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25/04/2014

Le Patronage

Aussi surprenant que cela paraisse, j’ai eu une éducation religieuse. Jean-Claude et moi allions au « patronage », sorte de Centre Aéré dont le siège se situait au presbytère, nous y pratiquions diverses activités dont le catéchisme.

Les bondieuseries ne m’intéressaient guère, du moins le coté mystique du terme, la mayonnaise n’a jamais trop pris avec moi. Par contre j’aimais l’aspect un peu contes et légendes, souvent fabuleux, de la bible, comme une sorte de roman feuilleton dont on attendait la suite.

Le revers de la médaille, c’était la messe. Tous les Dimanches il fallait s’y coller sans pour autant avoir le droit d’aller casser la croûte au moment de la communion. J’aurai aimé savoir quel goût avait l’hostie et quels effets cela pouvait procurer. Je demandais donc à quelques initiés qui avaient fait leur première communion, mais ils ne répondaient jamais, tout en prenant un air mystérieux.

Il y avait autre chose qui m’intriguait, le curé nous avait dit que pendant l’élévation, il fallait baisser la tête, car le seigneur descendait parmi nous. J’imaginais un terrible châtiment si par malheur je me permettais de transgresser la règle, pourtant petit à petit, de Dimanche en Dimanche, emporté par une certaine curiosité, je levais d’abord légèrement les yeux, puis un peu plus, espérant apercevoir les orteils du Christ pendant sa descente, et là, promis, je rebaisserais la tête m’engageant à ne pas voir son visage, mais je n’entrevis rien, pas la moindre sandale céleste, pas l’ombre d’un ongle incarné divin.

Un beau jour je finis par carrément lever les yeux pendant que les autres courbaient l’échine. Toujours rien, ça commençait à devenir sérieux, le Christ avait du, c’est sur, se tromper d’église. Je ne pouvais pas laisser le curé dans l’ignorance de ce rendez-vous manqué, il fallait que lui-même informe les fidèles de la situation.

Mais à bien y réfléchir, c’était encore un coup à se faire engueuler, mieux valait se taire, d’autant qu’à partir de ce jour, je constatais que chaque Dimanche, le seigneur persévérait à nous poser un lapin, donc fatalement, quelqu’un finirait par s’en apercevoir et l’abbé pourrait alors adresser une réclamation en bonne et due forme à qui de droit.

Comme si la messe dominicale ne suffisait pas, nous avions droit de temps en temps à la procession, en particulier pour les rameaux, la première fois, j’ai trouvé cela « intéressant » mais par la suite, le manque de variété dans la mise en scène fit que ça devint plutôt lassant, presque autant que les cérémonies aux monuments aux morts ou nous traînait mon grand-père tous les 11 Novembre, parce que, manque de bol, quand ce n’était pas les uns qui nous envoyaient à la messe, c’était les autres qui nous amenaient rendre Hommage aux morts pour la patrie.

Les patriotes allaient finir par l’emporter dans la lutte idéologique dont nous étions l’enjeu. Mes grands-parents achetèrent, en 1958, un téléviseur, dernier modèle, (c’est à dire avec une seule chaîne en noir et blanc, la « RTF »), sur lequel entre deux pannes, trois interludes, et les plates excuses de la speakerine pour les malencontreuses interruptions momentanées de l’image, nous pouvions voir les « Porky, Bunny, Histoires sans paroles, Opallon KASSIDY » bientôt suivis de Thierry la Fronde et d’historiettes genre Club des Cinq ou Belle et Sébastien.

Tout cela était bien plus intéressant que des « machins » que nous enseignaient les « curetons », du moins c’était l’opinion de ma Grand-mère, qui se proposa de nous garder tous les jeudis devant la télé au lieu d’aller nous faire endoctriner au presbytère. Comme elle avait pris le soin de faire cette proposition à nos parents devant nous, elle put compter sur deux fervents supporters et la partie fut gagner, d’autant qu’unanimement, Jean-Claude et moi avons décrété aussitôt que nous ne croyons plus en Dieu. (N’avait-il jamais cru en nous ?)

« Ite missa est », si j’ose dire.

