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01/07/2016

Le Nougat (de Montélimar) de l'oncle PAUL

Je tiens toujours mes promesses, (enfin presque), il y a quelques semaines, en postant un com sur une note de  mon amie Aude Terrienne j’évoquais le grand Nord, c'est-à-dire pour moi  tout ce qui se trouve au dessus de Montélimar. Et là, vlan, Aude me met à l’amende et me demande de lui écrire quelque chose sur le nougat. Etant en pleine écriture sur mes souvenirs de lycée, je lui ai promis de m’exécuter dans un délai d’un mois. Je l’admets volontiers, j’ai légèrement dépassé la date, mais qui puis-je ? J’avais le texte à diffuser sur l’armistice de 1918, et je n’ai pas encore le pouvoir de déplacer le 11 Novembre sur le calendrier.

Aujourd’hui, je ne peux plus reculer, sans prendre le risque de voir mon effigie en poupée Vaudou martyrisée par des épingles à linge (oui, Aude n’utilise pas les épingles qui piquent mais celles qui pincent les oreilles, le nez, le bout des doigts etc.) 

Donc, à propos de nougat, je vais vous parler de l’oncle Paul et de la Tante Augustine qui était la sœur de ma grand-mère maternelle (la gentille sorcière, pour ceux qui suivent) Nous les voyions qu’à l’occasion des grandes vacances, lorsque nous descendions dans le midi (c’est-à-dire en dessous de Montélimar) afin de rendre visite à la famille de ma mère au fin fond de notre beau conté de Nice, d’où la misère de l’après guerre nous avait arraché peu après ma naissance.

Au cour de notre séjour, quand nous ne savions que faire  nous allions chez l’oncle et la tante qui étaient plus âgés que mes grands-parents. L’oncle Paul était un ancien marin (qui avait fait deux fois naufrage), mon cousin Alain (qui avait une vingtaine d’année à cette époque) et mon père se faisaient un plaisir de lui faire raconter celui, durant la première guerre, où il s’était retrouvé à poil, ainsi qu’une femme de chambre, dans une chaloupe de sauvetage, un officier sortant son revolver et criant « le premier qui touche à cette femme, je lui brûle la cervelle ».

A partir de là, le jeu consistait à interrompre l’oncle dans son récit, afin de lui faire répéter des détails ou de lui poser des questions sur la femme de chambre, (non ce n’était pas Nafissatou Diallo)  par exemple, si c’était par hasard qu’ils étaient nus tous les deux, ou bien quelles précisions croustillantes sur l’anatomie de la demoiselle etc.  Mille détails et milles questions dont ils connaissaient les réponses mais qui embrouillaient l’oncle Paul. Pour corser le tout ils lui offraient immanquablement du nougat mou (de Montélimar, bien sûr, ma promesse est tenue). Vous allez me demander pourquoi ? Parce que l’oncle avait un dentier, je dirais même un dentier baladeur, ce qui est incompatible avec la consommation de caramel ou de nougat. Et à chaque fois, ça marchait, le malheureux avait du mal à articuler, s’embrouillait encore plus, d’autant que les deux neveux farfelus faisaient semblant de ne pas comprendre et lui demandaient de répéter. De temps à autre l’oncle devait retirer son appareil pour le nettoyer, mais, à peine l’avait-il remis en place qu’il se voyait proposé aussitôt un nouveau morceau de nougat, qu’il ne refusait pas, tant il était gourmand.

 

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L'oncle Paul avec sa casquette au départ de la Micheline

 

A la fin des vacances, il nous escortait avec le reste de la famille jusqu’à la gare, où nous prenions la micheline de La Compagnie de Provence, qui nous conduisait à Nice, prélude à notre retour dans le grand Nord, par le Paris- Lyon-  Méditerranée de la SNCF. Dans le train tandis je rêvais des farcis à la niçoise de ma grand-mère, de sa tourte aux blettes et de ses tartes aux confitures qu’elle portait cuire au four à bois du boulanger les jours de fête, mon père imaginait déjà ses retrouvailles avec l’oncle Paul l’année suivante. Pensait-il qu'un jour j'interdirai à Jeanne de lui offrir des Nougats ?.

