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27/06/2014

La Maison mystérieuse

Nous avions rarement l’occasion de pénétrer dans la chambre de mes grands-parents, et lorsque cela se produisait c’était toujours pour assister à quelques choses d’extraordinaires, (pour nous), comme par exemple la pose de ventouses sur le dos de « Popeye " surnom que ses fils avaient donné à mon grand-père.
Ce soir là, l’objet de notre venue et de notre curiosité était un « jouet », du moins c’est ce que je crus d’abord, il s’agissait de la maquette en contre plaqué d’une petite maison presque cubique avec un hangar sur le coté droit et une « véranda » sur la face arrière. Cela ressemblait fort à nos petites fermes en bois qui nous permettaient de jouer aux paysans, avec nos troupeaux de moutons en plastique, nos veaux, vaches, cochons, couvées en même métal, comme dirait mon père.
Je me demandais bien pourquoi nous devions tous nous extasier devant cette maisonnette, et j’attendais le moment où nous pourrions en prendre possession pour nous amuser.
Je fus très désabusé lorsque mon grand-père replaça très religieusement la maquette dans l’armoire normande de sa chambre. Pour nous consoler, il nous montra les emprunts russes, qui avaient l’air d’amuser tout le monde. Je ne pouvais pas savoir que cela représentait toutes les économies que mon arrière-grand-mère avait placées avant la guerre de 1914. Mon grand-père les remis à leur place en disant « On ne sait jamais, les soviétiques finiront bien par respecter les règles internationales ». Je ne comprenais rien à tout cela, pourtant Popeye finira par avoir raison, quinze ans après sa mort, les Russes acceptèrent, en 1998, de rembourser en francs, ce qui avaient été payé en « francs or » près d’un siècle avant. Sans les intérêts, bien sur ! ! !
J’oubliais rapidement les emprunts russes et la maisonnette en carton, retournant à ma vielle ferme qui avait finalement son charme.
Un nom commençait cependant à « traîner » dans les conversations, celui de VILLIERS, qui constituait avec PAULNAY et SAULNAY les « Trois pays du triangle des sorciers » d’après un dicton du BERRY et où reposait « l’Oncle Auguste ». Il était de son vivant sabotier et garde chasse. Deux métiers de fainéant disaient les paysans, ce qui manquait d’indulgence, sinon d’objectivité. On lui reprochait d’être un grand coureur de jupons devant l’éternel ce qui était très exagéré, car sa réputation était telle que ce sont les filles qui lui courraient après. L’oncle Auguste était un homme superbe, de haute taille, et qu’il avait été cuirassier pendant le service militaire. Il faisait aussi fonction de prévôt d’armes, c’est à dire entraîneur d’escrime. Avec ses jolies bacchantes et sa belle prestance, pas étonnant qu’il ait fait des ravages parmi ses contemporaines. Et je n’oublie pas de rappeler qu’en outre il exerçait comme il se doit la sorcellerie, désenvoûteur d’après ses amis, et jeteur de sort pour les mauvaises langues.
Un beau jour de printemps, je devais avoir six ou sept ans, la famille se mit en ordre de marche, comme je vous l’ai déjà décrit par ailleurs : mes grands-parents dans la 4 Cv, nous derrière, Luc entre Jean-Claude et moi dans sa caisse d’Omo, en guise de berceau, une partie des valises solidement fixées sur la galerie du toit, le reste dans la « cinquième roue », sorte de remorque équipée d’une seule roue au centre et attelée de manière rigide au pare-chocs de la voiture. Quant à mes parents, ils suivaient comme d’habitude sur la Vespa.
A la sortie d’une petite agglomération, en direction de MEZIERES en BRENNE, nous stoppâmes devant une maisonnette cachée par des plantes grimpantes. Après quelques minutes je réalisais que je me retrouvais devant la même maison que celle de la maquette, mais en vrai. Elle ne paraissait pas aussi fraîche que son modèle réduit, mais la ressemblance était frappante. Nous étions à VILLIERS.
C’était un petit paradis pour des enfants, dans les grandes herbes qui envahissaient le jardin, Jean-Claude et moi, trouvâmes deux petites huttes, en chaumes. C’était d’anciens poulaillers, une véritable aubaine pour nous de « posséder » ainsi des cabanes toutes faites, et qui nous appartenaient, car, nous avions déjà compris une chose importante, nous étions « chez nous ».
Le hangar qui jouxtait la maison était fait de planches, plus tard, conformément à la maquette, Popeye le remontera en « dur », quant à la véranda, c’était en réalité l’atelier de sabotier de l’oncle, Auguste GEORGET, avec ses outils et des sabots en cours de fabrication, comme si le maître artisan, s’était absenté pour quelques minutes et allait reprendre son ouvrage, après nous avoir accueillis.
J’étais trop jeune à l’époque pour partager l’émotion que devaient ressentir les adultes à cet instant, où tout était figé à la minute où le vieil homme avait fait le malaise qui allait l’emporter, alors qu’il confectionnait sa dernière paire de sabots.740ded60bf184cfdd1815365eb3905e2.jpg
Popeye à sa fenêtre.
Pour la petite histoire, ce minuscule Village fut mêlé à l’Affaire MIS et THIENOT qui défraya la chronique en 1950. Le crime de MÉZIÈRE en BRÊNNE s’est déroulé à moins de huit kilomètres de la maisonnette de la Tante Berthe. Le très douteux et très contreversé principal témoin à charge, logeait à cette époque chez sa mère à VILLIERS, c’était un simple d’esprit que le Patron du Garde Chasse assassiné fit transférer dans ces propriétés du Nord de la France après le procès pour qu’il ne puisse pas être « manipulé » par le comité de soutien.
C’est dans cette maison que mon grand-père se retira lors de sa retraite qui coïncida avec la mort de ma grand-mère. La jolie maquette en bois était leur projet commun, il se retrouva seul pour le réaliser.