18/04/2014

Les vertus du Bourras

 

Vous savez ce qu’est un « Bourras » non ? Alors je vais vous expliquer, le « bourras » est un morceau de tissu, genre toile de jute, de deux mètres sur deux, qui sert, normalement, à emballer le tilleul au moment de la récolte, j’écris normalement parce qu’il a la particularité de posséder les pouvoirs magiques quand vient l’heure de la sieste, mais j’anticipe, essayons de reprendre les choses dans l’ordre. Pour commencer, je vais vous offrir un petit voyage, nous quittons donc notre beau Languedoc afin de nous aventurer en Provence, pour être plus exact je vous amène en Drôme provençale, ce petit bout de terre de Provence au Nord du Ventoux que les technocrates du 18ème siècle ont rattaché à un département issu de l’ancienne province du Dauphiné. Ce sont les « Baronnies » nichées dans la haute vallée de l’Ouvèze et de ses affluents, un petit « Luberon » pour l’instant ignoré des promoteurs, au paysage dominé par un arbre, le tilleul.Il est partout, dans les cours des fermes, au milieu des lavandes, mais aussi au bord des routes auxquelles il offre une ombre fort agréable, mais aussi fort rentable, du moins jusqu’à ces dernières années. Il y encore deux ou trois décennies, « les ponts et chaussées » concédaient la récolte des tilleuls aux enchères, généralement c’était les petits paysans locaux qui pouvaient ainsi exploiter cent ou deux cents mètres linéaires de route à coté de leurs fermes. Ils étaient parfois aidés par des saisonniers qui suivaient, comme Annibal l’avait fait deux millénaires avant eux, la vallée de l’Ouvèze, le tilleul ayant cette délicatesse de bien vouloir mûrir au fur et à mesure que la route s’élève, offrant du travail pendant près d’un mois à ceux qui décidaient de l’accompagner dans sa maturation.

 

Cousinade

Cousinade sous les tilleuls des Ponts et Chaussées

Mon beau-père n’avait pas recours aux enchères, il avait juste ce qui lui fallait de tilleuls sur son terrain pour assurer la cueillette pendant les quelques jours où celle-ci était possible. Elie était un brave homme, un ancien berger autodidacte, qui savait tout faire, en particulier des enfants, avec Marcelle, ma belle mère, ils en avaient eu neuf. Pendant la guerre il avait ravitaillé les maquis, ce qui était gonflé de la part d’un homme qui avait pour nom de famille SAMUEL et que le curé du village avait eu la malencontreuse idée de faire prénommé Elie. De quoi attirer l’attention du commissariat aux affaires juives et de la milice mais un incontestable certificat de baptême lui avait finalement évité les pires ennuis. Comme beaucoup de petits paysans de montagne, ses petits lopins de terre dispersés de tous cotés ne lui permettaient pas de nourrir sa famille, heureusement un emploi de cantonnier était venu à point pour lui permettre de boucler les fins de mois. Quand aux extras , il ne pouvait l’espérer que grâce au tilleul que lui achetait Monsieur DUCROS, vous savez celui qui se décarcassait pour vous offrir des épices et dont l’épouse était l’institutrice de ma Dame Zette, une des six filles de mes beaux-parents. (La plus belle bien sûr !!!).

 Tilleul01 Tilleul 02

Quand venait la fin juin, nous prenions quelques jours de congés pour aller aider Elie et Marcelle à « tillauter » armés des sacquettes, de grandes échelles de bois, et des fameux « bourras » dont les pouvoirs magiques à l’heure de la sieste permettaient de …, mais il se fait tard, je commence à m’embrouiller les doigts, il est grand temps que j’aille « faire téter les puces ». Nous reprendrons notre conversation un peu plus tard.