 

22:16 Publié dans Souvenirs d'Enfance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nougat

20/05/2016

La route des vacances-1950 -1960

Nos enfants ont du mal à imaginer une époque pas si lointaine, où le moindre voyage était une aventure expéditionnaire. Dans les années 50 nous partions généralement en train mais je me souviens très bien des premiers grands départs en voiture. Le jour dit, toute la famille se mettait en ordre de marche, mes grands-parents à l’avant de la 4 Cv Renault et les trois enfants derrière. Entre Jean-Claude (mon frère aîné) et moi il y avait Luc, le benjamin, dans sa caisse d’Omo, en guise de berceau, une partie des valises solidement fixées sur la galerie du toit, le reste dans la « cinquième roue », sorte de remorque équipée d’une seule roue au centre et attelée de manière rigide au pare-chocs de la voiture. Quant à mes parents, ils suivaient sur la Vespa. Je ne sais combien de voyages avons nous fait dans ses conditions, mais lorsque quarante ans plus tard, j’ai découvert un modèle réduit de 4 Cv au 1/14ème avec cette fameuse « cinquième roue », je n’ai pas hésité à l’acquérir et à l’exposer sur une étagère de la bibliothèque.

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Plus tard, au début des années soixante, lorsque la famille s’est établie temporairement en Lozère, nous partions chaque été pour Puget-Théniers, mon village natal, aux confins de la Provence et du comté de Nice dans la vallée du Var. Le trajet était une véritable expédition, dont la première épreuve était la traversée des Cévennes suivie de la descente sur la vallée du RHÔNE, ensuite nous devions rallier NICE par les nationales puis Puget. Désormais, c’était nos parents qui se trouvaient à l’avant de la voiture, une Dyna Panhard,

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avec mes frères nous étions entassés à l’arrière sur la banquette en Skaï véritable, en principe Luc était callé entre ses aînés, mais généralement il était aussi le premier à vomir, et nous rechignions à lui laisser la place près de la portière. Mes parents avaient tenté de faire suivre une cuvette, mais la solution n’était pas géniale et ils finissaient par préférer s’arrêter chaque fois qu’un haut de cœur annonçait un jet de vomi de l’un d’entre nous, car nous étions parfaitement organisés, dès de Luc allait mieux, Jean-Claude et moi prenions le relais l’un après l’autre, et ainsi de suite, cela durait tout le voyage. Pour éviter le contact avec le plastique de la banquette, mon père avait installé des plaids à l’aide d’une multitude de sandows ultra fins, peine perdue, après quelques kilomètres, la couverture glissait et venait aggraver notre inconfort. Pour nous changer les idées mon père organisait des jeux basés sur notre connaissance des panneaux routiers Nous devions aussi ânonner « Beu et A BA, Beu et É BÉ, BABÉ, Beu et I BI, BABEBI etc. » histoire d’apprendre l’alphabet à LUC. Il ne fallait pas compter sur l’autoradio pour nous distraire, nous n’avions pas ce summum du luxe, mon père avait bien essayé de mettre le transistor dans la voiture mais sans antenne extérieure le résultat n’était pas très glorieux. Il crut le problème résolu quant il acheta une ID 19,

