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28/01/2016

Jean-Claude et la truite enchantée

Connaissez vous Saint ALBAN sur Limagnole ? Moi oui car du temps de l’errance de mes parents nous avons résidé trois ans dans ce gros village de Lozère qui a (entre autre) la particularité d’avoir été le théâtre au 18ème siècle des exploits de la redoutable bête du Gévaudan. Elle osa même, à deux reprises, remonter tranquillement, et en plein jour, la rue principale jusqu’au pied du château de pierre rouge où elle s’allongea « comme un chien qui attendrait son maître » d’après les témoins de la scène. De là naquit la légende selon laquelle le bien triste sire et très méprisable Comte Jean François- Charles de MORANGIÈS, fils du seigneur des lieux, en était le maître et Jean CHASTEL le meneur, mais ceci est autre histoire que je vous narrerai un autre jour.
Donc en cette époque là, (non pas celle de la bête, mais celle du général), durant les vacances de l’été 1961, je transmis à Jean-Claude les subtilités de l’art de la pêche à la main à laquelle j’avais moi-même été initié pendant les promenades du mercredi par mes camarades d’internat. (Ce qui prouve que je n’ai pas complètement perdu mon temps pendant mes études). Mon « Nano » y prit rapidement goût. Vairons et goujons n’eurent qu’à bien se tenir aux premiers jours de Juillet.
Avec le succès, l’ambition vint à mon frère, il délaissa la menue friture pour la reine de la rivière : la Truite, alors que moi, je restais fidèle à la bonne vieille canne à pêche. Nous partions cependant en expédition ensemble, remontant la Limagnole, Jean Claude me précédant qu’une cinquantaine de mètres. Un après midi, nous étions arrivés à proximité du chemin reliant Saint ALBAN au moulin du Franquet lorsque j’aperçus deux motos arrivant au ralenti. Il était trop tard pour prévenir mon frère, les gendarmes s’arrêtèrent sur un petit pont pour l’interpeller quand il les vit enfin. Nous pêchions normalement aux vers d’eau que nous trouvions accrochés dans une coquille sous les pierres de la rivière et Jean-Claude, qui n’avait pas encore pris une seule truite, aurait eu beau jeu de prétendre qu’il ramassait ces fameux vers afin de m’en fournir. Au lieu de cela, ce « couillon » prit ses jambes à son cou et s’enfuit à travers champs. Les pandores ne s’affolèrent pas, ils l’observèrent aux jumelles puis repartirent.
Mon frère, fit un long détour pour revenir chez nous, tout sourire, heureux de l’exploit qu’il venait d’accomplir en semant des gendarmes…..qui l’attendaient tranquillement à la maison, car il faut vous préciser que nous habitions à coté de la gendarmerie et qu’ils n’avaient eu aucune difficulté à le reconnaître.
En s’enfuyant, Jean-Claude n’avait pas que commis un délit de fuite, il en reconnaissait implicitement un autre, celui de braconnage. Insensible au fait qu’il s’agissait d’une « gaminerie » les gendarmes décidèrent de faire suivre l’affaire qui s’annonçait donc très mal. Heureusement mon père fit intervenir son cousin, Jacques SALOMON, jeune capitaine de gendarmerie à SENLIS, ce qui n’était pas rien à l’époque, mais qui était aussi très connu, à l’échelon national, pour quelques interpellations à hauts risques où il avait fait preuve d’un sang froid et d’un courage à toute épreuve. Les gendarmes de Saint ALBAN, pourtant à cheval sur le règlement, n’hésitèrent pas à s’incliner face à l’intervention de ce gradé promis à très bel avenir. Colonel, commandant une brigade anti-Banditisme, il se reconvertira à la retraite comme responsable de la sécurité du Crédit Lyonnais pour la région parisienne c’est tout dire.
Jean -Claude s’en sortait bien, mais renonça à tout jamais au plaisir de la pêche à la main

15/01/2016

Les sorcières de ROUFFACH

 

