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09/12/2016

Le Père Noel est un loup comme les autres

Loup 2.jpgJe vais vous confier un secret, mais surtout ne le répétez à personne, JE SUIS LE PERE NOEL !!!!! Chuttt, !!!!!!!!!!!!!!!!! les enfants écoutent !!. Notez, que c’est un boulot pénard, je bosse quatre semaines par an, le reste du temps je passe à l’atelier une ou deux fois par mois, à Pâques je fais le ménage, et le 14 juillet je commence à trier un peu le courrier des fournisseurs. Ça fait 437 ans que ça dure, et je n’ai pas eu à me plaindre, sauf dans les années 1764-1765, car il ne faisait pas bon être le père Noël dans le Gévaudan. Pas moyen d’approcher d’une ferme sans que les « pays » me tirent dessus, même les gosses avaient peur de moi et me pourchassaient avec leurs couteaux plantés sur un manche de bois. Je dois avouer qu’être à la fois un Loup et le Père Noël ça peut prêter à confusion, mais l’ANPE n’avait que ça à me proposer, et j’avais déjà refusé deux boulots. Parait que j’avais le bon profil, un bon pelage pour me protéger du froid, des poils sous le menton qui me faisaient une barbichette, une certaine expérience des cheminées depuis cette malheureuse affaire des trois petits cochons, et puis, franchement c’est bien payé, même si je ne roule pas sur l’or, d’autant qu’en 437 années, j’ai connu une sacrée inflation, mais quelques coquettes réévaluations ont permis de maintenir tant bien que mal mon pouvoir d’achat, Tenez ! la dernière fois c’était l’an passé, 170% d’un coup, pas mal, non ? Je ne serai pas honnête avec vous si je passais sous silence mes quelques démêlés avec la justice, suite à la plainte de la grand-mère du Petit Chaperon Rouge, j’avais pris Maître COLLARD comme avocat, il n’a pas pu s’empêcher de médiatiser cet incident de façon exagérée. Tout a fini par s’arranger avec Maître VERGEZ. Dommage qu’il n’ai pas voulu défendre les sorcières d’Uzès.
Tout ça pour vous dire qu’en ce moment je ne manque pas de boulot, vérifier les horaires de traîneaux, emballer les paquets, faire le pitre dans les grands surface, poser avec Miss France 2009, oser quelques guili-guili avec Madame de Fontenay, imaginer des cadeaux originaux ( une muselière pour Martine AUBRY, des talonnettes à ressort pour Nicolas, un parachute doré en fonte pour quelques grands patrons, des carabines en plastique pour les paras de Carcassonne, des chaussettes électroniques pour Perpignan etc. ) . Sans compter que je dois penser à moi, à mes amis, ma famille, à ma concierge, tous ces gens à qui je dois adresser mes vœux pour 2009, pas question d’avoir recours à l’E-mail, moi, je fais ça à l’ancienne, une lettre manuscrite à chacun, une vraie, pas trois lignes stéréotypées.