 

Tilleul03   Le Bourras            La Cueillette     tilleul05

 

Hummmm, j’ai bien dormi, et vous ? Je vous disais donc qu’à la fin du mois de Juin, toute la famille se lançait dans la cueillette, et quand je dis toute la famille, c’est vraiment toute la famille, nous nous répartissions les arbres entre les beaux frères, et formions de petites équipes où chacun avait son rôle, Elie était chargé de la pose des échelles, fallait être costaud comme lui, pour manœuvrer les 6 ou 7 mètres de « l’escale » en forme de fine flèche à peine large d’une quinzaine de centimètres à son sommet,juste ce qu’il fallait pour poser un pied devant, et un autre par dernière en enroulant la jambe autour de la cime, j’ai oublié de vous dire qu’une fois en haut, il fallait pouvoir se lâcher des deux mains pour effectuer la cueillette , pas question d’avoir le vertige, ni le mal de mer, car au sommet ça balançait. Une fois que mon beau père avait attaché l’échelle à des barres de bois, elles même fixées aux branches grâce à de la ficelle,il me revenait le privilège de faire l’acrobate tout en haut, ma dame Zette se positionnait un peu plus bas, et nous remplissions les sacquettes de fleurs de tilleul, éprouvant cette délicieuse sensation de cueillir des billets de banque à pleine main, chaque poignée attrapée c’est de l’argent qui tombe dans l’escarcelle, il n’y pas de frais derrière ce qui est pris est définitivement gagné, et la fleur bruisse dans la main comme un « Delacroix » , hélas, il en faut et il en faut des poignées de fleurs avant de les convertir en billet. Au fur et à mesure de la cueillette on taille l’arbre, coupant tout ce qui n’est pas accessible à partir de l’échelle, c’est ce qui lui donne cette forme si caractéristique, plat sur le dessus et cylindrique sur les cotés. Les branches coupées, (les brous) sont dépouillées de leurs fleurs par les enfants et les personnes âgées assises sous l’arbre. Pendant ce temps, Elie plaçait d’autres échelles où nous grimpions une fois terminée  « l’échellée » précédente, en n’oubliant pas de vider la sacquette sur le bourras.

Enfin sonnait l’heure du « croustet », d’une équipe à l’autre nous nous interpellions, afin de nous retrouver sous l’arbre le plus majestueux. Des paniers sortait la « biasse », composée de saucissons et de pâtés, « maison » et du fromage de chèvre de la Marcelle, tandis que du ruisseau réapparaissait les bouteilles de vin de la vigne d’Elie, (le « pétaillan » comme il le nommait) et ses melons dont il était si fier. Les bourras devenaient pour quelques instant des nappes de fortune, autour desquelles nous saucissonnions tout en blaguant de ci de ça, évoquant les récoltes précédentes et ceux qui s’étaient rompu de cou en tombant de l’échelle pour y être remonté après avoir trop abusé du petit vin ou de la piquette. Comme entre nous, nous sommes un peu langue de peille, et très coquinasses nous parlions des vertus magiques du Bourras qui à la propriété de facilité la procréation lors des petites siestes crapuleuses d’après croustet. On dit même qu’il guérit la stérilité féminine, certaines dames mariées depuis longtemps et sans enfant, s’étaient ainsi retrouvées enceintes après la « campagne du tilleul » et avaient enfanté de beaux marmots qui avaient les yeux d’un saisonnier.

Remorque de Tilleul dans les Bourras Tilleul06

Une fois le tilleul cueilli, on le faisait sécher deux ou trois semaines au « plan » du grenier puis Elie le portait à la foire de Buis les Baronnies ou à celle de Villefranche le château. Je ne vous dis pas le parfum qui embaumait ces jours là, les vendeurs amenaient leurs bourras et les acheteurs les pesaient avec des balances romaines suspendues à une barre de bois portée par deux hommes. On « patchait »à la guinguette, pour la forme on faisait semblant d’être mécontent, voir fâché, et puis tout s’arrangeait, enfin jusqu’au jour où le tilleul de Chine est arrivé, les cours ont commencé à chuter, ce n’était plus rentable de prendre des concessions de tilleul sur le bord des routes.

