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30/04/2015

La Mort Du Loup

Parmi mes madeleines de Proust, il y a un poème d’Alfred de Vigny, que nous écoutions, sur notre « Teppaz » chez nous, dans le Gévaudan, « La mort du Loup », récité par Gérard PHILIPE

 Le film la jeune fille et les loups, diffusé Jeudi, m’a permis d’en entendre quelques extraits, et l’idée m’est venu de partager cet instant avec vous.

 

La mort du Loup


Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçus les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Remus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris,
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

alfred de vigny

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux, la belle et sombre veuve
Ne l'eut pas laissé seul subir la grande épreuve;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes,
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous , débiles que nous sommes!
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez sublimes animaux.
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
--Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur.
Il disait: " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler."

Alfred de Vigny

 

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03/04/2015

Chaleureuses Retrouvailles

Comme je l’ai déjà écrit, mes parents ont connu une période d’errance, Ma mère souhaitait retrouver sa Provence, (en fait le conté de Nice) et quitter la Picardie, où ils avaient pourtant trouvé enfin un travail stable après de nombreuses galères. Des Hautes Alpes en passant par la Lozère, ils mirent près de quatre années avant de se poser pour une grosse décennie à Aix en Provence.
Leur périple commença en septembre 1959 lorsqu’ils eurent enfin obtenu leur mutation pour LARAGNE. En attendant qu’ils trouvent un appartement correct il fut décidé que je resterai avec mes grands-parents le temps de finir mon cycle primaire.
Je n’ai pas le souvenir d’avoir mal pris « la chose » à ce moment là, pas de pleur ni de révolte. C’était décidé comme cela, voilà c’est tout. Je pense que je n’avais pas tellement une exacte notion du temps, un mois de vacances ou une année scolaire avec mes grands-parents, c’était du pareil au même, je ne devais pas faire la différence.
Pour moi, « l’absence » se concrétisait par l’appartement vide, au premier étage de la grande maison que louaient mes grands-parents. Je m’y rendais de temps en temps, à la recherche de je ne sais trop quoi. J’avais moi-même déménagé, délaissant la chambre dite de « la Tante Berthe » pour une autre au rez-de-chaussée derrière le bureau de mon grand-père.
Je passais Noël et Pâques « là-haut », car pendant tout ce temps, je ne vis pas mes parents, je savais que leur séjour à LARAGNE s’était mal passé, et qu’ils avaient émigré au printemps à Saint ALBAN sur LIMAGNOLE en LOZÉRE.
Je dus attendre les congés de mon grand-père, en juillet pour descendre avec eux rejoindre le reste de ma famille qui habitait une villa neuve en location, avec l'au chaude, la douche, le WC moderne etc..
A notre arrivée mes parents nous firent faire le « tour du propriétaire », et je dois avouer que j’étais très agréablement surpris, habitué que j’étais à la vieille maison de Picardie, sans salle de bain, où l'on faisait sa toilette sur l'évier de la cuisine à l'eau froide, et son « Cagadou » au fond de la cour. Spontanément j’ai laissé voir ma satisfaction, « Que c’est beau, chez vous ! ! !», la réponse de ma mère fut cinglante et immédiate, après 10 mois de séparation, je retrouvais sa tendresse maternelle. En guise de bienvenue j’ai reçu une superbe gifle « Tu ne dois pas dire chez vous, mais chez nous ». Il y avait quinze minutes à peine que j’étais de retour dans la « douceur du cocon familial ».
Ainsi était ma mère, plus le temps passe, plus je pense qu’elle nous aimait quand même, mais à sa façon, elle n’était ni maternelle, ni maternante, son devoir était de nous « élever », ce qu’elle pensa faire, en oubliant de « nous éduquer ». Sa carrière passait avant nous, par moment, je pense qu’il lui arrivait de culpabiliser, mais sa « parano » reprenait le dessus et nous payons cash ses instants de faiblesse.
Quelques années avant sa mort, nous avons évoqué « ces cinglantes retrouvailles Lozérienne », elle se souvenait de la scène mais elle m’a affirmé qu’elle n’avait pas été jusqu’à me gifler, et qu’en réalité, je n’avais eu droit qu’à une gifle symbolique. !!!!!
Elle avait, à la fois tort et raison, tort, parce que la « baffe », je l’ai pris réellement en pleine gueule, à tous les sens du terme. Elle avait aussi raison, car ce qui fut le plus douloureux ce n’était pas la violence du geste, mais la symbolique de l’acte.

