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23/09/2016

Monsieur Lavigne, maître d'internat (3ème partie) Tableau d'honneur et encouragements

 

Chaque fin de mois Monsieur le censeur rendait visite à notre étude, et je dois dire que ce jour là nous étions dans nos petits souliers. Il faut vous préciser, que ce personnage, de par sa fonction, pensait être le représentant des parents de nous autres, pauvres internes, et qu’il se devait d’assurer le sérieux de nos études et de veillez à ce que nous nous consacrions  chaque soir avec assiduité à nos devoirs. Il avait institué le « bilan mensuel », pour cela, il parcourait l’ensemble des études et demandait aux surveillant d’internat de chacune d’entre elles, de lui faire un bref résumé des résultats individuels de chacun d’entre nous.

Monsieur Lavigne prenait alors le grand cahier sur le lequel était inscrit nos notes du mois, précisant si elles avaient évoluées dans un sens positif ou négatif. Monsieur le censeur fronçait les sourcils, regardait l’élève concerné et le sermonnait généralement car nous n’en faisions jamais assez, « vous pouvez faire beaucoup mieux » était sa ritournelle, Imaginez alors ce qui arrivait à celui qui avait régressé  «  Elève Machin, vous n’êtes pas à la hauteur de notre établissement, vous vous prélassez, vous viendrez dimanche en retenue, je vous donnerai du travail, moi ».

C’est comme cela que j’ai découvert l’injustice du système, les externes et les demis pensionnaires échappaient à ce cérémonial et à ses conséquences, ils pouvaient se permettre d’être des cancres patentés, ils passeraient leur dimanche avec leur famille, tandis que nous, qui en étions privés toute la semaine, nous nous morfondrions une fois de plus dans les carrières de Bibémus, face au barrage de Zola, le père d’Émile, le plus illustre ancien du lycée.

tableau d'honneur modifié.jpgEt, rassurez vous, je n’oublierai pas de vous remémorer, qu’à la fin de chaque trimestre, nous attendaient le tableau d’honneur, les encouragements et les félicitations. En ce qui concerne ces dernières, même dans mes rêves les plus fous, ce n’est resté qu’un inaccessible mot tiré des contes et légendes des collèges et lycées. Par contre, une fois, une seule fois, j’ai eu droit aux encouragements, théoriquement je ne les méritais pas, mais, comme j’avais vraiment fait un effort (Il m’a fallu six mois pour récupèrer) on me les avait accordés. Quand au tableau d’honneur, ce n’était pas un vain mot, il existait vraiment dans le hall du lycée, avec les noms des élèves méritants. Il se concrétisait aussi par un bout de papier illustré comme un diplôme d’ingénieur. Il n’était pas bien gros, l’équivalent d’un quart de feuille format A4, mais il faisait son petit effet lorsque nous le ramenions à la maison. Si par hasard, dans une brocante ou un vide grenier, vous en trouvez un à mon nom, gardez le !!!! C’est collector, aussi rare qu’un timbre poste multicolore de 1856, émis par un protectorat français du moyen orient.

Mes parents n’y attachaient pas une grande importance, quand je revenais le dimanche suivant, le précieux document que j’avais pourtant pris le soin de cacher avait généralement disparu, donné  à mon petit frère, afin qu’il s’en serve de coloriage.

(à suivre le 4 Novembre 2011)

 

16/09/2016

Monsieur Lavigne, maître d'internat (2ème partie)

 

Lorsque j’écris que l’ordre allait pouvoir régner sur l’étude de Monsieur Lavigne, je devrais plutôt dire « le silence », car le moindre bruit, cahier qui tombe, murmure entre élèves, sortait notre maître d’internat des travaux d’écriture qu’il effectuait pour le compte de l’administration du Lycée, dans un temps où nulle photocopieuse ne venait en aide aux secrétaires de Monsieur Le Proviseur.