 

Tilleul04 Foire au Tilleul à VILLEFRANCHE le Chateau

Il y a trois ans, les vendeurs ont attendu en vain la venue des camions des acheteurs, pas un seul d’entre eux, pas même Monsieur DUCROS, n’a voulu se décarcasser pour venir leur acheter leur « pausite » (récolte). Aujourd’hui les tilleuls poussent librement, plus personne ne les taille, ils ont déjà perdu leurs belles formes caractéristiques et les belles dames devront désormais faire appel à la procréation in vitro.

villefranche 9 Eglise de Villefranche le Chateau

11/04/2014

Monsieur le Curé et son âne , "le conte"

Pouic Pouic Jeanne-91205 01.jpg Blog.jpg

Allez y, allez y, entrez,  installez vous le mieux possible, il y a de la place, Colopat et Patacol vous n'avez qu'à vous serrez un peu à coté de LaCalmette, bon, Aude terrienne tu peux te mettre devant si tu veux.... mais  j’en vois dans le fond qui ont manqué la première partie, un petit conseil pour eux, ce n’est pas obligé, mais il vaut mieux qu’ils aillent d’abord à l’article précédent pour mieux comprendre, qu’ils ne se fassent pas de soucis, on les attendra, ça y est ? Puisque tout le monde est là, nous allons pouvoir commencer,  l’essentiel est que « Janou Grain de Sel » soit au premier rang, après tout c’est pour elle  que j’ai écrit ce petit conte. Nous sommes un peu en retard car nous avons dû la ramener chez le Docteur, suite à une nouvelle poussée de fièvre, due à une surinfection à sa Grippe. Mais ça va mieux, venons-en donc à notre récit censé se dérouler il y a un demi siècle à peu de chose près.

 Oyez, oyez brave gens, voici donc :

 

 

« L’Histoire de Monsieur le Curé et de son Âne »

 

maison-d-arret.jpgAu village, tout le monde connaissait bien « Monsieur le Curé », il faut dire qu’il ne ménageait pas sa peine entre l’hospice, où il rendait visite aux « anciens »,  l’hôpital où il allait réconforter les malades, la maison d’arrêt où séjournaient régulièrement toujours deux ou trois de ses paroissiens (toujours les mêmes : incorrigibles bagarreurs du samedi soir ou voleurs de poule) , les pauvres qu’il fallait soutenir, la messe (deux fois par jour) les mariages, le catéchisme, les enterrements et toutes les bigotes qui venaient sans cesse se confesser à « la maison des bêtises » , et qui quand elles ne savaient plus quels péchés avoués, n’hésitaient pas à révéler ceux de leurs voisines.

(J’allais oublier: la maison des bêtises, c’est comme ça que Janou appelle le confessionnal dans les églises)

Toute sa vie, il avait parcouru à pied rues et venelles du village pour aider les uns ou les autres, sans jamais refuser de rendre un service, seulement, Monsieur le curé commençait à se faire vieux. Il était tellement fatigué le soir en rentrant chez lui, qu’il n’avait même plus le temps de faire son jardin. Alors, un jour, il eut une idée.

« Si j’achetais un âne, il me porterait d’un bout à l’autre du village, je gagnerai du temps et je serai moins fatigué le soir, ça me fera de la compagnie, je le brosserai, je nettoierai ses sabots, et il me fournira un peu de fumier pour mon jardin »

Aussitôt dit aussitôt fait, le lendemain matin il prit le car pour la ville et alla acheter un âne, qu’il baptisa « Cadichon » parce qu’il avait lu la comtesse de Ségur quand il était enfant.Curé noir et blanc.jpg

Ah là là, Monsieur le curé et son âne, tout le village ne parlait plus que de ça, il fallait les voir, joyeux, chevauchant de droite et de gauche, toujours en vadrouille, et le soir, les voisins pouvaient entendre le saint homme chanter à tue-tête dans l’étable pendant qu’il pansait son Cadichon.

Cela durât quelques temps, mais au bout d’un mois ou deux, alors qu’il était justement en train de cirer les sabots de sa monture, monsieur le curé reçut la visite du Raymond, un brave garçon de vigneron.