19/06/2014

Et hop, un petit zeste d'érotisme

Je crois que je vous ai déjà raconté pourquoi j’avais choisi d’écrire sous le nom d’AKELA. Comment ça NON ? , mais si !!! mais si !!! Cela date de quelques semaines, enfin, comme je suis brave et pour ceux qui auraient oublié ou qui n’ont pas suivi, je vais recommencer, Mon nom de famille vient d'un ancien nom de baptême d'origine germanique, formé de deux mots signifiant conseil et loup.(ou Clan des loups),celui qui appartient au clan, au conseil des loups.
Cette parenté est accentuée par le fait que je suis né dans un village au pied du Mercantour, là où les loups ont choisi de revenir sans l’aide ni l’autorisation de l’homme. Un loup bien éduqué se doit d’avoir un nom, WOLF faisant trop germanique, je me suis octroyé le patronyme du chef de la meute qui recueillit Mowgli dans la livre de la Jungle .Cela peut paraître un peu prétentieux mais en tant que détenteur de la mémoire familiale, gardien du livre des souvenirs reconnu par l’ensemble du Clan des loups, il ne m’a pas parut incorrect de prendre le nom d’AKELA. Car, faut-il vous le préciser, j’ai reçu des mains de mes anciens, les mémoires du Grand-père, ainsi que le carnet de route et les lettres de l’oncle tué pendant la guerre de 1914-1918.
Cela dit, lorsque j’ai choisi d’écrire sous ce nom, j’avais complètement oublié que la chef des cheftaines, quand j’allais aux louveteaux, avait, elle aussi pris le nom d’AKELA, cela m’est revenu plus tard en écrivant les premiers récits sur cette partie de ma vie. Eh oui, quand j’étais un jeune loup, j’allais aux louveteaux, quoi de plus naturel en somme , je dois d’ailleurs à ce passage d’avoir très rapidement eu une crise de « foi » , suivie d’un accès d’anticléricalisme , qui n’a cessé qu’avec le temps, et d’innombrables « injonctions » d’appel intérieur à la tolérance. De temps en temps, par ci par là, quelques propos indigestes d’un pape ou d’un de ses sous papes provoquent une rechute temporaire mais heureusement éphémère.
A Clermont, dans le département de l’Oise, le quartier général des louveteaux se partageait en deux lieux, le premier, l’officiel était le presbytère situé près de l’église, face à une aire de jeu en terre battue, dont on disait qu’elle était autrefois le cimetière, ce qui est probable, et qui doit être aujourd’hui, goudronnée et transformée en parking. Le second, était le magasin « La Hutte » rue de la République, tenu par les parents des cheftaines AKELA et RAKSHA qui nous encadraient, c’est chez eux que nous devions nous fournir en insignes foulards etc.
Mais là, comme d’habitude, je m’éloigne du sujet, et ce serai dommage de vous priver d’un grand moment d’érotisme que, même Clara MORGANE n’a pas su me faire oublier.
AKELA était donc le nom de ma cheftaine, ce n’est d’ailleurs pas du tout original, elles s’appellent toutes ou presque AKELA, c’est même devenu un nom commun, quand des responsables de louveteaux cherchent une animatrice, ils disent « une AKELA » .
C’est tout le paradoxe, de mouvement scout, très impliqué religieusement dans les années 50 , que de donner un nom de « loup mâle » à une jeune femme. Mais ce n’est absolument pas neutre, car AKELA, chez les louveteaux, représente le pouvoir, et la jeune fille qui l’assiste, et qui lui doit donc obéissance, porte le nom de la femelle « RAKSHA ».
Mais où est donc l’érotisme dans tout cela ? Prenez patience, j’y viens.
Une année, notre « meute » organisa un camps d’été en Normandie, où exactement ? Je ne m’en souviens plus, mais nous avions eu l’occasion d’admirer les ruines du « Château Gaillard » juché sur une île de la Seine et de nous rendre dans une piscine pour nous baigner.
2005_Garde_suisse_au_service_du_PapeM.jpgCe jour là, j’ai eu une révélation en regardant notre cheftaine AKELA, parfaitement moulée dans un maillot de bain jaune, je découvrais à sept ou huit ans qu’un corps de femme pouvait être beau, pour la première fois je réalisais qu’il y avait quelque chose de différent entre la gente féminine et nous. Grâce aux louveteaux, je naissais à l’érotisme bien que ce n’était pas l’objectif initial de cette organisation catholique de m’amener à ressentir ce premier émoi charnel. Je ne devais pas être le seul à être sensible aux charmes de « la demoiselle de La Hutte » car peu de temps après elle se mariait en grandes pompes à Paris. Nous fûmes invités ….à la messe. J’en garde cependant un très grand souvenir car pour la première et dernière fois de ma vie je vis des Gardes Suisses en grands uniformes et Hallebardes.
Ils me firent beaucoup moins d’effet que ma cheftaine..