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car comme le toit était en plastique, il était dit que les radios y fonctionnaient sans antenne, ce qui était vrai, à un détail prêt, il fallait orienter le poste en fonction de l’émetteur, ce qui fait qu’à chaque virage ma mère devait corriger l’orientation. Il fallut renoncer aux joies d’écouter Radio Monte CARLO et retourner à nos rengaines.
Pour être honnête nous n’étions pas les seuls à souffrir du voyage, la voiture y allait aussi de ses petits bobos lorsque le pot d’échappement cédait au charme d’un nid de poule, ou qu’une chambre à air s’éprenait d’un magnifique clou oublié sur la chaussée quant il ne s’agissait pas de la batterie qui refusait de donner du jus à la bobine. Un honnête garagiste, nous rassurait aussitôt en nous certifiant que ce n’était pas grave, il fallait juste changer cette fameuse batterie pourtant récente. Nous repartions plus léger de quelques centaines de francs pour retomber en panne cent kilomètres plus loin. Un autre garagiste, goguenard celui là, nous expliquait qu’en fait c’était le fil de l’alternateur qui était débranché et que notre ancienne batterie serait certainement revendue comme neuve à un autre pigeon.
Mon père jurait d’aller parler du pays à l’indélicat mécano sur le chemin du retour, mais comme nous changions d’itinéraire chaque fois, cela restait lettre morte.
Il me parait utile de préciser qu’à cette époque, on voyageait par les « nationales » qui aujourd’hui, feraient honte à nos départementales. Les rocades, les itinéraires bis, les voies de contournement, c’étaient encore du domaine du rêve, Il fallait traverser chaque ville et jusqu’au moindre petit village figurant sur la carte. Nous avions droit à tous les bouchons, Alès, Nîmes, Beaucaire, Aix en Provence, et les plus terribles d’entre eux, Le Luc et Vidauban avant d’atteindre le NIRVANA, la Félicité des automobilistes et de leurs passagers, j’ai nommé « L’AUTOROUTE », soixante kilomètres d’une deux fois deux voies au travers des massifs des Maures et de l’Estérel où nous avions l’occasion de rouler à la vitesse vertigineuse de 100, voir de 110 km / heure et même 120 lorsque nous avons eu l’ID 19 Citroën (mais uniquement pour doubler). Une fois rendus à NICE, nous bénéficions encore d’un répit grâce aux longues lignes droites des Lingostières et de la vallée jusqu’à Saint MARTIN du VAR avant de retrouver la route étroite et sinueuse qui menait à PUGET où nous arrivions passablement malades et épuisés. Vive les vacances.

13/05/2016

En voiture les voyageurs !!!

Mesdames, messieurs les voyageurs en voiture s’il vous plait, prenez garde à la fermeture des portes, le train à, Vapeur des Cévennes va démarrer. i pericoloso sporgersi , ce n’est pas d’actualité, Ici, non seulement ce n’est pas interdit, mais ça fait même parti des plaisirs du voyage, surtout dans les tunnels quand la fumée rabattue par les parois se rue par les fenêtres sans vitre à l’intérieur des wagons. En arrivant à Saint Jean du Gard « la petite » avait le visage tout noir, on aurait dit Gabin dans « la bête humaine »
P1020175.JPGJ’imagine déjà Saadou me dire que les loups n’ont pas l’habitude de prendre le train, mais de quoi je me mêle, Est-ce que je lui reproche moi, de délaisser son balai de sorcière pour un drakkar ?
Et puis d’abord, j’ai le droit comme tout le monde de faire mon petit pèlerinage. L’Histoire de ma vie est directement lié à un train à vapeur, pour moi Saint Jean du Gard, c’est Saint Jacques la Mecque. Si j’y vais, c’est en souvenir de mon grand père, le mari de la sorcière, celui qui conduisait le train des pignes.
Jeanne en descendant du train
Le petit Train d'Anduze-90413 01 (20).JPGComment ça ? Vous ne connaissez pas « Le train des Pignes », ce charmant tortillard qui relie Nice à la ville de Digne et qui tient son sobriquet du fait qu’il était si lent dans les montées, (du temps de la traction à vapeur) qu’il était possible, pour les voyageurs, de descendre en marche pendant la traversée des forêts, afin de ramasser quelques pignes de pins pour, de retour à la maison, allumer le feu du soir, du moins c’est ce que les méchantes langues prétendaient.
Mon grand-père maternel, Benjamin CHIER, (prononcez CHIÈRE, s’il vous plait), était mécanicien sur une locomotive de la « Compagnie de Provence » qui exploitait justement cette ligne où il était connu sous le surnom de « CAGA » (Allez savoir pourquoi).
Les pommes de pins, lui, ça ne l’intéressait pas, Il n’avait pas à se préoccuper de fournir la cuisinière à bois de la maison, il savait que Léontine, sa femme, s’en chargerait. Son principal souci, c’était ses lapins. Il amenait toujours avec lui, un « Bourrasse » et une faucille dont il se servait quand, dans une gare, il devait croiser un convoi arrivant en sens inverse, sur la voie unique, et qui était « normalement » en retard, comme il se doit.
Benjamin en profitait pour couper de l’herbe autour des bâtiments de la gare, cela ne faisait de tort à personne, et ça épargnait la tache à un autre.

