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06/02/2015

L'enfance de l'Art, ou l'Art de l'Enfance

Il y a une question que je me suis longtemps posée, comment ce fait-il, qu’ayant un père peintre et musicien, nous n’ayons, mes frères et moi, pas suivi le moindre apprentissage artistique ? Pire, plus tard mon père fit en sorte que Jean-Claude, mon aîné, ne puisse pas faire les beaux arts ?

Peut-être parce que la cellule familiale était en fait une « représentation permanente » de l’artiste officiel. Nous devions l’admirer, le voir dessiner, l’écouter jouer de la flûte mais jamais notre père ne nous a confié un instrument pour que nous essayions de jouer avec lui, jamais il n’a guidé ma main pour m’apprendre le dessin. Ce savoir exceptionnel, il n’a pas cherché, ou voulu, nous le transmettre.

 

 L’Art lui appartenait, il ne le partagerait pas.

 Claude exposant dans la rue à Aix en provence.jpg

Cela va vous paraître contradictoire avec ce que j’ai écrit plus haut, mais il ne serait pourtant pas juste de ma part de dire que mes parents n’ont pas essayé à un moment de me donner une éducation artistique et tenté de faire de moi un musicien. Il faut dire que j’étais, alors, un petit garçon qui avait tendance à s’isoler, à faire des bizarreries avec ses mains, j’étais dans mon monde, je me racontais des histoires certainement extraordinaires, tout en ayant quand même la faculté de me reconnecter à la réalité dès qu’on m’appelait.

Mon attitude pouvait tout à fait inquiéter mes parents, devenus depuis peu des professionnels de la santé Mentale, ce fut effectivement le cas.  La réponse, cependant, fut d’abord inadaptée puis franchement ridicule. Ainsi, pour « traiter » ce qui aurait pu être interprété comme une manifestation d’une psychose infantile, voire d’une forme d’autisme, ils ne trouvèrent de rien de mieux que de me signifier un interdit. Peine perdue, (bien entendu !) je continuais de plus belle à manipuler mes petits doigts devant ma bouche tout en émettant des bruits bizarres.

Il fut donc décrété, que j’avais sûrement envie d’être trompettiste. Et c’est ainsi que nous fûmes inscrits, Jean-Claude (qui n’avait rien demandé) et moi, dans une école de musique. En toute logique, comme il était dit que je voulais jouer de la trompette, nous fréquentâmes le cours de tambour, et, comme chacun sait, pour en jouer, il faut d’abord connaître le solfège par cœur. Nous n'eûmes jamais la patience d’attendre jusque là, et nous ne vîmes jamais, ni de près, ni de loin, la moindre peau des fesses du premier de ces instruments.

(Si j’avais eu le choix, j’aurai préféré être clarinettiste ! ! ! !).

26/09/2014

Les voitures de mon enfance.

 

PPS Septembre 01 (22).jpgVous me reconnaissez ? Je suis « Janou Grain de Sel » et je vais avoir 42 mois ! C’est dire que je suis une grande, pas comme mon Papou qui est resté un grand enfant. Figurez vous qu’à son vénérable âge, il joue encore aux petites voitures. Comment non ? si, si je vous l’affirme, il en fait collection, de temps en temps il m’en prête une, mais je dois rester à coté de lui. Chacune d’entre elles à une histoire, je vais essayer de me rappeler et de vous les présenter, mieux, je vais luis laisser la plume pour le faire.

 

 

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« La 4cv Renault et sa cinquième roue, une bagagère rigide fixée au pare choc, et munie d’une seule roue au centre du plancher, c’est la voiture de ma première enfance, celle de mon grand père, nous partions en vacances tous ensemble, les valises dans la cinquième roue, le matériel de camping sur la galerie, et les provisions dans le minuscule coffre avant. Mes grands parents montaient devant, nous étions derrière, Jean-Claude et moi, avec notre petit frère dans un carton de boites d’Omo en guise de berceau entre nous deux.

 

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 Nos parents suivaient derrière en vespa, notre véhicule familiale, nous montions à trois voir quatre dessus, Luc debout entre les jambes de mon père, Jean-Claude assis sur le porte bagage et moi sur le siège passager. Malheureusement, nous n’avions pas ce side-car, dommage ! »

 

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« Le taxi 403 G7, c’est aussi un souvenir des vacances quand j’étais enfant. Quand nous quittions la Picardie, où nous résidions, pour nous rendre en train dans pays Niçois où je suis né, nous débarquions d’abord à la gare du Nord à Paris, le rêve de mon père était de prendre un de ces taxis G7 de couleur Noir et Rouge, reconnaissables entre mille, mais nous n’en avions pas les moyens et nous devions nous résigner à faire le trajet jusqu’à la gare de Lyon en bus.

