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24/06/2016

Le Cimetière des Fous , Pour Clore......

Souvenirs de la maison des fous 1, Eluard 1943-9.jpgVoici le texte joint et les précisions apportées par Yves BALDRAN Pour clore sur ce cimetière : Ci-joint le poème "le cimetière des fous" et le dessin qui l'illustre signé par Vuillamy (illustrateur et gendre de Eluard) tels qu'ils figurent dans l’édition originale "souvenir de la maison de fou" en 1945.
Pour la petite histoire, est enterré dans ce cimetière, un résistant décédé de ses blessures dans les combats des maquis d'Auvergne (au Mont Mouchet). il était soigné clandestinement à l'hôpital en 1944. Il n'y a pas de plaque pour identifier sa tombe. Je ne connais pas son nom !
Il y a aussi dans ce cimetière la tombe des parents et de la tante de François Tosquelles, médecin historique de l'hôpital.
Comme vous dites des religieuses qui travaillaient à l'hôpital (plusieurs décès en 1936 à la suite d'une épidémie de Tytphoïde.) Entre 2000 et 3000 malades mentaux sont enterrés dans ce petit espace. Ce cimetière à été crée vers 1880 pour que les malades décédés "soient enterrés dignement" contrairement à ce qu'était la situation dans le cimetière de la commune.
Il n'est plus utilisé depuis les années 1980
Yves Baldran


Je remercie Yves BALDRAN qui m'a fait parvenir ces précisions avec ce dessin et cette photo du "cimetière des fous" datant de 1943, comme Paul ELUARD l'a chanté et tel que je l'ai connu. (Voir les notes précédentes.)

Sur le même sujet, j'ajoute ces deux liens qui m'ont été envoyés par CAMINAREM, en le remerciant

Le
Cimetière des gueules cassées de Cadillac 

Philippe Poisson- De L'Hôpital des fous au cimetières des oubliés

Cimetiere_des_fous_hiver_.jpg

17/06/2016

Visite à l'Hôpital de Privas (2008)

Lorsque nous sommes entrés dans la grande salle commune du service de soins, il a levé la tête, nous a-t-il reconnu ? Son visage n’a marqué ni surprise, ni joie mais une sorte d’indifférence, peut-être de la lassitude ou de la résignation, Oui de la résignation, celle qui l’habite depuis 18 mois, quand sa main l’a trahi, quand elle a refusé de lui obéir, de tracer ces traits magiques qui devenait un visage, une caricature, un paysage, cette main qui lui avait permis de briller en société, de monter des petits spectacles au cours desquels il croquait les spectateurs sur une feuille de Paperboard. De tout temps, partout où il était passé, il était « l’artiste », y compris à la résidence pour personnes âgées où il était venu se réfugier après la mort de son épouse en 2003. Il animait les fêtes, participait à la décoration de Noël, de temps en temps il partait en stage « d’aquarelle » ou à Paris, visiter une exposition de peinture.
C’est au retour d’un de ses séjours parisiens que son épaule s’est rebellée après 82 ans de bons et loyaux services, entraînant avec elle cette main qu’il a cherché à reconquérir, mais en vain.
Cette trahison le privait de sa principale raison de lutter, il ne pouvait plus ni dessiner, ni conduire, ni être complètement autonome. Au statut d’artiste il substituait celui d’invalide, s’enfonçant avec complaisance dans la dépendance aux autres jusqu’au jour où le piège s’est refermé sur lui.
Il y a dix jours, lorsque nous étions venu avec mon frère Jean-Claude, il parlait encore de politique, de Sarko, il lisait son « Canard Enchaîné » que nous lui avions acheté. Aujourd’hui, nul désir, juste un élan de rébellion pour déclarer « je m’emmerde ici ». Et puis il s’est endormi sur son fauteuil roulant, peut-être faisait-il semblant, pour que l’on parte, qu’on lui « foute la Paix ».
Ce soir, pour clore cette lettre, je vais ressortir un dessin vieux de près de soixante ans. Tu l’avais griffonné, sur une feuille de cahier d’écolier quelques jours après ma naissance, je suis dans les bras de ma mère, derrière elle, il y a Léontine, ma grand-mère qui a elle-même accouché sa fille dans la salle à manger de la maison. Jean-Claude joue avec un chien aux pieds de Benjamin, le vieux paysan du Mercantour, chauffeur du train des pignes à coté de qui tu t’es représenté.
Je n’ose même pas te dire « Bas-toi ! »

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22:09 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (0)

10/06/2016

Fous de tous les pays unissez-vous !!!

J'ai recherché sur Google Earth l'emplacement du cimetère des fous que j'évoque dans une note précédente, j'ai découvert que la nécropole avait disparue remplacer par un jardin des souvenirs.

preview35.jpgLes croix de bois ont disparues remplacées par une stèle , seules des croix de pierre demeurent , celles de religieuses, une de ces croix à sa plaque émaillée, les fous ont été chassés de leur propre cimetière!!!!
Peut-être dois-je m'estimer privilégié de l'avoir vu tel que Paul ELUARD l'a chanté.