27/03/2015

Les Odeurs du Village

Quand quelques loups ont accepté de se faire domestiquer pour devenir des chiens, ils ont transmis à ceux-ci le sens du flair, qui en ont fait des chasseurs sans pareil. Quand j’étais un tout jeune loup, j’étais moi-même très sensible aux odeurs, en particulier à celles qui parcouraient les ruelles de mon village dans le Mercantour. Elles étaient notre terrain de jeux, nous pouvions passer de l’une à l’autre en empruntant les passages (presque secrets) qui se trouvaient dans certaines maisons, ce qui pimentait encore plus le décor à « l’Italienne » avec le linge qui pendait aux fenêtres, l’odeur du pain chaud provenant du four à bois des boulangers où les femmes du village, les jours de fête, venaient porter leurs plats à cuire, gigots, tartes, farcis, etc. profitant du feu de la fournée.
C’était le village aux milles parfums, celui du vin près de la cave de mon oncle JEANNOT, celui de la laine chez le matelassier qui cardait en pleine rue. Il y avait aussi celui des épiceries, du bourrelier, et des copeaux de « la grande Eugène » le menuisier homosexuel qui confectionnait ses cercueils devant son atelier. Dès l’annonce d’un trépas, il sortait ses quatre planches afin de confectionner « la boîte » en quelques heures.
Parfois résonnait dans les rues la corne du « garde » à la jambe de bois avant que ne retentisse son « Avisssse à la population » nous informant de la présence d’un cirque ou du titre du film projeté au cinéma. Ah ce cinéma de PUGET !!!!!, on y projetait des films en « avant dernière » quasiment que du Noir et Blanc d’avant guerre. Nul besoin d’entracte, le projectionniste qui ne disposait que d’un seul projecteur, était obligé de faire une pause à chaque changement de bobine, ça prenait bien une dizaine de minutes. Il arrivait parfois que le film casse, très difficile dans ces conditions de suivre l’histoire, d’autant que les « grands » n’arrêtaient pas de profiter du « noir » pour embêter des filles faussement scandalisées par les ardeurs des jeunes males pré pubères.
Notre garde, annonçait aussi les enterrements, nous informait des arrêtés du maire ou du très attendu grand nettoyage des rues qui avait lieu régulièrement. Pour se faire tout un système d’écluses et de planches était mis en place, les employés communaux se rendaient à la BULLIÈRE, immense lavoir situé en haut du village, alimenté par l’eau de La ROUDOULE captée plusieurs centaines de mètres en amont et acheminée par un canal qui servait aussi à l’irrigation des jardins potagers. L’ouverture d’une vanne libérait les flots dans les ruelles, guidée à chaque intersection par des planches l’eau les parcourait les unes après les autres. Chaque habitant sortait et nettoyait devant sa porte, cherchant surtout à éliminer les crottes de chien et les pipis de chat qui s’en allaient au gré du courant jusqu’à un vaste pluvial situé devant la fontaine de la place de l’hôtel « Coste ». Les eaux usées alors étaient rendues à la ROUDOULE. Un dispositif identique fonctionnait sur l’autre rive où nous ne manquions pas de nous rendre pour patauger dans l’eau, attendant le passage des éclusiers, armés de leur lave-pont, qui terminaient le nettoyage.
Parmi les évènements qui venaient égayer la vie du village, il y avait les baptêmes. Tous les enfants de PUGET étaient associés à la fête, dès la sortie de la messe, nous crions une phrase en niçois dont je ne me souviens plus mais qui signifiait que le parrain serait un gros radin s’il n’offrait pas quelque chose aux gamins du village.
En prévision de quoi, la famille avait accumulé les jours précédents toutes les piécettes de quelques centimes, qu’elle pouvait trouver dans ses tiroirs et chez les commerçants de PUGET. Sur le chemin du retour puis ensuite de la fenêtre de la maison, le parrain lançait les pièces par poignées avec des dragées. S’il était généreux, il prenait soin d’ajouter aux centimes quelques pièces de un franc, ceux qui les ramassaient avaient gagné le gros lot.

20/03/2015

1953-Le Mariage de Janine

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Lorsqu’un événement exceptionnel se produisait dans la maison, nous en étions informés par l’agitation qui y régnait, la toilette obligatoire dans le « Tub » et les vêtements du « Dimanche » que l’on ne mettait pourtant jamais le Dimanche ou rarement.

Ce jour là, c’était la totale, « Popeye » (mon grand père) avait aménagé une table dans la cour, et nous avions la visite de plein de monde. Il y avait quelques têtes connues, Oncles et Tantes, et puis d’autres que nous découvrions. Quelqu’un m’offrit une petite voiture en métal blanc, avec les passagers dessinés dessus, c’est donc que cette fois l’événement était encore plus qu’exceptionnel.

Qu’est-ce qui se cachait donc derrière tout ça ? ? ? C’est finalement notre Tante Janine, sœur de mon père qui dévoila la clé du mystère, elle nous présenta un homme qui lui tenait le bras « Voici votre oncle ! ! ! » D’où sortait il donc celui là ? ? ? ? Des oncles on en avait plein et on croyait tous les connaître, mais lui, on ne l’avait encore jamais vu.
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Janine et Miki le jour de leur mariage.