« Dites, monsieur le curé, demain matin, vous en avez besoin de votre âne ? »

« Tu sais bien, que le  mardi, je reçois à confesse jusqu’à l’heure du repas, pourquoi tu me demandes ça ? »

kit griffe&bineuse3 copie2.JPG« Ben voilà, faut que je vous dise, il faudrait que je désherbe ma petite vigne, je peux pas la faire avec le cheval parce que les rangées sont trop étroites, d’habitude, je la fais à la main, avec la binette, mais ça me prend du temps et j’ai beaucoup à faire, si vous me prêtiez votre âne, j’y attellerai un petit griffon, la matinée me suffirait  et …… »

« Pas de soucis, Raymond, tu peux le prendre demain et chaque fois que tu en auras besoin »

« Oh merci Monsieur le Curé, je vous garderai un petit tonneau de vin de cette vigne, vous direz des nouvelles »

Quelques jours plus tard, ce fut le tour de la Germaine

« Monsieur le Curé, je dois aller demain à la ville vendre mes œufs et quelques canards, mais j’ai cassé la chaîne du vélo, ça m’ennuie de prendre le car parce que… »

« Allons, allons Germaine, je te comprends, tu as besoin de Cadichon, prends le, et puis tu n’as plus l’âge de pédaler, le jeudi j’irai voir nos prisonniers à pied, ça me fera de l’exercice »

« Alors je peux le prendre demain ? »

« Demain et chaque fois que tu devras aller au marché »

tonneauOK.jpgAprès la Germaine ce fut le tour de Gustave, l’aubergiste, qui devait ramener un fut de vin de la cave coopérative, puis il y eut le Julien, dont l’ânesse venait de mettre bas, et qui ne savait qui atteler à son charreton pour aller au bois, ensuite ce fut Augustine, qui s’occupait du patronage, « Si vous me prêtiez votre Cadichon, cela ferai venir les enfants »

Tout ça pour dire d’au bout de quelques temps, le malheureux animal rendait service à tout le village sauf à Monsieur le Curé. Il avait bien essayé de faire ses visites le soir, quand la pauvre bête n’était pas prise ailleurs, mais elle était tellement fatiguée qu’il n’osait pas lui demander cela. Il avait repris ses tournées à pied, traînait la jambe de plus en plus, peinant dans les montées, reprenant son souffle de plus en plus souvent, finissant de plus en plus tard, si bien, qu’il ne disposait que de peu de temps pour soigner Cadichon, c’était même devenu une corvée, il ne chantait même plus.

Un soir, en sortant de l’étable, il aperçu Monsieur le maire assis sur le pas du presbytère. Il en fut un peu surpris, car ils se fréquentaient peu, n’ayant pas tout à fait les mêmes idées. De plus, comme nous sommes dans les années 50, ils ne pouvaient pas s'empêcher de se la jouer façon Pepone et Don Camillo.

« Bonsoir Monsieur le maire, aurais-tu besoin de te confesser ? Tu dois en avoir des péchés sur la conscience à force de blasphémer à longueur de journée, tout Docteur que tu sois »

« Ecoute camarade Curé, si je viens te voir, c’est que je suis inquiet »

« Garde ton camarade pour tes comparses, mais je te comprends, tu dois commencer à voir les portes de l’enfer se profiler devant toi et.. »

« Arrête Boniface, si je suis inquiet c’est pour toi »

« Pour moi ? Mais je ne crains rien si ce n’est la colère du bon Dieu »

« Mais tu t’es vu ? Tu as perdu au moins dix kilos depuis que tu prêtes ton âne à tout le monde, tiens, je suis sûr que si tu meures demain, ton bon Dieu, pour le coup, il te passera un sacré savon, il t’a mis sur terre pour le servir, pas pour faire le pigeon. Si  je te demandais ton âne pour aller coller mes affiches tu serai capable de dire oui »

Il y eu d’abord un grand silence avant que Monsieur le Curé se décidasse à faire entrer monsieur le maire chez lui.

ane-et-vigne.jpg« Je suppose tu as une solution ? »

« Bien sûr, c’est mon rôle de maire d’aider, tout comme toi, mes concitoyens, même si ça ne leur plait pas toujours que je me mêle de leurs affaires »

« Je t’écoutes »

« Cet après midi, pendant que tu étais à l’hospice, j’ai réuni tout notre petit monde à la mairie, et je leur ai dit : je comprends que chacun de vous n’ai pas besoin d’avoir un âne pour lui seul chez lui, alors, emprunter celui du capelan de temps en temps , ça ne vous parait pas grand-chose, seulement, vous le faites tous, et votre curé, il est en train de dépérir, et moi ça me gêne, parce que tout curé qu’il soit, c’est un homme, et nous, nous avons un devoir de solidarité envers tous les hommes , quelque soit leur race, leur religion, leur couleur de peau. Boniface, il a le cœur sur la main, je suis sur que si vous cotisiez pour acheter un deuxième âne, pour compenser le premier, et bien au bout de quelques semaines il ne le verrai plus que le soir comme Cadichon. »