Akela-80712 05 père Noel.jpg


Dessin de Claude RENOUX .Trucage: Mézig
Tout ça pour vous dire que je vais fermer boutique, non, non, pas celle du père Noël, j’aurai trop peur d’un licenciement pour faute grave, non, je vous parle de mon blog. RASSUREZ-VOUS !!!!! ce n’est que temporaire , je ne vous oublie pas, et pendant les tournées de reconnaissance, j’irai faire un tour sur les vôtres, en faisant attention, car en cette période, le ciel est bien encombré. Tenez un exemple, l’autre nuit, j’étais du coté de NAJAC, et bien j’ai failli me faire percuter par un vol de sorcières, oui madame, un vol de sorcières. Afin de l’éviter, j’ai plongé à gauche (je ne plonge jamais à droite, sauf au deuxième tour des présidentielles en 2002), et là, surprise, j’ai refusé la priorité à un Drakkar de tourisme, je ne l’avais pas vu, caché qu’il était par un autre Drakkar de ramassage scolaire, je suis cependant tranquille, je sais que je pourrai, de ma petite plume, gribouiller quelques gentillesse à notre sorcière préférée. Ensuite, je pense que j’irai faire un petit survol du coté de Sète, afin de déposer un petit cadeau près du sapin-blog de Ginette, au passage, j’irai voir aussi celui de l’éblouissante Victorine. Quand j’aurai un peu de temps libre, après avoir pansé mes rennes, (ça me fait penser que l’autre jour j’ai vu mon neveu qui fait ses études d’ingénieur à RENNES, je lui ai dit, « tu vas à Rennes, pour prendre ton élan ! », il mis trente secondes avant de rigoler, mon frère quant à lui a réagit cinq minutes plus tard tandis que ma belle sœur m’a appelé le lendemain pour me dire qu’elle avait compris). Où en étais-je ? Ah oui ! Quand j’aurai un moment, j’en profiterai pour terminer quelques textes que j’ai en jachère, et que j’éditerai l’année prochaine, mais avant, je vous enverrai bien une petite carte postale vers le 25 Décembre.

02/12/2016

Le cimetière des fous

Longer par une nuit d’hiver un cimetière isolé, sur le chemin qui relie le village au hameau où l’on réside, là précisément où errait la bête du Gévaudan deux siècles auparavant ce n’est pas très rassurant, même pour deux jeunes loups en pleine adolescence sensés être téméraires et inconscients. Jean-Claude et moi n’avions guère le choix, les distractions étaient rares, l’unique poste de télévision se trouvait au foyer de l’hôpital psychiatrique de Saint Alban, perché sur la colline, le seul endroit en ce pays d’où il était possible, grâce à une antenne fixée sur un très long mat de capter les signaux hertziens en ce début de l’année 1963.
Comme beaucoup, nous nous mêlions de temps en temps aux patients autorisés certains soirs à regarder le programme de la RTF, sous l’œil vigilant des infirmiers qui les accompagnaient. Parfois, dans cette même salle nous assistions à la projection d’un film, le seul cinéma du village était celui du « curé » et nous nous faisions un devoir de ne pas lui offrir notre clientèle.
Bien sûr nous aurions pu rester au chaud chez nous, afin de profiter de la présence de nos parents que nous ne voyions que toutes les deux semaines lorsque nous avions la chance de ne pas être collés. Ils nous auraient certainement parlé de ……leur boulot, leur boulot et encore de leur boulot. Car je dois vous dire que Jean Claude n’était pas la seule personne avec qui je partageais les joies des repas en famille les dimanches de sortie. Mes parents, estimant probablement que quelques heures tous les quinze jours suffisaient largement pour s’occuper de nous, faisaient du zèle, ne différenciant plus leur vie professionnelle de la vie familiale, ils invitaient régulièrement des patients de l’hôpital psychiatrique à la table familiale, pas n’importe lesquels cependant. A cette époque Saint ALBAN n’accueillait pas que des personnes du cru, Il en venait de toute la France, en particulier issu d’un certain milieu social. Beaucoup de fils de…. Entre autre celui d’un prix NOBEL, La Lozère était Terre d’exil pour les grands psychotiques bannis de leur famille fortunée. Certains patients avaient même fait des études assez poussées, médecine ou fac de droit. Et pendant que « nous » parlions de leurs multiples problèmes et de leur incertain avenir, nos parents évitaient soigneusement de s’intéresser aux nôtres.