 

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Nous, ça nous plaisait cette plate forme à l’arrière et le contrôleur qui tirait sur la chaînette afin de faire repartir le véhicule. Ce qui nous fascinait aussi c’était les passagers qui descendaient en marche en sautant de la plate forme dans le sens de la marche »

 

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« La Peugeot 202, la voiture qui m’intriguait le plus, avec ses phares cote à cote sous la grille de la calandre, je ne trouvais pas ça normal ».

 

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La Juva 4, ceux qui lisent mon blog régulièrement savent à quel douloureux évènement est lié cette voiture (lire la Juva quatre du diable).

 

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 « Le fourgon Renault me rappelle le début de mon adolescence, j’aidais l’été, mon oncle qui fournissait en vins et spiritueux les stations de ski de Valberg et de Beuil. Le Renault de mon oncle était très, très, très fatigué, nous devions embarquer avec nous des jerricans d’eau afin d’en mettre régulièrement dans le radiateur du véhicule chaque fois qu’un nuage de vapeur nous annonçait que l’on « chauffait ». Nous livrions aussi une annexe du 22ème Bataillon de Chasseurs Alpins, j’ignorais qu’une dizaine d’année plus tard j’allais y séjourner plusieurs semaines »

 

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(Eh ! vous avez vu le soucis du détail ? même l'immatriculation a été refaiteà l'identique !!)

 

 

 

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« Ah la deux chevaux !!!, bien sur nous en avons eu plusieurs dans la famille, mais ça a été aussi ma première voiture à moi, ce sont mes vingt ans »

 

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« En 1970, mon père avait acheté un tube Citroën carrossé en caravane à l’arrière et très bien aménagé à l’intérieur, un précurseur du Camping Car, nous sommes partis, avec ma dame Zette, en voyage de Noce avec »

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Mon ami Christian m’a, un jour, offert ce fourgon Brandt, sur la portière est écrit  « Boulain Fils, Saint Flour ». Saint Flour !! Trois ans de ma vie ! De la sixième à la quatrième, ce ne sont pas mes meilleurs souvenirs »

 

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« Il y a quarante ans les américains mettaient les pied sur la Lune, devancés par notre Tintin et le capitaine Haddock »

 

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« L'ID 19, une grande frayeur, en 1962 mon père avait revendu sa Dyna Panhard pour acheter cette voiture à un ami, une superbe occasion …..de se tuer. Entre autre dans les gorges de Daluis, quand les freins se sont bloqués dans un virage, nous sommes partis en « luge » nous immobilisant à moins de cinquante centimètres du précipice, deux cent mètres de chute libre nous attendaient. »

La Panhard  (Ici la PL 17)   Rétro Voiture-90621 01 (19).JPG

 

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« La Traction, mon rêve, j’en ai cherché, mais celles que j’ai trouvées étaient trop abîmées ou trop chère »

 

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« Un autre rêve, un autre souvenir, en Janvier 1968, de la cour du Lycée d’Aubenas, nous voyions passer les voitures du rallye de Monte Carlo de retour du « Burzet » Nous rêvions d’être les futurs Jean-Pierre NICOLAS » et déjà de cette révolution que nous préparions sans le savoir en militant pour la Paix au Viêt-Nam. En Mai, je quittais le Lycée non sans avoir « cadenasé les portes » après plus d’une semaine d’occupation, je n’y ai remis les pieds que…..quarante ans plus tard, du moins dans ce qui l’en restait: sa cour. Les bâtiments ayant fait place à une médiathèque. »

 

 

Bon, mon Papou, ça suffit pour ce soir, tu devrais aller te coucher maintenant. Pense à prendre tes gouttes.

 

A demain mon Papou.