« Tu n’as pas tout à fait tort, et ensuite ? »

« Ensuite, tu me sors une petite bouteille du vin de la caisse que Marcel t’a porté la semaine dernière, je le sais, il m’en a donné une à moi aussi, donc, pour la suite, je dois te dire qu’avant j'avais eu une petite discussion avec le jeune Henri qui travaille dans un garage à la ville. Il s’est levé et il a dit :

dauphine.jpgNous avons au garage une moto d’occasion, c’est celle du percepteur qui vient de l’échanger contre une Dauphine toute neuve. Le patron, il ne veut pas la revendre à des jeunes parce qu’il a peur qu’ils fassent les fous avec ; Cette moto, elle n’est pas  toute neuve, elle date d’avant guerre, mais elle est super entretenue, on a changé le moteur l’an passé, on pourrait l’avoir pour 500 francs.

500 FR ça fait cher remarqua le Tonin »

« Il toujours été un peu radin »

Terrot-1.jpg« Je leur ai dit : Partagé entre vous, ça ne fait pas grand-chose, c’est comme pour l’âne, un peu de temps à chacun d’entre vous et il ne reste rien au curé. Le grand Michel à même ajouté que lui, qui n’avait pris ton âne qu’une demie heure, un jour, pour porter des patates à sa mère, il était prêt à mettre autant que les autres, Gustave, lui, a promis de rajouté un peu plus s’il en manquait. Raymond, il a ajouté qu’une moto, c’était une bonne idée, personne ne te l’a prendrai pour aller sarcler une vigne, ou porter un fut de vin. Germaine a bien rigolé en s’imaginant aller au marché sur cet engin, Tout ça pour te dire, que non seulement j’ai ici assez de sous pour payez ta machine, mais il en restera suffisamment pour t’acheter une veste en cuir et une paire de gant »

durand_rieucros44.jpg

A partir de ce jour, tout le monde fut content au village, d’abord ceux qui utilisaient Cadichon, ça leur faisait moins peine de le demander ensuite Monsieur le curé, qui retrouvera une nouvelle jeunesse, fier comme Artaban sur sa pétrolette, Monsieur le Maire qui fut réélu triomphalement à toutes les élections jusqu’à sa mort, les paroissiens qui bénéficièrent d’un curé bien reposé et toujours disponible et bien sûr Cadichon, qui le soir, après une dure journée de labeur se faisait bichonner par monsieur le Curé chantant à plein poumon une chanson à la gloire d’un de ses confrères de Camaret qui lui aussi avait acheté un âne ( républicain de surcroît).

Cadichon et son Boniface de Curé vécurent longtemps ensemble, ils furent heureux, mais n’ont jamais eu d’enfant.

 

Cadichon et son Boniface de Curé vécurent longtemps ensemble, ils furent heureux, mais n’ont jamais eu d’enfant.

 

Et comme dirait mon frère qui, lui, est un vrai conteur :

Et Cric et Crac, mon histoire est finie !

 

04/04/2014

Monsieur le Curé et son âne (prélude)

J’étais tranquille, j’étais peinard

En train de manger un carambar,

Aude est arrivée avec son clébard 
m’a chouravé mon café noir
Pis elle m'a tapé sur l'épaule
Elle m'a r'gardé d'un air drôle

« T'as une histoire mecton
Qu’a pas plu à mon Bichon

Lui faudrait une autre explication
Moi j’ai  aussi une  solution
A ton espèce de question

Sur les chiens qui se snifent le fion !

 

Ah non, que j’ai dit, promis juré, je fais la pause, oh, mais elle ne se rend pas compte l’Aude Terrienne, j’ai du boulot, je l’ai écrit dans la note précédente « JE SUIS LE PÉRE NOËL » , bien sûr que j’aimerai connaître la réponse à la question qu’elle me pose dans un com, mais, elle ose me faire du chantage, à moi, sensible comme je suis, snif !!! Elle le sait que ça me taraude mais elle remue le révolver dans la plaie, bon, tant pis, je reprends la plume, je vais lui raconter une nouvelle histoire. Toute neuve d’ailleurs, elle remonte au début de la semaine dernière. S’il y en a qui la trouve trop longue, et bien, ils feront avec.