Nous le croyons, en apparence concentré sur son travail, mais en réalité, s’il gardait tout le temps la tête baissée sur ses documents son regard balayait l’étude régulièrement. Au moindre bruit, il se redressait et ses yeux se plantaient sur le fautif qui, en murmurant quelques excuses, se replongeait dans ses devoirs. Rien ne lui échappait, je suis sûr qu’il savait exactement combien de « pendus » à son effigie se balançaient au plafond de la salle sans pour autant les avoir regardé une seule fois, il s’en fichait, du moment où cela ne se faisait pas devant lui et que ça ne troublait pas le silence. Il avait aussi pour mission de veiller à ce que nous fassions nos devoirs. Sans quitter son estrade, il était à même de détecter celui qui lisait une bande dessinée ou un « OSS 117 » en faisant semblant de potasser une leçon. Il marmonnait deux ou trois mots, sa tête oscillait au dessus de ses écritures avant de se relever, son cou long et décharné comme celui d’un poulet propulsait son regard sur le cancre de service qui n’avait que quelques secondes pour remettre son livre dans son casier. Et surtout qu’il ne s’avise pas de recommencer, il n’y avait pas de deuxième avertissement, car le doigt de monsieur Lavigne lui ferait signe de venir porter l’objet du délit jusqu’à son bureau pour confiscation immédiate. Si nous ne savions pas quoi faire pendant nos heures d’étude, lui, il  savait nous occuper. La lecture de « Bug John » « Akim » ou « black le rock » se transformait en exercice de math ou de grammaire.

Jamais je n’oublierai « l’étude du vendredi soir ». Le jour ou monsieur le surveillant général venait déposer sur le bureau de Monsieur Lavigne, les petits papiers sur lesquels d’autres pions avaient inscrit nos noms, parce que nous avions couru dans un couloir, crier au réfectoire, fumer dans les toilettes, que sais-je encore, sans oublier ceux des profs qui nous avaient trouvé trop insolents, ou qui nous avaient surpris en train de « pomper » pendant une interrogation écrite.

Monsieur Lavigne était chargé de noter « les consignes » dans un cahier et de remplir le formulaire annonçant la sanction et le motif de la punition, formulaire qu’il nous remettait à la fin de l’heure d’étude et que nous devions faire signer à nos parents.

Ceux qui n’avaient pas la conscience trop tranquille étaient dans leurs petits souliers espérant passer quand même à travers, sait-on jamais, un instant de « bonté », un papier qui s’égare, un miracle en quelque sorte, ça peut arriver.

Bibémus.jpgNous regardions monsieur Lavigne étaler et classer les feuillets devant lui, il les lisait attentivement, quand il avait fini la lecture de chacun d’entre eux, il regardait fixement le « bénéficiaire » de la punition, quelques secondes à peine qui durait le temps d’une exécution, la mise à mort de nos projets de sortie dans nos familles. Monsieur Lavigne ne commentait pas, mais nous savions aussitôt ce qu’il pensait, à sa façon de hocher la tête il nous disait « Tu l’as bien cherché » « Ça te pendait au nez » « Ce n’est pas malin de se faire prendre par si peu » Mais le pire, c’était quand son regard nous fusillait longuement, aucun de ses traits ne bougeait, nous nous sentions transpercés par ses petits yeux acérés,  nous savions alors que la faute était impardonnable. Au lieu d’aller chez nous, nous irions le dimanche suivant nous promener aux carrières de Bibémus pour y admirer la Sainte Victoire.

(à suivre le 27 Octobre)

 

09/09/2016

Monsieur Lavigne, maître d'internat (1ère partie)

Monsieur Lavigne n’était pas un pion, il était « le » pion, une caricature de pion. Pas un de ces « conseillers d’éducation » comme on peut en voir  (quand il y en a) dans nos établissements scolaires d’aujourd’hui, Non, Monsieur Lavigne, en ce début des années 6O était « maître d’internat », c’est lui qui nous surveillait le soir à l’étude, à cette époque où plus de la moitié des lycéens et collégiens étaient internes. Il était même notre « maître » attitré.

