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15/07/2016

Quand "L'action enchaînée" déchaînait les passions

 

L’action enchaînée, tu connais ? J’en ai parlé dans un com de notre amie Pat « du Pied de la Tour ». Pour beaucoup, il s’agit d’un bronze se trouvant dans le jardin des tuileries à Paris, doisneau.jpgil y a d’ailleurs une célèbre photo de Doisneau où l’on peut voir des ouvriers la mettre en place et pour cela, poser leurs mains sur les formes rebondies de la « dame ». Pour les encyclopédies en ligne, elle se trouve effectivement à Paris.

Mais ce n’est que menteries, ah ben oui, l’original trône dans un tout petit village de la vallée du Var, Paris n’a que la copie. Tu ne me crois pas ? Tu prétends que c’est l’inverse ? Et bien tu te trompes, « l’action enchaînée » a été créée pour rendre hommage à l’enfant du pays, le révolutionnaire Auguste Blanqui, avec qui j’ai l’honneur de partager mon lieu de naissance.

109ao.jpg

Sur le socle de la statue du village sont écrits ces quatre vers

 

« Contre une classe sans entrailles 

Luttant pour le peuple sans pain

Il eut vivant quatre murailles

Mort, quatre planches de sapins »

 

Eugène POTTIER (auteur de l’Internationale)

 

Et cet Epitaphe, même à Paris, « ils » ne l’ont pas !!!!

Ça, c’est pour la grande histoire, moi, tu me connais, j’aime bien les anecdotes savoureuses, et à ce propos, je vais t’en conter une.

005.jpgQuand la statue fut érigée au début du vingtième siècle elle fut placée sur la place de la mairie, face à celle-ci. Mais avant de continuer, il faut que je te dise, qu’en face, il y a l’église. Quand les républicains libres penseurs tiennent les rênes de la commune, la place devient « place de la Mairie » lorsque les affreux « réactionnaires calotins » renversent les « rouges, », elle se transforme en « place de l’église ». Enfin, c’était comme ça à l’époque.

Donc, quand cette bande de « communards » (Blanqui en fut en 1871) installa l’œuvre de Maillol face à la mairie, « les culs bénits » protestèrent,

« Comment ose-t-on exposer cette indécente femme aux formes opulentes qui montre son ……..arrière train aux fidèles à la sortie de la messe ? ».

Pour ça, c’est sûr, les enfants de cœur ne pouvaient plus ignorer ce qu’était un « beau cul ».

Dès qu’elle reprit la mairie, la « calotte »  s’empressa de la changer de place, et de l’installer devant la gare, au grand dam des « rouges » car notre statue était aussi connue sous le nom de la « liberté enchaînée »

« Regardez les, ils veulent chasser la « liberté » et l’envoyer en exil ». Ils n’avaient pas tort, car la belle dame repartie finalement pour Nice pendant quelque temps avant de revenir par un train que conduisait mon grand père en personne. (Et oui, mon papé à ramener « la liberté » dans son village)

Finalement, aujourd’hui, l’action enchaînée se trouve à coté du jeu de boule, tout le monde est content, à condition bien sûr que les joueurs ne la confondent pas avec « Fanny ».

Merci à Pat de m'avoir inspiré cette note.

