul-de-jatte à qui le coiffeur voulait couper les pattes.