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06/08/2014

Jean RENOUX-Lettre de Guerre 6 Août 1914

Verdun le 6 Août 1914

 

Chers Parents

 

Je crois que mes prévisions étaient justes. Je suis pardi Dimanche matin à 9 heures après avoir dit au revoir à Emile [1]et tous les amis de Paris. Je suis arrivé à Verdun le lendemain à 2 h ½ du matin après un voyage de 14 heures. Ici j’ai retrouvé tous mes anciens copains et nous étions heureux de trouver des figures de connaissance. Je suis parti de Paris sans papier à lettre de sorte que je ne pouvais pas vous donner de détails. Maurice [2]vous a peut-^être donné de mes nouvelles je lui ai envoyé une carte sans lui mettre mon adresse. De même pour vous je ne peux pas vous donner d’adresse. Je suis resté lundi et mardi au fort de Lachaume qu’était pris par des artilleurs nous avons couché dans les gaines du fort sur le carreau pendant deux nuits, nous étions pas trop mal nourris, il ne faut pas être trop difficiles. Hier réveil à 3 heures pour partir à 6 heures ½dusoir pour revenir sur Verdun pour coucher à la belle étoile, nous avons juste eu du pain, jamais je n’ai eu aussi froid de ma vie. Malgré tout cela le moral est bon, la seule chose qui nous ennuie c’est que nous n’avons aucune nouvelle. On a tué ce matin à la gare un espion allemand et lundi matin 150 uhlans sont arrivés encerclés par des chasseurs à pied. Les hommes sont à Verdun et les chevaux sont partis à Châlons Nous devons partir demain ou après demain plus en avant de la frontière, l’ennui nous prend à rester inactifs. Les officiers sont très bons pour nous et partagent notre sort. J’espère pour vous que la santé est bonne. Le coup a du être dur pour Maman. Avez-vous eu des nouvelles de Félix, il a du partir aussi mais où ? Nous voyons passer des trains venant de Paris, il en passe toutes les 10 minutes, ce sont des troupes du centre. On m’a dit que le 13ème Corps arrivait à Verdun. On dit aussi que le général d’Amade[3] est renté dans Mulhouse avec deux corps d’armée, je ne crois pas qu’il y ait eu d’action décisive encore. Que d’hommes à cette frontière on ne peut imaginer un tel tableau, les hommes, les bêtes pas ou peu d’habitants, c’est tout ce que l’on voit. J’ai pris mon vélo et attend d’être embauché[4]. Je me demande chers parents de vous tranquilliser à mon sujet, si vous n’avez pas souvent de nouvelles c’est que le temps manque et plus nous avancerons moins souvent je pourrais faire de lettre. Maurice arrivera probablement ces jours ci auprès de vous.

Emile est peut-être par ici, mais nous ne pouvons pas bouger, plus de vin seules les vaches qui doivent être abattues nous donnent du lait.

Je vous quitte chers parents en vous embrassant affectueusement et en vous disant au Revoir.

Pour l’instant je suis au 165ème Régiment  d’Infanterie Compagnie Hors cadre à Verdun mais demain je serais peut-être autre part.

Bons baisers à tous.

J. RENOUX

 



[1] Emile RENOUX second de la fatrie de quatre enfants – Félix, Emile, Jean et Maurice

[2] Maurice RENOUX, le quatrième frère.

[3] Mulhouse fut prise lors de l’offensive du 6 Août par le général BONNEAU puis perdue, reprise fin Août, elle fut l’objet d’un repli stratégique et devra attendre le 11 Novembre 1918 pour redevenir Française.

[4] Jean RENOUX espérait être embauché comme « cyclo » de la compagnie, vraisemblablement « estafette ». Il avait amené, dans ce but son vélo avec lui à VERDUN.

14:04 Publié dans Famille, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre 14 18

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