03/06/2016

Punition, Religion, Informations.

La vie en Internat dans les années soixante (deuxième partie)

En ce temps là, braves gens Jésus dit aux apôtres………..non, je déconne…En ce temps là, ( au début des années 60) les internes étaient contraints de rester dans l’établissement un dimanche sur deux, et le mercredi se passait au bahut. Le Dimanche matin, il y avait la messe. Lorsque ce n’était pas un Week-end de sortie je n’avais pas de problème, comme quelques autres je n’y allais pas et nous passions notre temps en étude à jouer aux cartes. Par contre les jours de colle, ça n’allait plus. J’étais parfois le seul à vouloir rester au lycée, et les pions n’appréciaient guère la chose, j’étais l’empêcheur de prier en rond, et je fus contraint un jour de me rendre à la cathédrale motivé par quelques coups de pied au cul.
Je m’en plaignis à mes parents qui se plaignirent à leur tour au principal, Monsieur CHEVALEYRE, homme fort brave au demeurant, grand défenseur de la laïcité, mais quelque peu dépourvu devant la ferveur « religieuse » de ses maîtres d’internat.
En gros, il nous répondit qu’il pouvait effectivement exiger qu’un pion reste pour me surveiller et veiller à ce que personne ne me conduise de force à la messe, mais, dans mon propre intérêt, ne valait-il pas mieux faire profil bas car il ne pouvait pas garantir que certaines représailles ne puissent s’exercer à mon encontre, et qu’en résumé, si PARIS valait bien une messe pour un roi de France, ma tranquillité personnelle en valait bien autant. D’autant conclut-il que le meilleur moyen de ne pas être embêté par ce problème c’était d’éviter d’être collé. (Merci du conseil !)
Le message avait le mérite d’être clair et je dus me résoudre à en tirer les enseignements. C’est ainsi qu’un beau dimanche de colle je pris avec les autres punis la direction de la cathédrale basaltique de Saint FLOUR, monument magnifique mais quelque peu austère voir sinistre à mon goût.
Nous étions libres de nous placer où nous voulions, je restais donc au fond près du porche d’entrée que je re-franchisais rapidement, partant du principe que j’avais bien le droit d’avoir envie de me rendre aux WC et que c’était bien malheureux que des lieux d’aisance ne soient pas aménagés en sous-sol de ces édifices religieux. Je n’étais pas le seul à être pris d’une telle envie, d’autres élèves, et même des pions s’éclipsèrent discrètement pour se rendre aux seuls endroits pourvus de toilettes, c’est à dire les cafés et autres débits de boisson qui cernent le parvis de la cathédrale. (Je compris ce jour là, que la fervente piétée de certains n’était pas très sincère) Nous étions bien entendu, obligé de consommer pour avoir droit d’utiliser les sanitaires, et tout en sirotant ma menthe à l’eau je dévorais Paris Match et les quotidiens régionaux mis à la disposition de la clientèle, me tenant ainsi informé de cette actualité que le lycée tenait tant à nous cacher. Les journaux étaient strictement interdits, ainsi que les postes radio à transistor qui en étaient à leur début et de toute façon, bien trop cher et bien trop gros pour passer inaperçu. Il ne fallait pas compter sur le peu d’externes et les quelques demi-pensionnaires pour en savoir plus. J’appris l’odyssée du premier homme dans l’espace, Youri GAGARINE, par une lettre de mes parents remise comme tous les courriers au repas de midi. Je partageais cette information à mes compagnons de table qui se moquèrent de moi, « Un homme dans un satellite, c’était impossible ». Nous nous sommes tournés vers les autres, sans plus de résultats, pourtant si mes parents l’avaient écrit, c’est que ça devait être vrai. Il ne nous restait plus qu’à questionner nos rares externes dont l’un d’eux consentit à nous confirmer la nouvelle qui remontait déjà à une bonne semaine, et qui fit aussitôt le tour de la cour des garçons.
Dans n’importe quel lycée de France un tel événement avait dû être commenté en cours par les professeurs. Pas à Saint FLOUR, il existait deux mondes hermétiques le dedans et le dehors.
Une fois, une seule fois pourtant, nous vécûmes l’actualité en direct. Pour la première et dernière fois en trois ans je vis un poste radio « transistor » sorti au grand jour dans notre cour. Nous étions tous agglutinés autour, même les pions qui auraient dû normalement confisquer illico cet objet délictueux. Nous étions le 19 Mars 1962, la guerre d’Algérie venait de prendre fin.
Elle faisait partie de notre vie, du plus loin que remontait ma mémoire je l’avais connue, nous avions tous vu partir des frères, des cousins, des voisins, nous avions tous craint pour eux, mais aussi pour nous car fatalement, un jour nous partirions. Elle était notre passé, elle était notre présent, elle devait inexorablement être notre devenir. Par elle, j’ai compris la notion de relativité du temps, le bac nous paraissait très loin, tandis que l’Algérie se ruait vers nous afin de nous anéantir