Heureusement, Janine, nous expliqua qu’elle venait de se marier avec ce monsieur tellement grand et tellement maigre « comme un i » que ses copains l’avaient surnommé « MIKI » (Le Mec « i »).C’est ainsi que j’appris qu’une famille n’était pas constituée de façon définitive, mais que des personnes pouvaient s’y joindre et qu’ils devenaient ainsi nos oncles, grands cousins et autres parents.
Janine a toujours posé un problème à ma mère qui en était jalouse, jalouse de sa modernité, de sa liberté, de ses idées avancées, de son passé de résistante, de sa réussite professionnelle, de son mode vie, de sa (très relative) « petite » fortune. Mais Janine était « un monument », tout à fait apte à se défendre et à contrer ma mère, tout en étant intouchable sous peine de courir le risque de se fâcher avec l’ensemble de la famille.
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Voyage de Noce à Vallon Pont d'Arc en Vespa pour Janine et Miki (1953)

Cela n’empêcha pas ma mère de lancer des attaques souvent sous formes de moqueries provocantes ou dévalorisantes mais aussi, parfois de manière plus insidieuse avec des objectifs à long terme. Ainsi, alors que nous étions déjà à Aix et que j’avais une quinzaine d’année, j’assistais à une scène dont je ne compris pas, dans un premier temps le sens. Ma mère discutait avec des amies, pendant que je me livrais à coté d’elle à une autre activité, lecture probablement, sans même prêter la moindre attention à leur conversation.

Comment en vinrent-elle à évoquer le viol des femmes ? , je n’en sais rien, mais ce qui est sûr, c’est qu’à un moment, ma mère s’est tournée vers moi, pour que j’entende bien ses paroles qui m’étaient de toute évidence destinées.
« Le viol, ça n’existe pas, un homme seul ne peut abuser d’une femme sauf en la tuant, celles qui sont encore en vie après un prétendu viol étaient consentantes ».
Ça choque ! ! ! !, A quinze ans, je n’y comprenais pas grand chose, mais entendre une femme, de surcroît ma propre mère, jeter ainsi l’opprobre sur les femmes violées, ça ne s’oublie pas et surtout pourquoi me prendre ainsi à témoin, pourquoi insister en me regardant ? ? ? ?.
J’ai réalisé vingt cinq plus tard, lorsque j’ai appris que si Janine n’avait pas eu d’enfant c’était parce qu’elle avait été violée à la libération, par un homme saoul et syphilitique, qui l’avait contaminée.

20/02/2015

L'Histoire des "Fait Caca"

Le monde est ainsi fait que lorsque les pauvres se rebellent, ils finissent par prendre leur revanche, et même si le succès est éphémère, il demeure plus durablement dans les mémoires ; Monsieur THIERS eut beau la fusiller, la commune est triomphante ! ! ! !
Nous étions en pleine guerre d’Algérie, et les mouvements de scouts nous préparaient à être de bons français, luttant pour la Patrie, la Foi et la civilisation contre la barbarie des « Terroristes » et des « Fellaghas ». C’est ainsi que l’abbé Roger, l’aumônier des louveteaux (et principal animateur) imagina un jeu sur ce thème.

De courageux parachutistes, les bérets rouges, devaient assurer la sécurité d’un véhicule blindé contenant une forte somme d’argent, dont voulait s’emparer les « Fellaghas » qui, comme tout le monde de sait, étaient avant tous des pillards assoiffés de sang et de billets de banque. Un groupe de terroristes devait faire passer un message à des complices chargés de faire sauter la deux chevaux du curé qui faisait office de Fourgon blindé.

Même dans les jeux, la différence de classe sociale se faisait sentir. Le curé avait choisi les fils des notables, pour constituer le groupe des « parachutistes » quant aux autres, c’est à dire nous, les miséreux, ils devinrent les « Fait Cacas ».

Un « traite » devait livrer les horaires et le trajet du convoi aux terroristes tandis que ses « complices » dont j’étais, faisaient diversion. Le combat eut lieu dans les bois environnant. Rapidement repéré par les bérets rouges, je me livrais à un duel « au foulard » contre un « para » quand un autre, contrairement aux règles arracha mon foulard par derrière. Je fus donc fait prisonnier malgré mes protestations qui n’aboutirent pas, les Mansart (notables parmi les notables) étant juges et arbitres, parce que chefs de Sizaine, validèrent ma capture et me sommèrent de leur remettre le message.

Alors revint en moi, tous les récits de ma grand-mère, sur les résistants qui avaient refusé de parler afin de permettre aux amis de s’enfuirent et d’exécuter leur mission. Je fis semblant de prendre un papier dans ma poche pour leur remettre mais au dernier moment je fis le geste de le mettre dans la bouche. « Ça y est, on les tient, c’est lui qui a le message, on va lui faire cracher » et ils y mirent les moyens, coups de pied, coups de poing, bras tordus toute la panoplie des tortures tolérées par l’abbé y passa. Plus ils frappaient, plus je pensais aux résistants, je devais en être digne, j’étais encouragé par le fait que tous les « Bérets rouges » étaient autour de moi, absolument persuadés qu’ils tenaient le vrai messager et qu’ils allaient gagner et écraser les « Fait Caca », quand le bruit de l’explosion de pétards vint sonner le glas de leurs illusions, le fourgon venait de sauter. Le retour fut triomphal, nous les « sans grades, » les va nus pied avions tous conscience d’une « sorte de justice » tandis que les « bérets rouges » protestaient auprès de l’abbé parce qu’il était pas concevable que les « paras » soient battus par les fellaghas.

L’avenir allait leur démontrer qu’il était pourtant ainsi, ici comme en Algérie