08/07/2016

Une petite joie simple

Je vous entends d’ici, en train de vous lamenter, Comment AKELA, un garçon si propre sur lui, peut-il écrire une note sur un sujet aussi délicat ? Mais qui puis-je ? Comment pourrais-je vous relater mon enfance sans, à un moment donné, en venir à « elle » !!! . Ah, bien sûr, je vous parle d’un temps.. mais vous connaissez la chansonnette. Des distractions nous n’en avions pas beaucoup, et « elle » faisait partie de celles qui de temps en temps venaient égayer notre quotidien. Ma Nièce Sandrine, à qui j’en ai causé un jour au coin du feu, m’a dit qu’elle l’avait vu en Tunisie, oeuvrant dans un petit village, et m’a certifié « qu’elle » avait toujours autant de succès auprès des enfants.
« Elle », c’est une ….machine, je n’ai pas trouvé de photo la représentant, (on comprend pourquoi) , mais comme elle ressemblait à celles qu’utilisaient les pompiers de jadis,vous pourrez, (pour ceux qui ne l’on jamais vu), vous en faire une idée au bas de cette note.
J’en ai enfin fini avec les précautions d’usage, je peux me lancer, en souhaitant ne pas tomber dans une certaine vulgarité Je vais donc évoquer la …..comment dire ?, la pompe à M.... et oui !! Maintenant que c’est dit, plongeons dans notre sujet, (si je peux me permettre cette plaisanterie pas très fine, je le conçois)
Vous vous demandez comment un loup, bien éduqué de surcroît, peut avoir un attirance pour une machine dont la fonction n’est pas très ragoûtante, mais attendez, je ne vous parle pas de ces camions nickel chrome, plus propres que la cuisine d’un grand palace qui viennent vidanger des fosses sceptiques parfaitement étanches, en quelques minutes et en toute discrétion. Non, moi j’évoque la vraie pompe à Meu, la pompe à bras, de notre jeunesse, celle de l’après guerre, du temps où le tout à l’égout n’existait pas dans les petites villes. Les eaux usées étaient déversées dans le caniveau, voir dans un puisard, quand à nos « commodités » elles avaient le « charme » des cagadous, ces petites cabanes au fond du jardin ou au fond de la cour. L’écomusée de Mulhouse en possède d’ailleurs une magnifique collection qui a elle toute seule vaut le déplacement. Mais revenons en à notre sujet, et surtout à cette époque dans laquelle nous n’avions pas de télévision, encore moins de console Nintendo, pas de MP3, pas le moindre petit ordinateur, nous n’en étions même pas encore à l’électrophone Teppaz, le transistor n’était pas encore inventé, et nous n’écoutions la radio que sur le gros poste placé sur une étagère de la salle à manger. Le nôtre était encore branché sur Radio- Londres, c’est vous dire….. Le Jeudi, nous avions bien catéchisme le matin et louveteaux l’après Midi (et oui, AKELA a été louveteau, c’est bien la moindre des choses non !!,) mais les occasions de se distraire étaient rares….fallait être créatif. Heureusement, il y avait notre fameuse pompe à bras. Cette délicieuse machine était tirée par un cheval, et elle venait régulièrement dans notre rue vidanger « les boues » des cagadous. Nous nous retrouvions vite une bonne cinquantaine, plantés devant la maison en instance de traitement. C’était, pour nous les gosses un véritable évènement, l’occasion unique de voir comment c’était chez les autres. En effet, nos « petits coins » n’étaient pas en façade, mais relégués derrière les bâtiments, il s’avérait donc nécessaire de faire passer le tuyau au travers de la maison en laissant les portes grandes ouvertes, ce qui nous permettait de satisfaire notre curiosité, et nous n’étions pas les seuls, les adultes avaient ces jours là une certaine tendance à descendre et à remonter la rue sous le moindre prétexte, histoire en fait de jeter un œil chez le voisin, et de commenter la couleur des tapisseries ou l’état lamentable des plafonds. Mais le summum de notre plaisir était le moment que nous attendions tous, celui où le « vidangeur » et son ouvrier entamaient l’opération proprement dite.Après nous avoir fait reculer, (car ils se méfiaient de quelques garnements qui, discrètement, avaient la fâcheuse manie de desserrer le frein de la charrette avant de donner une tape sur les fesses du cheval afin de le faire avancer d’un ou deux mètres , ceci dans l’espoir de voir se déboîter le tuyau au milieu du couloir de la maison)e1f85ed0c65f420c7459b2f277f0e382.jpg les deux hommes se mettaient à actionner la pompe à bras sous les railleries de la marmaille qui en chœur, entamait ce chant mélodieux « Pompons la M----, pompons la gaiement, et ceux qui nous emmerdent, on leur mettra le nez dedans » .
Quelle époque bénie, où nous avions des plaisirs innocents et où nous nous amusions de presque rien.