http://www.deezer.com/listen-2590154

25/04/2014

Le Patronage

Aussi surprenant que cela paraisse, j’ai eu une éducation religieuse. Jean-Claude et moi allions au « patronage », sorte de Centre Aéré dont le siège se situait au presbytère, nous y pratiquions diverses activités dont le catéchisme.

Les bondieuseries ne m’intéressaient guère, du moins le coté mystique du terme, la mayonnaise n’a jamais trop pris avec moi. Par contre j’aimais l’aspect un peu contes et légendes, souvent fabuleux, de la bible, comme une sorte de roman feuilleton dont on attendait la suite.

Le revers de la médaille, c’était la messe. Tous les Dimanches il fallait s’y coller sans pour autant avoir le droit d’aller casser la croûte au moment de la communion. J’aurai aimé savoir quel goût avait l’hostie et quels effets cela pouvait procurer. Je demandais donc à quelques initiés qui avaient fait leur première communion, mais ils ne répondaient jamais, tout en prenant un air mystérieux.

Il y avait autre chose qui m’intriguait, le curé nous avait dit que pendant l’élévation, il fallait baisser la tête, car le seigneur descendait parmi nous. J’imaginais un terrible châtiment si par malheur je me permettais de transgresser la règle, pourtant petit à petit, de Dimanche en Dimanche, emporté par une certaine curiosité, je levais d’abord légèrement les yeux, puis un peu plus, espérant apercevoir les orteils du Christ pendant sa descente, et là, promis, je rebaisserais la tête m’engageant à ne pas voir son visage, mais je n’entrevis rien, pas la moindre sandale céleste, pas l’ombre d’un ongle incarné divin.

Un beau jour je finis par carrément lever les yeux pendant que les autres courbaient l’échine. Toujours rien, ça commençait à devenir sérieux, le Christ avait du, c’est sur, se tromper d’église. Je ne pouvais pas laisser le curé dans l’ignorance de ce rendez-vous manqué, il fallait que lui-même informe les fidèles de la situation.

