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31/07/2014

Carnet de Route d'un soldat la guerre de 1914-1918

En hommage aux soldats tombés entre 1914 et 1918, je vais diffuser chaque jour les notes prises par mon grand oncle Jean au cours des premières semaines de la guerre jusqu'à sa blessure et son évacuation vers les hôpitaux militaires

J’ai longtemps crû que mon grand-père n’avait eu que deux frères, d’abord Félix qui avait la particularité d’être deux fois mon Grand-oncle puisqu’il était aussi le mari de Marcelle la sœur de ma Grand-mère, lui je le connaissais bien car il demeurait à une dizaine de kilomètres de la maison de mes Grands-parents où nous vivions tous ensemble . Ensuite il y avait Emile.

A la fin des années cinquante, mon Grand-père m’a amené avec lui à CHATEAU-THIERRY pour y visiter son frère Emile, j’ai depuis décidé unilatéralement que ce jour fut le 30 juin 1958.
Après le repas, au lieu de retourner directement chez nous à CLERMONT DE L’OISE, nous nous sommes rendus près d’un petit village au bord de la Marne. C’était la campagne, au milieu des champs se trouvait un enclos qui a évoqué en moi le muret d’un jardin comme celui de mon Grand-père maternel à PUGET-THENIERS, nous y avons pénétré par une petite porte métallique. L’oncle Jean nous y attendait dans la première allée sur la droite. Quarante ans plus tôt, le 30 juin 1918, un obus allemand lui avait ôté la vie quelques jours avant le début de la seconde bataille de la Marne et de la contre- offensive victorieuse des armées alliées.
Il est difficile d’imaginer ce qui peut se passer dans la tête d’un enfant de neuf ans en découvrant l’univers d’un cimetière militaire, mais ce que j’y ai compris ce jour-là est resté à jamais gravé dans ma mémoire. Pour la première fois, je prenais conscience des horreurs de la guerre, ce n’était plus un jeu de cour de récréation, les morts étaient là à mes pieds, ils ne le lèveraient pas au coup de sifflet du maître pour retourner en classe.
Je me souviens d’avoir questionné mon Grand-père sur cet oncle dont je découvrais à la fois l’existence et la disparition, je ne sais plus comment cela vint dans la conversation, mais il me dit qu’à la fin de la guerre il était venu reconnaître son frère. Cela me frappa, pour moi, on reconnaissait quelqu’un dans la rue et on le saluait, mais un mort, comment reconnaît-on un mort ? « A sa façon de lasser ses souliers et à son cuir » me répondit mon grand-père. Son cuir ? Jean avait donc un blouson de cuir sur lui lorsqu’il a été tué ? Pendant des années cette phrase tournicotât dans ma tête avant que j’en comprenne de sens.
Pendant un long moment nous avons parcouru les allées de ce cimetière, j’allais d’interrogation en interrogation, pourquoi toutes ces tombes de soldats « inconnus » et puis ces tumulus où reposaient collectivement tant d’hommes dont on ne pouvait lire que les noms de certains d’entre eux, mais pas de tous.
Mon Grand-père m’expliqua alors le sinistre « décompte » des corps sur les champs de bataille, ceux qui étaient entiers, identifiés ou non, et qui avaient droit à une tombe individuelle et puis tous ces débris humains, ces ossements dispersés par les obus, laissés des mois et des mois sans sépulture, que l’on collecte une fois les combats finis. En triant les mains droites d’un coté, les mains gauches de l’autre, et ensuite les pieds, les crânes, les bras, avant de faire le macabre total de tous ces morceaux, si le chiffre le plus élevé est celui des pieds, on considérera que l’on a retrouvé un nombre équivalent d’hommes tués dans le secteur où on a collecté ces restes humains. Mais alors pourquoi y a-t-il quelques noms sur les tumulus ? Parce que parfois, me précisa mon Grand-père, une gourmette sur une main, un portefeuille dans la poche d’un torse, permet de dire que le corps de tel soldat porté disparu se trouve parmi ces restes.
Longtemps j’ai essayé d’imaginer cet oncle, lorsqu’on est enfant, on ne peut se référer qu’à ce que l’on connaît, si Jean était le frère de mon Grand-père, il ne pouvait que lui ressembler, ou bien à Félix ou Emile, c'est-à-dire que je le voyais comme un vieux monsieur, dans son uniforme et sa veste de « cuir ». J’avais retenu aussi de son histoire, qu’il était important d’avoir une façon bien à soi de lacer ces chaussures, je me suis mis à la recherche d’un laçage qui diffère des autres, et bien des années après, quand vint mon tour de partir à l’armée, j’ai lacé mes souliers « autrement », c’était vraiment symbolique car personne dans ma famille ne le savait. Le temps passa, j’oubliais presque Jean, lorsque très récemment, c'est-à-dire dans les années 90, je découvris sa photo, ce fut un choc, oui, il ressemblait à mon grand-père, mais avec un demi siècle de moins, je réalisais qu’il était plus jeune que moi, figé dans une éternelle jeunesse que la guerre lui avait volé. Comme la photo était en pied, j’ai aussitôt regardé ses souliers, et je dus admettre qu’effectivement, son laçage n’était pas des plus courant, et assez éloigné (hélas) de ceux que j’ai pu adopter au cours de ma vie.