...........................................................................................Samuelle à la fenêtre du train des Cévennes

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Benjamin devant sa locomotive en 1911
Ça, c’est pour le folklore : Qui n’a jamais voyagé par le train des pignes, autrement que pour le « tourisme » ne peut connaître « les joies » du voyage. Dernière ligne à voie métrique actuellement encore en exploitation régulière, il suffit de le regarder s’éloigner en « tortillant » du cul, balançant de droite à gauche pour comprendre qu’il mérite bien son qualificatif de tortillard.

Si vous ne craignez pas le mal de mer, ce train est fait pour vous, mais certainement pas pour les femmes enceintes, à moins que vous ne souhaitiez agrémenter votre voyage par l’arrivée prématurée et inopinée d’un passager supplémentaire démuni de tout titre de transport, ce qui ne peut que compliquer la chose. C’est ce que ma mère craignait par-dessus tout, Pour la naissance de mon frère Jean-Claude, la famille s’y était prise à temps, ce qui lui permit d’avoir un accouchement « réglementaire » dans une maternité de Nice. Il n’en fut pas de même pour moi, le froid, la neige, le gel de cette mi-Janvier de 1949, n’encourageaient pas mes parents à tenter l’aventure, et comme mon grand-père avait pris sa retraite, ma mère ne pouvait même pas espérer compter sur une « conduite » complaisante et en souplesse du petit train, pour l’amener sans trop de fatigue de Villars sur Var, là où mes parents résidaient jusqu’à Nice chez une sœur de ma mère, afin d’attendre paisiblement l’arrivée de ce nouveau bambin.
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La prudence étant de mise, c’est donc chez ma grand-mère à Puget, que ma mère attendit une amélioration de la météo pour entreprendre le voyage. Comme d’habitude je me suis débrouillé pour contrarier ses projets J’en avais marre d’attendre, naître un Jeudi me convenait très bien, d’abord, parce qu’à cette époque il n’y avait pas école ce jour là, en suite parce que le treize ça porte bonheur et enfin cela me permettait, en venant au monde dans la salle à manger familiale, d’offrir un cadeau d’anniversaire à Benjamin qui avait fêté ses soixante dix ans la veille,
.....................................................................Benjamin en 1957 (au centre) Léontine est à sa gauche.
Mais le petit train à vapeur, c’est aussi pour moi » l’auvergnat » de la chanson de Brassens. A cette époque, mon père tirait le diable par la queue, trente six métiers, trente six misères. Après son travail, mon père se baladait le long de la voie ferrée, dans l’espoir de trouver quelques morceaux de charbon, perdus par le petit train des Pignes. La « légende » dit, que les cheminots, ayant pitié du gendre de leur vieil ami « Caga », jetaient généreusement une pelletée d’anthracite par-dessus le « tender » quand ils passaient devant lui. J’y crois volontiers.