 Il y a-t-il des gentilles sorcières me demandait Ginette lors de ma dernière note. Oh que oui !!!  Et voici Pourquoi:

flutes.jpgCe petit texte figurait en avant propos, d’un rapport de stage rédigé en 1997 après un séjour de trois semaines en Alsace pendant ma formation de Cadre- Infirmier. Il était même illustré par un dessin de mon père.
Si l'on devait donner à l'ALSACE le titre de "Pays des sorcières", ROUFFACH en deviendrait certainement la capitale.
Vers la mi-Juillet, cette petite ville consacre à ces personnages une très grande fête. Il y a aussi à ROUFFACH un bâtiment qui porte le nom de "Tour des sorcières" et au pied du quel se trouve un restaurant décoré de mannequins à leur effigie.
Pourtant celles qui donnèrent leur nom à ce monument n'avaient que très peu de rapport avec ces personnages de légende juchés sur leur balai. Car, elles étaient des êtres de chair et de sang, et les séjours qu'elles effectuaient dans la tour de ROUFFACH n’avaient rien ni de touristiques, ni de gastronomiques. C'était ici qu'elles étaient soumises à la question, torturées, emprisonnées avant d'être conduites à la potence et au bûcher.
Ces femmes, victimes de la bêtise humaine, étaient les ancêtres des infirmières. C'était des guérisseuses qui savaient panser les plaies de l'âme et du corps. C'est à elles que les autres femmes confiaient leurs peines, leurs amours, leurs inquiétudes et leurs angoisses face à la sexualité et à la maternité. Le planning familial, la conseillère conjugale, la psychothérapeute, la sage femme ce sont les "sorcières" qui les ont incarnés au Moyen-âge, et c'est l’IVG qui a souvent servi de prétexte pour les livrer au bourreau. Bien sûr ,parfois ..,souvent ..,ce n'était que remèdes de "Bonnes Femmes", mais l'ignorance des "sorcières" n'avait rien à envier à celle des Médecins de l'époque et de l'expérience des unes et de celle des autres sont nées science et conscience de leurs successeurs.
C'est parce que je rejette l'intolérance et ses cortèges d’inquisiteurs que je me permets, Mesdames les sorcières, de vous rendre cet hommage profondément sincère et de vous demander de veiller sur nous, infirmiers d’aujourd’hui, mais aussi et surtout parce qu’ils en auront grand besoin, de veiller sur les infirmières et infirmiers de demain
.

 

12/01/2016

Non, je n'écrirai pas aujourd'hui !!!

 

Aujourd’hui, je ne sais pas quoi écrire, « Tant mieux, ça me fera une excellente occasion de me taire, et ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre », non mais !!!!! Faut bien que j’offre un petit cadeau à mes détracteurs !!! Juste un instant de silence sur mon blog, uniquement pour eux, pour leur faire plaisir, ça leur fera des vacances.

C’est vrai, on adresse nos vœux à tous nos amis, à la famille, on leur souhaite plein de bonne chose, mais on oublie complètement ceux qui ne nous aiment pas, c’est indigne, mesquin et bien triste ce manque de sollicitude à leurs égards . Nous devrions créer une journée du désamour,

Comment ? Bon d’accord, vous avez raison, si on en croit la télé ce sont tous les jours qu’à travers le monde les hommes se haïssent, pour un bout de terre, une rayure sur le capot de la voiture, un regard de travers, un dieu «  que le mien c’est le vrai, le seul, l’unique ». J’en passe et des pires.

Mais il n’empêche, que l’on pourrait une fois par an, leur adresser un petit message de sympathie à nos ennemis du quotidien, une petite lueur d’espoir,  « je ne t’aime pas, mais aujourd’hui je vais faire comme si… »

À savoir, peut-être que ça changerai le monde.  Tiens par exemple, la contractuelle qui verbalise à tour de bras sur le boulevard, sans aller jusqu’à lui rouler une pelle devant tout le monde, tu pourrais simplement lui dire, pour une fois, au lieu de lui adresser un sourire narquois:  « Bonjour Madame, fait pas chaud ce matin !!! » . Je suis sûre qu’elle te répondra gentiment.

Tu ne me crois pas ? Un autre exemple, du vécu celui-là, Dans mon quartier, il y a un gars, un authentique prototype du connard, même que le bon Dieu il a pris peur et qu’il a cassé le moule. Quitte à créer une catastrophe, il a préféré inventer la Grippe « A » plutôt que de cloner mon bonhomme. On à bosser trente ans dans la même boîte, impossible de s’entendre avec lui, à la fin je ne lui adressais même plus la parole, depuis , quand je le croisse dans la rue ou au supermarché, on se toise sans se saluer. Et bien tu me croiras si tu veux, mais l’autre jour, j’allais en ville avec mon petit Camping-car, et je m’apprêtais à tourner à gauche, quand je l’ai vu arriver en face en vélo. Il avait la priorité, mais prudent il s’est arrêté car j’avais déjà amorcé ma manœuvre. Moi, tu me connais, respectueux du code de la route je stoppe et je lui fais signe de passer, il avance, et brusquement il me reconnais, et interprète le signe de la main que je lui adresse comme un salut amical.