J

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Jean RENOUX (avant la guerre)

 



 

 

 

30/07/2014

Le récit de mon Grand père sur le début de la guerre de 14-18

« Un certain Jeudi, le 30 Juillet 1914, alors que nous nous rendions au magasin vers 9H, mon frère Jean acheta son journal en passant près d’un kiosque. Tout en marchant, sur le trottoir, à coté de moi, il ouvrit son journal. Brusquement, il s’arrêta pile: Un titre “Mobilisation générale en RUSSIE”, lui fit comprendre que les événements dont on parlait très peu depuis l’assassinat de l’Archiduc d’AUTRICHE prenaient une tournure dramatique pour nous. Nous n’étions pas préparés du tout à ce qui allait suivre.
Quand je dis “nous”, je veux dire la plupart des gens, car on ne croyait pas du tout à la guerre ; Pourtant, depuis le début du siècle quelques alertes sérieuses auraient pu nous inciter à nous méfier. Il est bien certain que dans les sphères gouvernementales les dirigeants étaient très attentifs.
Nous étions alliés avec la RUSSIE et “l’entente cordiale” régnait entre l’ANGLETERRE et nous (les livres d’histoire relatent cela très bien).
Arrivés au magasin la conversation roule sur cet événement et chacun interpellait son collègue pour lui demander quand il partait. Nous nous attendions à apprendre que la FRANCE, à son tour, prendrait des précautions et mobiliserait son armée. Je savais que mon frère Jean devait partir “immédiatement et sans délai” dès que le jour de la mobilisation serait connu. Nous allions voir notre frère Émile, le soir même, et nous entrâmes rue RAMEAU, attendant la suite des événements.
Ce n’est que le 1er Août à 11H environ, alors que nous étions tous les deux en train de boire notre café dans un petit bar, qu’un client arriva au comptoir et dit au patron “Ce coup-ci ça y est ! Les affiches sont posées au Ministère de la Guerre”. La mobilisation générale étant ainsi fixée au Dimanche 2 Août à 0hoo ; Mon frère devait rejoindre le 165ème Régiment à VERDUN. Comme il était prescrit, sur son fascicule de mobilisation, qu’il devait se procurer une paire de brodequins militaires, qui lui serait remboursée, il s’empressa d’aller au plus près (chez MANDFIELD) et nous allâmes dire “au revoir” à notre frère Émile qui ne partait que quelques jours après à CHALONS SUR MARNE, rejoindre son régiment au 5ème chasseurs à cheval. De son coté mon frère Félix rejoignait le 113ème Régiment à BLOIS. Le Dimanche je partis avec Jean à la gare de l’Est et je fus témoin de l’enthousiasme des réservistes... Quelques jours plus tard, j’en fis autant pour mon frère Émile. J’allais le chercher chez lui, Avenue Victor HUGO. Il était en tenue militaire de l’époque : tunique bleu ciel, pantalon garance, Képi rouge et bleu. Quand il sortit de l’immeuble les passants crièrent “VIVE L’ARMÉE” et mon frère répondit “VIVE LA FRANCE” ! Ces deux cris reflétaient bien le sentiment général du moment, mon frère avait cru devoir faire passer la FRANCE avant 1’ARMEE.
Il avait été bien convenu avec mes frères que je devais retourner chez nos parents mais il me fallait attendre que les trains puissent amener les civils après la mobilisation. Je crois me souvenir que je partis le 19 Août et le voyage PARIS- CLERMONT FERRAND dura une nuit et une partie de la journée.
Enfin, je me retrouvais en famille dans l’angoisse générale de ce qui allait se passer. »