Mardi soir, « Janou Grain Sel » nous a fait une poussée de fièvre, « état grippal » qu’il a dit le toubib, et : attention !!!!!  Pas de test !!!!!, ça coûte trop cher, de toute façon elle sera guérie quand les résultats arriveront. !!!Qu’il a encore dit Monsieur le Docteur.

Avec sa Maman nous avons pensé qu’il voudrait mieux que la petite dorme chez nous, plutôt que chez elle, ça éviterait de la trimbaler dans le froid, quand elle irait travailler le lendemain.

Mais vous connaissez Janou, malgré ses 40,5 ° de fièvre, son petit corps brûlant, elle n’avait pas trop envie d’aller se coucher, sauf si…… « Papou ! Raconte moi une histoire !!! »

Nous avons quelques « best-seller » quelques classiques que nous rabâchons à longueur de journée, comme Peter Pan, Le livre de la Jungle, l’histoire du monsieur qui à fait ceci, de la dame qui a fait cela etc.… et de toute façon, c’est elle qui décide .

« Papou, raconte moi l’histoire de monsieur le Curé !! »

Une histoire de « Monsieur le Curé », alors là, !!!! Demander cela à un mécréant de mon espèce !!! Comme si j’en connaissais !! À par celle du curé de Camaret, qui a acheté un âne républicain !!!! Ah, mais en voilà une idée qu’elle est bonne !!! J’ai déjà mon titre « Monsieur le Curé et son âne »,

J’ai ouvert le grand livre de mon imagination, aux pages garnies de souvenir de récits de Don Camillo, d’images de mon enfance, du charreton de mon grand père, de la vieille moto de mon oncle Pierre qui m’amenait à travers la campagne ardéchoise distribuer l’ « Huma Dimanche », de l’odeur du vin dans la cave de Tonton Jeannot qui en faisait commerce, de la maison d’arrêt désaffectée, où nous nous glissions en douce le soir à la sortie de l’école. Et l’abbé Roger, qui accueillait le jeudi (et oui, c’était le jeudi, celui de la fameuse semaine) tous les enfants de la ville dont les parents travaillaient, quelques soient les convictions religieuses et philosophiques des uns et des autres.

Alors, mon histoire s’est construite toute seule, mot après mot, phrase après phrase, naïve et simple. J’avoue que dans ma vie, j’en ai eu bouffé du curé !! Mais comment oublier ce prêtre qui engueulait les fossoyeurs parce qu’ils « bâclaient » leur travail sous prétexte que le mort était un simple d’esprit, sorti les pieds devant de l’Hôpital psychiatrique où je travaillais ?

Comment aussi ne pas se souvenir de cet autre vieux curé, à l’enterrement de mon filleul, dans cette église pleine à craquer, où l’essentielle de la foule était venu voir la famille «  du jeune chauffard qui s’était tué avec ses deux copains » comment en quelques mots, il fit taire les murmures, comment en deux phrases la « honte » changea de camps.

Au diable les papes et les inquisiteurs, il y des braves curés qui méritent plus que le Paradis : le respect des hommes.

Quand mon histoire s’est terminée, ma Janou ne dormait pas encore, mais elle m’avait pris la main, l’a posée sur sa joue avant de fermer les yeux.

Le lendemain, au réveil, la première chose qu’elle m’a dit ce fut « Papou, raconte moi l’histoire de Monsieur le Curé et son âne !! » et ma dame Zette de renchérir, « moi, je ne la connais pas, faudra que tu me l’apprennes »

Je n’avais plus qu’une chose à faire, l’écrire sur mon ordinateur, et tant que j’y étais, vous la proposer à vous aussi, mais en toute modestie.

Comme je sens bien qu’Aude terrienne à le goût du suspense, je vous la narrerai demain. (Si vous êtes sages…. comme ma Janou… !!!)