Et d’un coup, son visage s’illumine, et il me fait des grands saluts, qu’un peu plus il tombait de sa bicyclette !!!

La même chose avec un délégué du personnel, nous n’étions pas de la même centrale syndicale, et nous ne manquions jamais de nous étriper à chaque comité d’établissement en nous traitant de tous les noms d’oiseaux. Même quand nous faisions grève ensemble, on arrivait à se disputer en défilant. Pareil que l’autre, depuis que nous sommes en retraite tous les deux, dès qu’il me voit, il me lance des grands saluts et il traverse la rue pour serrer une main que jadis il rêvait de broyer.

Alors tu vois bien, juste une petite initiative pour détendre l’atmosphère, ce n’est rien mais ça ne peut être que positif. Par exemple, aujourd’hui, je n’écrirai pas la moindre ligne pour faire plaisir à ceux qui n’apprécient pas mes écrits. 

C’est simple non ?????

 

 

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22:36 Publié dans Historiette | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : humour

08/01/2016

Mon premier acte militant.

Je ne sais pas si c’est une marque de précocité dans la prise de conscience politique mais j’avais 10 ans à peine quand je fus sensibilisé par l’affaire Caryl CHESSMAN sans pour autant que le sujet ne soit évoqué à la maison, si n’est par l’initiative que je pris un soir.
Caryl CHESSMAN était un petit voyou américain parmi tant d’autres. Son destin bascula une nuit, à la fin des années quarante, quant il fut arrêté pour une agression sexuelle n’ayant pas entraînée la mort de la victime, acte qu’il nia toujours et pour lequel il fut pourtant condamné à la chambre à gaz en vertu de la loi Lindbergh sur les kidnappings.
Douze ans plus tard, il attentait encore son exécution dans la cellule 2455 du couloir de la mort de la prison de Saint QUENTIN. Entre temps, il était devenu un écrivain célèbre, ses livres évoquaient sa dérive vers la délinquance, et cette attente interminable, de pourvoi en cassation en rejet de grâce, et en report d’exécution.
J’étais choqué, d’une part que l’on puisse condamner un homme à mort, sans même avoir la preuve de sa culpabilité, et par cette situation de « double peine » imposée aux prisonniers US, la mort après une longue captivité en milieu carcéral.
Je décidais d’agir, je déchirais les pages d’un petit calepin, et j’écrivais sur chacune d’entre elles, au crayon rouge, « Il faut sauver Caryl CHESSMAN ». Ce fut ma première distribution de tract, un soir au retour de l’école (j’avais dix ans). J’introduisis mes petits bouts de papier dans les boites aux lettres du voisinage.
Un voisin m’avait aperçu, et vint se plaindre à mon grand-père qui me convoqua dans son bureau, pour me faire part de la plainte, précisant que la personne en question n’avait pas apprécié que je dépose des papiers illisibles dans son courrier.
Je promis de ne plus recommencer, mais le sourire que mon grand-père afficha pendant son petit laïus me convainquit qu’il avait parfaitement décrypté mon message et qu’il était peut-être même un peu fier de mon acte « militant ».
En Juillet 1960, deux mois à peine après l’exécution de Caryl CHESSMAN, j’étais à CHELY d’APCHER, chez le coiffeur, quand je lus, dans Paris Match, le récit de l’exécution, à PARIS, d’un petit malfrat, Georges RAPIN, surnommé « Monsieur Bill » car il était issu d’une « bonne famille ». Il avait été condamné à mort pour le meurtre d’une danseuse, (j’ai longtemps imaginé qu’il s’agissait d’une étoile de l’opéra avant de comprendre que c’était en fait une strip-teaseuse), la morbidité de cet article, le témoignage du bourreau, fier d’avoir fait proprement son boulot, me choqua, je compris ce jour là, que la société s’abaissait au même niveau que le criminel qu’elle éliminait et que cela était indigne de « l’HOMME » avec un grand « H ».
A onze ans, sans avoir subit la moindre influence de la part de ma famille j’étais devenu un inconditionnel de l’abolition de la peine de mort.

A mon cousin François

 

 

 

 

Et mon corps a envie

De dessiner une note

De l'autre côté de mon corps

Une note bleue

Dans l'espace liquide

Aux confins du soleil

Aux bordures des arbres

Dans l'horizon des oiseaux

Une note pour vivre enfin

A côté des destins de matières

Et s'aiguiser les yeux

Aux lisières des choses

 

François Renoux (1950-2009)

 

François RENOUX-91015 02 (1).jpg

 

François Renoux (1950-2009) Autoportrait

 

http://www.deezer.com/listen-882625 

 

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06:53 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : deuil.