Mais à bien y réfléchir, c’était encore un coup à se faire engueuler, mieux valait se taire, d’autant qu’à partir de ce jour, je constatais que chaque Dimanche, le seigneur persévérait à nous poser un lapin, donc fatalement, quelqu’un finirait par s’en apercevoir et l’abbé pourrait alors adresser une réclamation en bonne et due forme à qui de droit.

Comme si la messe dominicale ne suffisait pas, nous avions droit de temps en temps à la procession, en particulier pour les rameaux, la première fois, j’ai trouvé cela « intéressant » mais par la suite, le manque de variété dans la mise en scène fit que ça devint plutôt lassant, presque autant que les cérémonies aux monuments aux morts ou nous traînait mon grand-père tous les 11 Novembre, parce que, manque de bol, quand ce n’était pas les uns qui nous envoyaient à la messe, c’était les autres qui nous amenaient rendre Hommage aux morts pour la patrie.

Les patriotes allaient finir par l’emporter dans la lutte idéologique dont nous étions l’enjeu. Mes grands-parents achetèrent, en 1958, un téléviseur, dernier modèle, (c’est à dire avec une seule chaîne en noir et blanc, la « RTF »), sur lequel entre deux pannes, trois interludes, et les plates excuses de la speakerine pour les malencontreuses interruptions momentanées de l’image, nous pouvions voir les « Porky, Bunny, Histoires sans paroles, Opallon KASSIDY » bientôt suivis de Thierry la Fronde et d’historiettes genre Club des Cinq ou Belle et Sébastien.

Tout cela était bien plus intéressant que des « machins » que nous enseignaient les « curetons », du moins c’était l’opinion de ma Grand-mère, qui se proposa de nous garder tous les jeudis devant la télé au lieu d’aller nous faire endoctriner au presbytère. Comme elle avait pris le soin de faire cette proposition à nos parents devant nous, elle put compter sur deux fervents supporters et la partie fut gagner, d’autant qu’unanimement, Jean-Claude et moi avons décrété aussitôt que nous ne croyons plus en Dieu. (N’avait-il jamais cru en nous ?)

« Ite missa est », si j’ose dire.

28/02/2014

La Maison Mystérieuse

Réédition.