01/02/2016

Le loup de retour dans le massif du Mont Lozère

Vous avez lu ça vous aussi ? Enfin une bonne nouvelle à la une du Midi Libre de ce Dimanche 1er Février !!!!! Y’en a qui doivent râler, mais râler comme ce n’est pas Dieu possible. En tant qu’individu « qui appartient au clan du loup » selon l’étymologie de mon nom de famille, moi je me réjouis de voir revenir mes « frères » quoique que le verbe voir n’est peut-être pas le mieux choisi puisque notre particularité, à nous autres loups, est de passé inaperçu, tout en contribuant à l’équilibre de l’écosystème, puisque nous débarrassons les bois et montagnes des charognes et des bêtes malades ou blessées. Et certains s’aperçoivent enfin que notre présence , sur les pentes du mont Ventoux, serait plus qu’utile pour réguler de façon naturelle la prolifération des sangliers et des cervidés qui commencent à poser beaucoup plus de problèmes que l’existence des loups.
Ceci dit, il y a bientôt trente-cinq ans qu’un certain loup, que ma profonde modestie m’interdit de nommer, est venu installer sa tanière à Uzès, d’où il partait régulièrement pour sillonner les Cévennes du Vigan au Mont Aigoual , jusqu’aux confins du Mont Lozère. Tout cela pour gagner sa maigre pitance et la reconnaissance de son directeur le jour il prit sa retraite. Les lecteurs de blogs bien informés (il y en a) savent que notre canidé avait au paravent séjourné au cœur du Gévaudan, marchant sur les traces de la bête qui hanta cette province au 18ème siècle.
Les mêmes lecteurs bien informés ne s’étonneront pas, eux, de constater, que ce préambule n’a strictement rien à voir avec la suite de cet article. AKELA est comme cela, ne le contrariez pas, il pourrait faire semblant de mordre (c’est un grand farceur).
Clermont Maternelle.jpgCe qu’AKELA veut vous dire, c’est que les loups sont des êtres humains comme les autres, lui-même a fréquenté l’école maternelle avec son frère, et ils n’ont jamais mangé le moindre enfant, pas même l’institutrice, c’est vous dire. Pourtant, dans leur jeunesse, la vie n’était pas facile, et ils ont connu les tickets de rationnement, (d’accord, c’était à la fin, mais quand même). A propos de maternelle, justement, la leur, la première qu’ils aient connue, était un champs de ruines, la malheureuse bâtisse avait eu le tort de se trouver à 500 mètres de l’état major de l’armée allemande pour la Picardie que les américains avaient copieusement bombardé (à très haute altitude) et qu’ils avaient magnifiquement raté. L’école communale en avait par contre grandement profité, puisqu’il en restait pratiquement rien, excepté une grande pièce qui fut attribuée à l’école maternelle. J’y suis resté un an, avant que l’on nous recase dans différentes salles municipales pendant la reconstruction d’une »vraie » école toute neuve.
Il ne me reste que cette photo, datant de 1953, Jean-Claude est au premier rang, (le troisième à partir de la gauche) quand à moi, j’ai déjà compris que la meilleure place se situe au fond devant le chauffage, en l’occurrence, un énorme poêle au charbon et au bois, que n’aurait pas dénié le grand Meaulnes. Il devait avoir le même dans son école du Berry.
Je suis encore bien jeune, mais en regardant le visage de tous ces enfants, il m’arrive de me demander « Combien, et lesquels, sont encore vivants aujourd’hui ? » Certes ce ne doit pas être l’hécatombe, mais il est probable, statistiquement, que certains doivent manquer à l’appel.
En cas, ce n’est pas les loups qui les ont mangés.

11/12/2015

Le petit cabanon au fond de la cour .........

Je ne sais pas si tu as été faire un tour (sans jeu de mot) « Au pied de la Tour » de notre amie Pat, dite le hérisson bleu, mais si c’est le cas tu auras pu y lire un hommage à nos vieux « cagadoux » qui trônaient, si j’ose dire, au fond de nos jardins. L’écomusée de Mulhouse en possède d’ailleurs une magnifique collection qui à elle toute seule vaut le déplacement.

Moi aussi j’ai connu cela, bien qu’habitant la ville, une immense métropole de ….8000 âmes maxi. Notre édifice  n’était point dans le potager, mais dans notre cour. Nous étions dans l’immédiat après guerre et le confort moderne arrivait à peine dans notre commune. Mes premiers souvenirs sont liés justement aux travaux réalisés dans notre rue pour installer le tout à l’égout. Auparavant, nous devions nous contenter d’un puisard pour les eaux usées et donc, de notre petit cabanon intime pour le reste. Comme notre propriétaire n’était vraiment pas du genre à nous faire installer une salle d’eau dans la maison sans augmenter de façon conséquente le prix du loyer, nous avons du nous en contenter jusqu’à notre départ. Nous n’étions pas les seuls dans ce cas, locataires ou propriétaires, les habitants de la rue ne furent pas équipés de sanitaires dignes de ce nom du jour au lendemain. En attendant tous devaient faire appel à une étrange machine.