Janou Grain de Sel

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

18/07/2014

La piquette de Benjamin (Dédié à Saadou) réédition

Et si nous nous prenions une petite piquette ? Non, je ne vous parle pas du résultat du prochain match de l’équipe de France, ma piquette à moi, c’est la boisson, et ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas d’un mauvais vin, (bien que…..) même si par extension c’est ainsi que l’on désigne la bibine dans notre parler populaire.
J’en vois qui se disent, « Mais de quoi il nous cause le vieux loup ? Quézaco sa piquette ? ». Je suis sûr que la sorcière de Najac a déjà deviné que j’allais en profiter pour parler d’autre chose, comme d’habitude……
Donc, puisque vous y tenez, je vais vous conter l’histoire de mon grand-père Benjamin et de sa petite vigne, perchée à flan de coteau, au fond d’une vallée du Mercantour. Rien qu’avec ça, vous avez déjà une idée du vin qu’il pouvait obtenir, « perchée au fond d’une vallée ». Pourtant comment dire autrement, pour y accéder, il fallait se livrer à une bonne grimpette, mais, même au sommet de la vigne, nous étions encore écrasés par la pente abrupte des parois de la Montagne, et l’étroitesse des rives. L’Hiver, le Soleil n’arrivait pas à atteindre les toits du village (il n’y arrive toujours pas d’ailleurs, malgré de réels efforts ces dernières années et les promesses répétées d’Etrosi …. mais que fait de Sarkozy !)
Autant dire que le taux de productivité de la vigne de Benjamin n’était pas très élevé, presque aussi riquiqui que le terrain sur lequel elle était plantée. Heureusement la chaleur du mois d’août permettait au raisin d’avoir une maturation suffisante pour donner au vin un petit goût sympathique qui justifiait à lui seul les efforts de mon grand-père. A plus que quatre-vingt ans, comme dans la chanson mon vigneron de Pépé montait à sa vigne, la sulfateuse sur le dos et « l’aissade » à la main. Parce que, faut-il le rappeler, à cette époque on ne prenait pas le quad ou le 4x4 pour aller passer le motoculteur au jardin. Nos anciens cheminaient à pied, le matériel sur le dos et les mauvaises herbes ne rendaient l’âme que sous les coups de la binette maniée à la main. S’il connaissait l’existence des désherbants et des pesticides, c’est uniquement parce que Benjamin était un lecteur assidu de « La Terre ».
La récolte (descendue à dos d’homme, s’il vous plait) était destinée uniquement à la consommation de la famille, cependant vous vous doutez qu’il était bien rare qu’elle permette de faire la « jointure » d’une année sur l’autre, c’était même exceptionnel. C’est ainsi que, comme beaucoup de petits paysans de montagne, mon grand-père était contraint de faire de la piquette. La recette n’est pas compliquée, une fois le moût tiré pour confectionner le vin, on récupère le marc auquel on ajoute de l’eau et un peu de sucre. On remet à fermenter et on obtient cette boisson qui a les apparences extérieures du vin mais qui n’en est pas. Les « bonnes années », quand la récolte était bonne, et qu’il n’était pas nécessaire de faire une grosse quantité de piquette, ça pouvait encore aller, beaucoup de marc, pas trop d’eau, le produit tant bien que mal tenait la route, il ne fallait pas chercher ni les parfums ni la robe ni autre chose, dans le meilleur des cas c’est presque imbuvable, et pourtant nos « vieux » s’en contentaient, ils l’emportaient au travail, gardant le bon vin pour le dimanche et les repas en famille. Par contre, lorsque le marc était peu abondant et qu’il fallait l’allonger avec une importante quantité d’eau, le résultat était triste comme un jour sans vin. Un peu comme les résultats de l’équipe de France.