Nous avions rarement l’occasion de pénétrer dans la chambre de mes grands-parents, et lorsque cela se produisait c’était toujours pour assister à quelques choses d’extraordinaires, (pour nous), comme par exemple la pose de ventouses sur le dos de « Popeye " surnom que ses fils avaient donné à mon grand-père.
Ce soir là, l’objet de notre venue et de notre curiosité était un « jouet », du moins c’est ce que je crus d’abord, il s’agissait de la maquette en contre plaqué d’une petite maison presque cubique avec un hangar sur le coté droit et une « véranda » sur la face arrière. Cela ressemblait fort à nos petites fermes en bois qui nous permettaient de jouer aux paysans, avec nos troupeaux de moutons en plastique, nos veaux, vaches, cochons, couvées en même métal, comme dirait mon père.
Je me demandais bien pourquoi nous devions tous nous extasier devant cette maisonnette, et j’attendais le moment où nous pourrions en prendre possession pour nous amuser.
Je fus très désabusé lorsque mon grand-père replaça très religieusement la maquette dans l’armoire normande de sa chambre. Pour nous consoler, il nous montra les emprunts russes, qui avaient l’air d’amuser tout le monde. Je ne pouvais pas savoir que cela représentait toutes les économies que mon arrière-grand-mère avait placées avant la guerre de 1914. Mon grand-père les remis à leur place en disant « On ne sait jamais, les soviétiques finiront bien par respecter les règles internationales ». Je ne comprenais rien à tout cela, pourtant Popeye finira par avoir raison, quinze ans après sa mort, les Russes acceptèrent, en 1998, de rembourser en francs, ce qui avaient été payé en « francs or » près d’un siècle avant. Sans les intérêts, bien sur ! ! !
J’oubliais rapidement les emprunts russes et la maisonnette en carton, retournant à ma vielle ferme qui avait finalement son charme.
Un nom commençait cependant à « traîner » dans les conversations, celui de VILLIERS, qui constituait avec PAULNAY et SAULNAY les « Trois pays du triangle des sorciers » d’après un dicton du BERRY et où reposait « l’Oncle Auguste ». Il était de son vivant sabotier et garde chasse. Deux métiers de fainéant disaient les paysans, ce qui manquait d’indulgence, sinon d’objectivité. On lui reprochait d’être un grand coureur de jupons devant l’éternel ce qui était très exagéré, car sa réputation était telle que ce sont les filles qui lui courraient après. L’oncle Auguste était un homme superbe, de haute taille, et qu’il avait été cuirassier pendant le service militaire. Il faisait aussi fonction de prévôt d’armes, c’est à dire entraîneur d’escrime. Avec ses jolies bacchantes et sa belle prestance, pas étonnant qu’il ait fait des ravages parmi ses contemporaines. Et je n’oublie pas de rappeler qu’en outre il exerçait comme il se doit la sorcellerie, désenvoûteur d’après ses amis, et jeteur de sort pour les mauvaises langues.
Un beau jour de printemps, je devais avoir six ou sept ans, la famille se mit en ordre de marche, comme je vous l’ai déjà décrit par ailleurs : mes grands-parents dans la 4 Cv, nous derrière, Luc entre Jean-Claude et moi dans sa caisse d’Omo, en guise de berceau, une partie des valises solidement fixées sur la galerie du toit, le reste dans la « cinquième roue », sorte de remorque équipée d’une seule roue au centre et attelée de manière rigide au pare-chocs de la voiture. Quant à mes parents, ils suivaient comme d’habitude sur la Vespa.
A la sortie d’une petite agglomération, en direction de MEZIERES en BRENNE, nous stoppâmes devant une maisonnette cachée par des plantes grimpantes. Après quelques minutes je réalisais que je me retrouvais devant la même maison que celle de la maquette, mais en vrai. Elle ne paraissait pas aussi fraîche que son modèle réduit, mais la ressemblance était frappante. Nous étions à VILLIERS.
C’était un petit paradis pour des enfants, dans les grandes herbes qui envahissaient le jardin, Jean-Claude et moi, trouvâmes deux petites huttes, en chaumes. C’était d’anciens poulaillers, une véritable aubaine pour nous de « posséder » ainsi des cabanes toutes faites, et qui nous appartenaient, car, nous avions déjà compris une chose importante, nous étions « chez nous ».
Le hangar qui jouxtait la maison était fait de planches, plus tard, conformément à la maquette, Popeye le remontera en « dur », quant à la véranda, c’était en réalité l’atelier de sabotier de l’oncle, Auguste GEORGET, avec ses outils et des sabots en cours de fabrication, comme si le maître artisan, s’était absenté pour quelques minutes et allait reprendre son ouvrage, après nous avoir accueillis.
J’étais trop jeune à l’époque pour partager l’émotion que devaient ressentir les adultes à cet instant, où tout était figé à la minute où le vieil homme avait fait le malaise qui allait l’emporter, alors qu’il confectionnait sa dernière paire de sabots.
Villiers.jpgPopeye à sa fenêtre.(Derrière la Mairie-École du village dont il fut le maire)

Pour la petite histoire, ce minuscule Village fut mêlé à l’Affaire MIS et THIENOT qui défraya la chronique en 1950. Le crime de MÉZIÈRE en BRÊNNE s’est déroulé à moins de huit kilomètres de la maisonnette de la Tante Berthe. Le très douteux et très contreversé principal témoin à charge, logeait à cette époque chez sa mère à VILLIERS, c’était un simple d’esprit que le Patron du Garde Chasse assassiné fit transférer dans ces propriétés du Nord de la France après le procès pour qu’il ne puisse pas être « manipulé » par le comité de soutien.
C’est dans cette maison que mon grand-père se retira lors de sa retraite qui coïncida avec la mort de ma grand-mère. La jolie maquette en bois était leur projet commun, il se retrouva seul pour le réaliser

17/01/2014

Le "P'tit" Loup, le gâteau et le Général

 

 

Il faut que je te raconte cette histoire dont je suis (très modestement) l'un des héros avec deux grands personnages.

 

 J’étais encore un tout petit louveteau d’à peine deux ans, un petit peu indiscipliné et pas craintif pour deux sous (de l’époque). Ah oui, parce qu’il faut que je dise que cette scène d’une incroyable intensité a eu lieu fin 1950 début 1951. Je n’avais qu’une idée en tête : me distinguer, et ce jour là, l’occasion fut trop bonne. Mais avant, il faut que je te parle de mon grand-père, je sais que je l’ai déjà fait, mais c’est mon blog, j’écris ce que je veux na !!! (N’oublie pas que je n’ai que deux ans)

 

 

Mon pépé Maurice, en 1914, partit pour Paris, il avait seize ans, et il avait quitté Clermont-Ferrand et ses parents pour aller rejoindre dans la capitale ses trois frères aînés, qui, comme lui n’étaient pas venu chercher spécialement fortune, juste la possibilité de subvenir à leurs besoins en attendant mieux. Il avait trouvé une place de commis chez un marchand de dentelle et il courait de maison de couture en maison de couture, placer sa marchandise.