18/07/2014

La piquette de Benjamin (Dédié à Saadou) réédition

Et si nous nous prenions une petite piquette ? Non, je ne vous parle pas du résultat du prochain match de l’équipe de France, ma piquette à moi, c’est la boisson, et ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas d’un mauvais vin, (bien que…..) même si par extension c’est ainsi que l’on désigne la bibine dans notre parler populaire.
J’en vois qui se disent, « Mais de quoi il nous cause le vieux loup ? Quézaco sa piquette ? ». Je suis sûr que la sorcière de Najac a déjà deviné que j’allais en profiter pour parler d’autre chose, comme d’habitude……
Donc, puisque vous y tenez, je vais vous conter l’histoire de mon grand-père Benjamin et de sa petite vigne, perchée à flan de coteau, au fond d’une vallée du Mercantour. Rien qu’avec ça, vous avez déjà une idée du vin qu’il pouvait obtenir, « perchée au fond d’une vallée ». Pourtant comment dire autrement, pour y accéder, il fallait se livrer à une bonne grimpette, mais, même au sommet de la vigne, nous étions encore écrasés par la pente abrupte des parois de la Montagne, et l’étroitesse des rives. L’Hiver, le Soleil n’arrivait pas à atteindre les toits du village (il n’y arrive toujours pas d’ailleurs, malgré de réels efforts ces dernières années et les promesses répétées d’Etrosi …. mais que fait de Sarkozy !)
Autant dire que le taux de productivité de la vigne de Benjamin n’était pas très élevé, presque aussi riquiqui que le terrain sur lequel elle était plantée. Heureusement la chaleur du mois d’août permettait au raisin d’avoir une maturation suffisante pour donner au vin un petit goût sympathique qui justifiait à lui seul les efforts de mon grand-père. A plus que quatre-vingt ans, comme dans la chanson mon vigneron de Pépé montait à sa vigne, la sulfateuse sur le dos et « l’aissade » à la main. Parce que, faut-il le rappeler, à cette époque on ne prenait pas le quad ou le 4x4 pour aller passer le motoculteur au jardin. Nos anciens cheminaient à pied, le matériel sur le dos et les mauvaises herbes ne rendaient l’âme que sous les coups de la binette maniée à la main. S’il connaissait l’existence des désherbants et des pesticides, c’est uniquement parce que Benjamin était un lecteur assidu de « La Terre ».
La récolte (descendue à dos d’homme, s’il vous plait) était destinée uniquement à la consommation de la famille, cependant vous vous doutez qu’il était bien rare qu’elle permette de faire la « jointure » d’une année sur l’autre, c’était même exceptionnel. C’est ainsi que, comme beaucoup de petits paysans de montagne, mon grand-père était contraint de faire de la piquette. La recette n’est pas compliquée, une fois le moût tiré pour confectionner le vin, on récupère le marc auquel on ajoute de l’eau et un peu de sucre. On remet à fermenter et on obtient cette boisson qui a les apparences extérieures du vin mais qui n’en est pas. Les « bonnes années », quand la récolte était bonne, et qu’il n’était pas nécessaire de faire une grosse quantité de piquette, ça pouvait encore aller, beaucoup de marc, pas trop d’eau, le produit tant bien que mal tenait la route, il ne fallait pas chercher ni les parfums ni la robe ni autre chose, dans le meilleur des cas c’est presque imbuvable, et pourtant nos « vieux » s’en contentaient, ils l’emportaient au travail, gardant le bon vin pour le dimanche et les repas en famille. Par contre, lorsque le marc était peu abondant et qu’il fallait l’allonger avec une importante quantité d’eau, le résultat était triste comme un jour sans vin. Un peu comme les résultats de l’équipe de France.