Sur le chemin du retour, en longeant le mur de « l’asile » nous nous racontions nos faux exploits, nos rêves illusoires, le pantalon de « Johnny » que voulait Jean-Claude, la mobylette que nous n’aurions pas, et puis il y avait les filles, vous savez ces êtres bizarres qui nous fascinaient déjà mais dont nous ne savions rien d’autre que ce que nos collègues de lycéens croyaient connaître et qu’ils nous relataient dans un coin de la cour de récré. Et puis passé les derniers bâtiments, loin des dernières maisons habitées il y avait le cimetière, celui que chanta le poète ELUARD, « Le Cimetière des FOUS ».
Cimetiere_des_fous_hiver_.jpg
Je dois dire que la première fois que je l’ai vu, je n’y avais pas prêté attention, je croyais qu’il s’agissait de celui du village, ce n’est que plus tard que je fus intrigué par le fait que toutes les tombes étaient semblables, simples croix de bois sur lesquelles ne figurait aucun nom, juste un nombre, un matricule. Il y avait quelques exceptions, généralement accolées au mur d’enceinte des croix portaient une plaque émaillée. C’était les sépultures des religieuses qui géraient le service des femmes.
Parias parmi les parias, les « fous » étaient rejetés du monde des humains jusque dans la mort, la honte qu’ils jetaient sur leur famille méritait cet indigne anonymat. Le sort de leurs dépouilles était comparable à celui des condamnés à mort qui reposent dans le carré des suppliciés des cimetières de nos préfectures. Maigre consolation, eux avaient quand même droit à une croix. Cette « cruauté » rendait le lieu encore plus beau par la simplicité des deux ou trois cents tombes alignées sous de grands cyprès. J’ai de suite été très mal à l’aise vis-à-vis de la présence des tombes des religieuses, je ne pouvais pas entendre le message que cela sous-tendait « Seigneur, nous avons fait vœux d’humilité, nous désirons reposer auprès des malheureux dont nous nous occupions ». J’y ai lu au contraire la manifestation du péché d’orgueil : « Seigneur voyez comme nous sommes humbles, nous nous sacrifions jusqu’après notre mort, nous méritons largement Seigneurs que vous nous ouvriez les portes du Paradis, nous l’avons bien mérité ». Vos tombes, Mesdames, auraient du être aussi anonymes que celles des patients pour je puisse croire à votre sincérité, car Dieu, s’il existe n’a pas besoin de panneau indicateur émaillé pour trouver votre dernière demeure.
Par ces froides nuits d’hiver, lorsque nous nous arrêtions avec Jean-Claude, le long de la nécropole, nous regardions par-dessus de mur, dans le vain espoir d’y apercevoir un feu follet.
Il y a vingt ans, je suis retourné à saint ALBAN et je suis allé voir le cimetière, les cyprès avaient été abattu et il paraissait saccagé, abandonné, il avait perdu sa beauté « fantasmatique », il était devenu lugubrement sinistre. Quand est-il aujourd’hui ? Je ne sais, il ne me reste que le poème de Paul ELUARD, qui pendant la guerre trouva refuge au milieu des malades de l’hôpital pour échapper à la Gestapo.

« Le cimetière des fous »

Ce cimetière enfanté par la lune
Entre deux vagues de ciel noir
Ce cimetière archipel de mémoire
Vit de vents fous et d'esprit en ruine

Trois cents tombeaux réglés de terre nue
Pour trois cents morts masqués de terre
Des croix sans nom corps du mystère
La terre éteinte et l'homme disparu

Les inconnus sont sortis de prison
Coiffés d'absence et déchaussés

N'ayant plus rien à espérer
Les inconnus sont morts dans la prison
Leur cimetière est un lieu sans raison


Paul Eluard (Asile de Saint-Alban, 1943-La Lit la table, 1944)

J'ai recherché sur Google Earth l'emplacement du cimetère des fous que j'évoque dans la note précédente, j'ai découvert que la nécropole avait disparue remplacer par un jardin des souvenirs.
preview35.jpgLes croix de bois ont disparues remplacées par une stèle , seules des croix de pierre demeurent , celles de religieuses, une de ces croix à sa plaque émaillée, les fous ont été chassés de leur propre cimetière!!!!
Peut-être dois-je m'estimer privilégié de l'avoir vu tel que Paul ELUARD l'a chanté.