Parce qu’à la campagne, c’est facile, tu fais un trou au fond du jardin, tu y pose ta cabine de décompression, voir même tu l’installes directement au dessus d’un ruisseau ou de la rivière. Parfois si c’est nécessaire, tu recreuses un trou, tu déplaces tes quatre planches. Et le tour est joué. Mais à la ville, même pas bien grande, c’est point pareil ma brave dame, la terre n’absorbe pas nos offrandes avec le même enthousiasme, eh oui, surtout si,  comme c’était le cas chez nous, le mausolée est bâti sur un sol marneux et imperméable. De temps à autre il fallait faire venir un engin qui est à nos modernes camions sanitaires ce que les cagadoux sont à nos fosses sceptiques d’aujourd’hui. Un immense espace temps néandertalien les séparait. C’est comme si tu voulais comparer la deux chevaux avec la dernière Scénic de chez Renault

L’engin en question était une machine, qui ressemblait à celles qu’utilisaient les pompiers de jadis. Comme il me faut bien la nommer, je vous dirai donc que c’était la « pompe à M---- », la pompe à bras de notre jeunesse. Des distractions nous n’en avions pas beaucoup, et « elle » faisait partie de celles qui de temps en temps venaient égayer notre quotidien. Ma Nièce Sandrine, à qui j’en ai causé un jour au coin du feu, m’a dit  qu’elle l’avait vu en Tunisie, oeuvrant dans un petit village, et m’a certifié « qu’elle » avait toujours autant de succès auprès des enfants.

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A cette époque nous n’avions pas de télévision, encore moins de console Nintendo, pas de MP3, pas le moindre petit ordinateur, nous n’en étions même pas encore à l’électrophone Teppaz, le transistor n’était pas encore inventé, et nous n’écoutions la radio que sur le gros poste placé sur une étagère de la salle à manger. Le nôtre était encore branché sur Radio- Londres, c’est vous dire…..  Le Jeudi, nous avions bien catéchisme le matin et louveteaux l’après Midi (et oui, AKELA a été louveteau, c’est bien la moindre des choses pour un jeune loup non !!,) mais les occasions de se distraire étaient rares….fallait être créatif. Heureusement, il y avait notre fameuse pompe à bras. Cette délicieuse machine était tirée par un cheval, et elle venait régulièrement dans notre rue vidanger « les boues » des cagadoux. Nous nous retrouvions vite une bonne cinquantaine, plantés devant la maison en instance de traitement. C’était, pour nous les gosses un véritable évènement, l’occasion unique de voir comment c’était chez les autres. En effet, nos « petits coins » n’étaient pas en façade, mais relégués derrière les bâtiments, il s’avérait donc nécessaire de faire passer le tuyau au travers de la maison en laissant les portes grandes ouvertes, ce qui nous permettait de satisfaire notre curiosité, et nous n’étions pas les seuls, les adultes avaient ces jours là une certaine tendance à descendre et à remonter la rue sous le moindre prétexte, histoire de jeter un œil chez le voisin, et  de commenter la couleur des tapisseries ou l’état lamentable des plafonds. Mais le summum de notre plaisir était le moment que nous attendions tous, celui où le « vidangeur » et son ouvrier entamaient l’opération proprement dite. Après nous avoir fait reculer, (car ils se méfiaient de quelques garnements qui, discrètement, avaient la fâcheuse manie de desserrer le frein de la charrette avant de donner une tape sur les fesses du cheval afin de le faire avancer d’un ou deux mètres , ceci dans l’espoir de voir se déboîter le tuyau au milieu du couloir de la maison) les deux hommes se mettaient à actionner la pompe à bras sous les railleries de la marmaille qui en chœur, entamait ce chant mélodieux

« ♫ Pompons la M----, ♫ pompons la gaiement,♪ et ceux qui nous em------♫, on leur mettra ♪le nez dedans ♫ » .

 

Quelle époque bénie, où nous avions des plaisirs innocents et où nous nous amusions de presque rien

 

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