Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

04/09/2015

L'automne

C’est le monde à l’envers, t’es d’accord avec moi ?  Je m’en doutais, le pire c’est que je suis le premier à marcher sur la tête, tiens-toi bien, Dimanche, je vais payer pour participer à des vendanges !!!! C’est fou, non ?

Quand je pense qu’à vingt ans, on courait les domaines viticoles dans l’espoir de trouver de l’embauche, histoire de se faire quatre sous de plus, et maintenant, on va filer du fric pour faire la même chose !!!!

Tain.jpgJe me souviens, la première fois, c’était pour un très cru de Tain l’Hermitage, avant la construction de l’autoroute  tu passais devant en allant à Lyon,  mais oui, à droite de la nationale 7, ces grands coteaux plantés de vignes, tu les revois ? Et bien ceux là même !!!! Tu te demandais bien comment on faisait pour cueillir le raisin avec une pente pareille, moi, je peux te répondre : à la main !!! Pas de machine, nous partions d’en haut avec nos sécateurs, et il y avait un treuil avec un traîneau pour vider nos seaux. Quand nous arrivions en bas, il fallait crapahuter au pas de charge pour remonter au sommet et recommencer, pas de pause, le patron passait une seule fois dans l’après midi avec une bonbonne contenant un mélange d’eau et de vin, quinze secondes pour avaler ton verre, et tu reprenais ton boulot. Parfois, certains jours, il fallait changer de parcelle, c’était un instant béni de tous, le patron nous faisait bien courir pour aller au camion, mais nous arrivions à souffler une petite dizaine de minutes. Inutile de compter sur un casse-croûte, tu ne pouvais même pas amener le tien, ça t’aurai fait perdre du temps.

Alors, tu peux comprendre que le jour où j’ai commencé à vendanger pour mon beau-père, je me suis cru au Paradis des travailleurs. Certes, ce n’était pas comparable, le grand-Lie comme on l’appelait ne produisait que ce qui était nécessaire à la consommation familiale, sa petite vigne, perchée à 800 mètres d’altitude, produisait un vin qui avait toute les peines du monde à dépasser les 8 ou 9 degrés , heureusement qu’un de ses gendres lui montait deux ou trois caisses de raisins des côtes du Ventoux, (ce qui était rigoureusement interdit, mais il y a prescription) Nous les mélangions avec les autres avant de les broyer et les presser toujours à la main. Nous finissions pas obtenir un petit vin que certains osaient qualifier "d’imbuvable" mais dont le beau-père était très fier et dont le goût et la saveur nous manquent beaucoup aujourd’hui.  Comme aurait dit Jean de Florette, c’était de « l’authentique ».

Quand aux conditions de travail, je ne vous dis pas (c’est une façon de parler, parce que je vais vous le dire quand même). En premier lieu, il fallait préparer la « biasse » à base de saucisson et de  jambon faits maison, un petit fromage de tête, accompagné d’un pâté truffé provenant du même cochon tenait compagnie dans le panier à une ou deux bouteilles de bibine de l’année précédente, parfois, si celle-ci avait été mauvaise, la piquette remplaçait le vin.

Comment ça ? Tu ne connais pas la différence ? C’est pourtant simple, quand tu as séparé; après la vinification; ton vin du marc, tu rajoutes du sucre et de l’eau à celui-ci et tu le refais fermenter.

Mais tu me distrais, donc j’en reviens à notre récolte, dès que l’un de nous était fatigué, il demandait une pause, chacun alors allait s’asseoir sous le grand noyer, et nous mangions un petit croustet, bien souvent une petite sieste digestive s’imposait avant de se remettre au travail.

Jusqu’à la mort du Grand Lie, à 87 ans, il a fait son vin, les années fastes il nous en offrait une ou deux bonbonnes que nous faisons goûter aux amis. Ils avaient bien du mal à comprendre comment nous pouvions nous régaler d’un tel breuvage.

Mais pourraient-ils comprendre ?????

Les commentaires sont fermés.