Quand j’écris qu’il était une caricature du « pion », je n’exagère pas, d’abord par son physique et sa vêture, grand, maigre et légèrement voûté, il n’avait pas d’âge, contrairement à son costume noir, étriqué, luisant d’usure et probablement d’un peu de crasse, costume qui devait remonter aux années quarante, quand les vestes étaient courtes, cintrées et les pantalons larges. Une chevelure longue et gominée, jaunâtre, tirée en arrière, un nez d’aigle surmonté d’une paire de binocles d’où jaillissait un regard perçant qui clouait sur place l’auteur de la moindre incartade Monsieur Lavigne était un personnage digne de Pagnol, Merlusse ou Topaze, l’un ou l’autre, il aurait pu servir de modèle dans « le temps des secrets ».

C’était notre terreur, quand mon frère et moi avons débarqué au Lycée Mignet, nous étions déjà en classe de troisième, « la classe d’étude de monsieur Lavigne » , l’enfer que redoutait tous les internes, de la sixième à la terminale. Dès note arrivée, nous avons été prévenus, nous allions apprendre à connaître monsieur Lavigne.

Et la première confrontation fut redoutable, car, comme il se doit, il y avait parmi nous quelques petits malins qui prétendaient ne pas craindre notre redoutable Cerbère, petits malins auxquels mon frère crut devoir se joindre, pour son plus grand malheur.Merlusse1.jpg

Merlusse.

« Lavigne  tu pues, Lavigne tu pues !! » était le leitmotiv que ce petit groupe, scandait à voix basse tout en s’installant à ses pupitres. Déjà, ça manquait d’originalité, effectivement, Monsieur Lavigne, ne sentait pas particulièrement la rose, il flottait autour de lui, un savant mélange, d’odeurs de naphtaline, de gomina, d’eau de toilette bon marché agrémentés d’effluves probablement dues à une hygiène douteuse, comme pouvait le laisser penser la couleur grisâtre de ses chemises blanches, pour compléter cela, notre homme était un fumeur de cigarettes « Boyard » à papier maïs.

Notre « commando » anti-Lavigne, bien entendu, ne trouva rien de mieux que de se regrouper au fond de l’étude, là, où notre maître d’internat les attendait. Pris comme dans une nasse, la joyeuse bande ne comprit pas qu’elle s’était isolée du reste des élèves, la foudre lavignesque allait pouvoir frapper sans risque d’erreur, le poisson était appâté , il ne restait qu’à le ferrer.

Monsieur Lavigne s’était assis à son bureau, sans dire un mot, il fit circuler un plan de la salle d’étude où chacun d’entre nous indiquait son nom et sa classe, il feignait de ne rien entendre laissant montrer, crescendo, la mélopée du chœur des petits malins, encouragés par leur hardiesse. Puis, toujours sans prononcer la moindre parole, il griffonnât quels mots sur un papier,  il relevât enfin le regard et prononçât le nom des « énergumènes » du fond de classe, le silence se fit, les élèves concernés se regardèrent, tout le monde attendait, enfin l’un d’entre eux osa demander

« Qu’est-ce qu’il y a monsieur ? »

« Un dimanche de colle pour chacun d’entre vous »

« Mais on a rien fait »

« Deux dimanches !! Et maintenant sortez et allez porter ceci à monsieur le censeur »

A  leur retour, ce n’était deux dimanches de colle, mais trois qui figuraient sur le bout de papier.

L’ordre allait pouvoir régner. (à suivre le 23 Octobre)

02/09/2016

C'est en Septembre.......

Puget Mémée Pépé 90418 01.jpg

 

Reposez vous bien, profitez de vos familles et de vos amis, à bientôt, en septembre