11/07/2014

La Juva quatre du Diale

Les Années Soixante

Nos séjours à PUGET étaient l’occasion de participer ou plutôt d’assister, à de nombreuses fêtes votives. L’une des préférées de mon père était celle de LA CROIX, un village perché au-dessus de la vallée de la ROUDOULE, comme on en trouve dans le MERCANTOUR. La route, étroite et vertigineuse, grimpe à flan de ravin pour nous conduire dans un petit ensemble de maisons suspendues entre l’abîme et le ciel. Le soir de la fête un feu d’artifice illuminait les falaises et la vallée.
Une année, nous sommes montés avec la famille d’Alain, lequel commençait tout juste à fréquenter ma cousine Roselyne. Nous avions, les enfants, choisi de monter avec son père, Émile COMPAGNON, (plombier de son état), parce qu’il avait une JUVA Quatre RENAULT, dont la conception, je crois, était d’avant guerre. C’était l’ancêtre des fourgonnettes 4L, des express et autres C15. Nous étions entassés dans le coffre à l’arrière et nous effectuâmes les deux trajets, aller et retour ainsi.
DSCN4443 2.jpgLe soir, en se couchant, ce brave homme se redressa dans son lit et dit à sa femme, « J’ai passé une bonne journée » et il s’écroula, mort. Autant dire que dans une famille d’hystériques, niçoise de surcroît, on délira fort le lendemain, imaginant ces pauvres enfants partant dans le fin fond de l’abîme avec la JUVA Quatre et son conducteur mort au volant.
Aujourd’hui encore, un demi siècle après, on m’en parle encore, « Ah, c’est vrai que tu y étais dans la Juva le jour de la mort d’Emile !! »
Ce fut mon premier vrai enterrement, nous étions là pour la sortie du corps. J’avais assez peur, j’imaginais le cercueil, sinistre, entièrement noir, comme ils me paraissaient être dans nos films en Noir et Blanc, je fus surpris et même rassuré de voir ce coffre en chêne clair, bien verni, je ne pus m’empêcher de penser que finalement c’était « un beau meuble »..

 

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04/07/2014

Ma Nouvelle Naissance

Quand on est un enfant, certains évènements, certains gestes ou certaines paroles prennent des proportions dont les adultes n’ont pas conscience. Les petits loups ne sont pas épargnés par cela, et ce que je vais vous conter est parfaitement véridique. Lorsque j’en ai parlé à ma mère, bien des années plus tard, elle est fut très surprise, ne s’étant jamais doutée de rien. Peut-être parce qu’elle n’était pas assez à l’écoute de son petit louveteau, mais cela est une autre histoire, je n’en parlerai qu’en présence de mon Psy.
Venons en aux faits, voilà t’y pas qu’un beau jour, remontant aux confins de ma mémoire, j’appris par quelles indiscrétions que ma mère devait, enfin, se rendre à la maternité de Clermont, j’écris «enfin » car j’étais tout à fait persuadé, qu ‘elle y allait pour moi afin de régulariser cette incroyable situation dont-on me rabattait les oreilles et qui faisait de moi un clandestin en séjour irrégulier depuis ma naissance. J’étais celui qui n’était pas né comme les autres et je le ressentais très mal.
Dans ma charmante petite tête de loup j’avais du mal à comprendre : Tout enfant qui naît doit passer par la maternité. Or près de cinq années s’étaient passées depuis ma naissance dans la salle à manger de ma Grand-mère, et mes parents n’avaient pas encore trouvé le temps de se mettre en règle avec « la norme ». Qu’avais-je donc fait pour mériter d’être ainsi délaissé ?
La nouvelle me réjouissait donc fort, et comme je n’y connaissais rien, je ne fis aucune relation avec le ventre de ma mère qui s’arrondissait à vue d’œil. Claude m’expliqua un soir, que nous pourrions entendre battre le cœur de « la petite sœur » si nous posions notre tête près du nombril de Denise. Franchement, je ne voyais pas où il voulait en venir.
Le 24 janvier 1954, mon père arriva tout joyeux, et nous dit que nous allions à la maternité. Il était temps, depuis qu’on me le promettait, cette journée s’annonçait fabuleuse, car imaginez-vous, qu’en plus, il avait neigé, « ma première vraie neige », la plus ancienne dont je me souvienne. Nous nous rendîmes à pied jusqu’à l’établissement hospitalier situé à moins de cinq minutes de la maison car les routes étaient impraticables et que de toute façon nous n’avions pas de voiture.
Et voici que dans ce bâtiment de briques rouges, j’ai cru que j’hallucinais, je découvris que j’avais un petit frère, ce qui, en soit, n’était pas si grave que ça, mais mes parents n’eurent même pas l’idée de profiter de sa naissance pour régulariser la mienne. Je découvris ce jour là que les adultes étaient encore plus immatures que nous.
Je passe bien sûr, sur la tromperie sur la marchandise, on nous avait promis une petite sœur, et voilà que nous avions un troisième « larron ».
Ma mère fut très peinée d’avoir encore un garçon, et ne se consola que lorsque ma grand-mère Léontine (la sorcière) lui promis que plus tard elle aurait « une » petite fille.
Ce que mon aïeule avait prédit s’avéra exacte, il y eu « une » fille, qu’ « une » seule à la génération suivante au milieu d'une floppée de cousins. Elle est d’ailleurs très fière d’être celle par lui la prédiction de son arrière grand-mère s’est accomplie.