Ses grands frères veillaient sur lui, mais, comme tu le sais, le 1er Août , ce fut la mobilisation générale, et le pauvre Maurice se retrouva bien seul quand ses aînés partirent se faire saigner sur le front. Comme tous les jeunes de l’époque, il avait été élevé dans le culte de la revanche, ainsi, à dis sept ans, il devança l’appel. Comme il avait du caractère il fit le peloton et des Flandres à la Somme, il trouva le moyen de se faire estropier comme les autres avant d’être démobilisé en 1919, couvert de cicatrices, de citations et des médailles qui vont avec.

Revenu à la vie civile, il suivit néanmoins des cours pour les sous officiers de réserve, et se trouva ainsi mobilisé en 1938, lors de la crise de Munich, responsable de l’aménagement d’un terrain d’aviation qui ne vit jamais aucun avion puisque l’ami Daladier avait déposé sa culotte au nom de la France devant le führer.

Une loi de dernière heure concernant les pères de famille nombreuse  le dispensa de participer (militairement) à la débâcle, bien qu’il fut aux premières loges, ayant été muté comme fonctionnaire à l’endroit précis où les allemands percèrent le front dans les Ardennes. Il n’abandonna son poste que lorsque les Panzers pointèrent leurs museaux au bout de sa rue. Son administration lui ordonna de se replier vers d’autres centres. Mais à peine arrivé dans une ville qu’il lui était demandé de repartir. Il en était de même pour ma grand-mère qui était receveuse des postes, seul problème, on les envoya dans des directions différentes, Ma mémée « Dédée » en Bretagne, et Maurice à Bordeaux en passant par Saint Lô, où il tenta vainement d’embarquer pour rejoindre De Gaulle à Londres. De retour chez eux, mon grand père alla rechercher dans les bois les équipements et les armes abandonnés par l’armée française avant que les allemands ne le fassent, Chef de groupe dans la résistance, il participa aux actions destinées à bloquer les troupes allemandes au moment du débarquement, puis rejoignant l’armée régulière avec le grade de Lieutenant (faisant office de capitaine) il se retrouva en première ligne (avec ses fils) quand les nazis lancèrent leur contre offensive dans les Ardennes. Il finira la guerre sur la poche de saint Nazaire, (dernière place forte des allemands sur le territoire français) qui ne capitula que ……..le 9 Mai (le lendemain du cessez le feu !!) .

Donc, tu l’auras compris, mon Maurice méritait bien la légion d’honneur, ce qui fut fait en décembre 1950. Une belle cérémonie fut organisée, et pour décorer notre héro il en fallait un autre, ce fut le général Ernest PETIT (1888-1971), célèbre en son temps, ancien chef d’état major du Général de Gaulle à Londres, initiateur de la prestigieuse escadrille Normandie- Niémen, (excusé du peu)  qui fut chargé de lui remettre sa décoration au cours d’une cérémonie avec tout le tralala et tout le tsoin-tsoin.. Général Petit.jpg

Le général PETIT à Moscou pendant la guerre.

 

 

 

ET J’Y ETAIS !!! , je ne m’en souviens plus, mais j’y étais !!! Même qu’au moment où le gégène décorait mon grand père, j’ai réussi à échapper à mes parents afin de rejoindre mon « Popeye » comme on l’appelait. Et je me suis jeté dans ses bras. Le général, bon enfant, demanda en me faisant des risettes, comment je m’appelais. Pour toute réponse, je lui « fourrais » dans la bouche le biscuit que j’étais entrain de mâchouiller. Le général l’avala et dit « Plus tard tu pourras dire que tu as partagé la gamelle du général Petit ».

« ♫ papapapam  ♫ pampam ♪ pam pam ♪♫…. qu’un sang impur….. ♫ …nos sillons ♫ …pampampam ♪ ♫ ». Fermez le ban !!!!!