08/07/2016

Une petite joie simple

Je vous entends d’ici, en train de vous lamenter, Comment AKELA, un garçon si propre sur lui, peut-il écrire une note sur un sujet aussi délicat ? Mais qui puis-je ? Comment pourrais-je vous relater mon enfance sans, à un moment donné, en venir à « elle » !!! . Ah, bien sûr, je vous parle d’un temps.. mais vous connaissez la chansonnette. Des distractions nous n’en avions pas beaucoup, et « elle » faisait partie de celles qui de temps en temps venaient égayer notre quotidien. Ma Nièce Sandrine, à qui j’en ai causé un jour au coin du feu, m’a dit qu’elle l’avait vu en Tunisie, oeuvrant dans un petit village, et m’a certifié « qu’elle » avait toujours autant de succès auprès des enfants.
« Elle », c’est une ….machine, je n’ai pas trouvé de photo la représentant, (on comprend pourquoi) , mais comme elle ressemblait à celles qu’utilisaient les pompiers de jadis,vous pourrez, (pour ceux qui ne l’on jamais vu), vous en faire une idée au bas de cette note.
J’en ai enfin fini avec les précautions d’usage, je peux me lancer, en souhaitant ne pas tomber dans une certaine vulgarité Je vais donc évoquer la …..comment dire ?, la pompe à M.... et oui !! Maintenant que c’est dit, plongeons dans notre sujet, (si je peux me permettre cette plaisanterie pas très fine, je le conçois)
Vous vous demandez comment un loup, bien éduqué de surcroît, peut avoir un attirance pour une machine dont la fonction n’est pas très ragoûtante, mais attendez, je ne vous parle pas de ces camions nickel chrome, plus propres que la cuisine d’un grand palace qui viennent vidanger des fosses sceptiques parfaitement étanches, en quelques minutes et en toute discrétion. Non, moi j’évoque la vraie pompe à Meu, la pompe à bras, de notre jeunesse, celle de l’après guerre, du temps où le tout à l’égout n’existait pas dans les petites villes. Les eaux usées étaient déversées dans le caniveau, voir dans un puisard, quand à nos « commodités » elles avaient le « charme » des cagadous, ces petites cabanes au fond du jardin ou au fond de la cour. L’écomusée de Mulhouse en possède d’ailleurs une magnifique collection qui a elle toute seule vaut le déplacement. Mais revenons en à notre sujet, et surtout à cette époque dans laquelle nous n’avions pas de télévision, encore moins de console Nintendo, pas de MP3, pas le moindre petit ordinateur, nous n’en étions même pas encore à l’électrophone Teppaz, le transistor n’était pas encore inventé, et nous n’écoutions la radio que sur le gros poste placé sur une étagère de la salle à manger. Le nôtre était encore branché sur Radio- Londres, c’est vous dire….. Le Jeudi, nous avions bien catéchisme le matin et louveteaux l’après Midi (et oui, AKELA a été louveteau, c’est bien la moindre des choses non !!,) mais les occasions de se distraire étaient rares….fallait être créatif. Heureusement, il y avait notre fameuse pompe à bras. Cette délicieuse machine était tirée par un cheval, et elle venait régulièrement dans notre rue vidanger « les boues » des cagadous. Nous nous retrouvions vite une bonne cinquantaine, plantés devant la maison en instance de traitement. C’était, pour nous les gosses un véritable évènement, l’occasion unique de voir comment c’était chez les autres. En effet, nos « petits coins » n’étaient pas en façade, mais relégués derrière les bâtiments, il s’avérait donc nécessaire de faire passer le tuyau au travers de la maison en laissant les portes grandes ouvertes, ce qui nous permettait de satisfaire notre curiosité, et nous n’étions pas les seuls, les adultes avaient ces jours là une certaine tendance à descendre et à remonter la rue sous le moindre prétexte, histoire en fait de jeter un œil chez le voisin, et de commenter la couleur des tapisseries ou l’état lamentable des plafonds. Mais le summum de notre plaisir était le moment que nous attendions tous, celui où le « vidangeur » et son ouvrier entamaient l’opération proprement dite.Après nous avoir fait reculer, (car ils se méfiaient de quelques garnements qui, discrètement, avaient la fâcheuse manie de desserrer le frein de la charrette avant de donner une tape sur les fesses du cheval afin de le faire avancer d’un ou deux mètres , ceci dans l’espoir de voir se déboîter le tuyau au milieu du couloir de la maison)e1f85ed0c65f420c7459b2f277f0e382.jpg les deux hommes se mettaient à actionner la pompe à bras sous les railleries de la marmaille qui en chœur, entamait ce chant mélodieux « Pompons la M----, pompons la gaiement, et ceux qui nous emmerdent, on leur mettra le nez dedans » .
Quelle époque bénie, où nous avions des plaisirs innocents et où nous nous amusions de presque rien.