01/07/2016

Le Nougat (de Montélimar) de l'oncle PAUL

Je tiens toujours mes promesses, (enfin presque), il y a quelques semaines, en postant un com sur une note de  mon amie Aude Terrienne j’évoquais le grand Nord, c'est-à-dire pour moi  tout ce qui se trouve au dessus de Montélimar. Et là, vlan, Aude me met à l’amende et me demande de lui écrire quelque chose sur le nougat. Etant en pleine écriture sur mes souvenirs de lycée, je lui ai promis de m’exécuter dans un délai d’un mois. Je l’admets volontiers, j’ai légèrement dépassé la date, mais qui puis-je ? J’avais le texte à diffuser sur l’armistice de 1918, et je n’ai pas encore le pouvoir de déplacer le 11 Novembre sur le calendrier.

Aujourd’hui, je ne peux plus reculer, sans prendre le risque de voir mon effigie en poupée Vaudou martyrisée par des épingles à linge (oui, Aude n’utilise pas les épingles qui piquent mais celles qui pincent les oreilles, le nez, le bout des doigts etc.) 

Donc, à propos de nougat, je vais vous parler de l’oncle Paul et de la Tante Augustine qui était la sœur de ma grand-mère maternelle (la gentille sorcière, pour ceux qui suivent) Nous les voyions qu’à l’occasion des grandes vacances, lorsque nous descendions dans le midi (c’est-à-dire en dessous de Montélimar) afin de rendre visite à la famille de ma mère au fin fond de notre beau conté de Nice, d’où la misère de l’après guerre nous avait arraché peu après ma naissance.

Au cour de notre séjour, quand nous ne savions que faire  nous allions chez l’oncle et la tante qui étaient plus âgés que mes grands-parents. L’oncle Paul était un ancien marin (qui avait fait deux fois naufrage), mon cousin Alain (qui avait une vingtaine d’année à cette époque) et mon père se faisaient un plaisir de lui faire raconter celui, durant la première guerre, où il s’était retrouvé à poil, ainsi qu’une femme de chambre, dans une chaloupe de sauvetage, un officier sortant son revolver et criant « le premier qui touche à cette femme, je lui brûle la cervelle ».

A partir de là, le jeu consistait à interrompre l’oncle dans son récit, afin de lui faire répéter des détails ou de lui poser des questions sur la femme de chambre, (non ce n’était pas Nafissatou Diallo)  par exemple, si c’était par hasard qu’ils étaient nus tous les deux, ou bien quelles précisions croustillantes sur l’anatomie de la demoiselle etc.  Mille détails et milles questions dont ils connaissaient les réponses mais qui embrouillaient l’oncle Paul. Pour corser le tout ils lui offraient immanquablement du nougat mou (de Montélimar, bien sûr, ma promesse est tenue). Vous allez me demander pourquoi ? Parce que l’oncle avait un dentier, je dirais même un dentier baladeur, ce qui est incompatible avec la consommation de caramel ou de nougat. Et à chaque fois, ça marchait, le malheureux avait du mal à articuler, s’embrouillait encore plus, d’autant que les deux neveux farfelus faisaient semblant de ne pas comprendre et lui demandaient de répéter. De temps à autre l’oncle devait retirer son appareil pour le nettoyer, mais, à peine l’avait-il remis en place qu’il se voyait proposé aussitôt un nouveau morceau de nougat, qu’il ne refusait pas, tant il était gourmand.

 

nougat

L'oncle Paul avec sa casquette au départ de la Micheline

 

A la fin des vacances, il nous escortait avec le reste de la famille jusqu’à la gare, où nous prenions la micheline de La Compagnie de Provence, qui nous conduisait à Nice, prélude à notre retour dans le grand Nord, par le Paris- Lyon-  Méditerranée de la SNCF. Dans le train tandis je rêvais des farcis à la niçoise de ma grand-mère, de sa tourte aux blettes et de ses tartes aux confitures qu’elle portait cuire au four à bois du boulanger les jours de fête, mon père imaginait déjà ses retrouvailles avec l’oncle Paul l’année suivante. Pensait-il qu'un jour j'interdirai à Jeanne de lui offrir des Nougats ?.

 

22:16 Publié dans Souvenirs d'Enfance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nougat