11/07/2014

La Juva quatre du Diale

Les Années Soixante

Nos séjours à PUGET étaient l’occasion de participer ou plutôt d’assister, à de nombreuses fêtes votives. L’une des préférées de mon père était celle de LA CROIX, un village perché au-dessus de la vallée de la ROUDOULE, comme on en trouve dans le MERCANTOUR. La route, étroite et vertigineuse, grimpe à flan de ravin pour nous conduire dans un petit ensemble de maisons suspendues entre l’abîme et le ciel. Le soir de la fête un feu d’artifice illuminait les falaises et la vallée.
Une année, nous sommes montés avec la famille d’Alain, lequel commençait tout juste à fréquenter ma cousine Roselyne. Nous avions, les enfants, choisi de monter avec son père, Émile COMPAGNON, (plombier de son état), parce qu’il avait une JUVA Quatre RENAULT, dont la conception, je crois, était d’avant guerre. C’était l’ancêtre des fourgonnettes 4L, des express et autres C15. Nous étions entassés dans le coffre à l’arrière et nous effectuâmes les deux trajets, aller et retour ainsi.
DSCN4443 2.jpgLe soir, en se couchant, ce brave homme se redressa dans son lit et dit à sa femme, « J’ai passé une bonne journée » et il s’écroula, mort. Autant dire que dans une famille d’hystériques, niçoise de surcroît, on délira fort le lendemain, imaginant ces pauvres enfants partant dans le fin fond de l’abîme avec la JUVA Quatre et son conducteur mort au volant.
Aujourd’hui encore, un demi siècle après, on m’en parle encore, « Ah, c’est vrai que tu y étais dans la Juva le jour de la mort d’Emile !! »
Ce fut mon premier vrai enterrement, nous étions là pour la sortie du corps. J’avais assez peur, j’imaginais le cercueil, sinistre, entièrement noir, comme ils me paraissaient être dans nos films en Noir et Blanc, je fus surpris et même rassuré de voir ce coffre en chêne clair, bien verni, je ne pus m’empêcher de penser que finalement c’était « un beau meuble »..

 

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04/07/2014

Ma Nouvelle Naissance

Quand on est un enfant, certains évènements, certains gestes ou certaines paroles prennent des proportions dont les adultes n’ont pas conscience. Les petits loups ne sont pas épargnés par cela, et ce que je vais vous conter est parfaitement véridique. Lorsque j’en ai parlé à ma mère, bien des années plus tard, elle est fut très surprise, ne s’étant jamais doutée de rien. Peut-être parce qu’elle n’était pas assez à l’écoute de son petit louveteau, mais cela est une autre histoire, je n’en parlerai qu’en présence de mon Psy.
Venons en aux faits, voilà t’y pas qu’un beau jour, remontant aux confins de ma mémoire, j’appris par quelles indiscrétions que ma mère devait, enfin, se rendre à la maternité de Clermont, j’écris «enfin » car j’étais tout à fait persuadé, qu ‘elle y allait pour moi afin de régulariser cette incroyable situation dont-on me rabattait les oreilles et qui faisait de moi un clandestin en séjour irrégulier depuis ma naissance. J’étais celui qui n’était pas né comme les autres et je le ressentais très mal.
Dans ma charmante petite tête de loup j’avais du mal à comprendre : Tout enfant qui naît doit passer par la maternité. Or près de cinq années s’étaient passées depuis ma naissance dans la salle à manger de ma Grand-mère, et mes parents n’avaient pas encore trouvé le temps de se mettre en règle avec « la norme ». Qu’avais-je donc fait pour mériter d’être ainsi délaissé ?
La nouvelle me réjouissait donc fort, et comme je n’y connaissais rien, je ne fis aucune relation avec le ventre de ma mère qui s’arrondissait à vue d’œil. Claude m’expliqua un soir, que nous pourrions entendre battre le cœur de « la petite sœur » si nous posions notre tête près du nombril de Denise. Franchement, je ne voyais pas où il voulait en venir.
Le 24 janvier 1954, mon père arriva tout joyeux, et nous dit que nous allions à la maternité. Il était temps, depuis qu’on me le promettait, cette journée s’annonçait fabuleuse, car imaginez-vous, qu’en plus, il avait neigé, « ma première vraie neige », la plus ancienne dont je me souvienne. Nous nous rendîmes à pied jusqu’à l’établissement hospitalier situé à moins de cinq minutes de la maison car les routes étaient impraticables et que de toute façon nous n’avions pas de voiture.
Et voici que dans ce bâtiment de briques rouges, j’ai cru que j’hallucinais, je découvris que j’avais un petit frère, ce qui, en soit, n’était pas si grave que ça, mais mes parents n’eurent même pas l’idée de profiter de sa naissance pour régulariser la mienne. Je découvris ce jour là que les adultes étaient encore plus immatures que nous.
Je passe bien sûr, sur la tromperie sur la marchandise, on nous avait promis une petite sœur, et voilà que nous avions un troisième « larron ».
Ma mère fut très peinée d’avoir encore un garçon, et ne se consola que lorsque ma grand-mère Léontine (la sorcière) lui promis que plus tard elle aurait « une » petite fille.
Ce que mon aïeule avait prédit s’avéra exacte, il y eu « une » fille, qu’ « une » seule à la génération suivante au milieu d'une floppée de cousins. Elle est d’ailleurs très fière d’être celle par lui la prédiction de son arrière grand-mère s’est accomplie.