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15/05/2015

Les petits plaisirs de l'Internat avant 68

Les loups ça aiment les tanières, surtout quand ils peuvent établir la leur à l’abri d’une grotte. C’est sûrement pour cette raison que je me pris d’une passion irraisonnée pour la spéléologie à l’époque de mes dix-sept ans, irraisonnée et irraisonnable, plus rien d’autre ne comptait et surtout pas le lycée. Certes, je ne séchais pas les cours, mais dès que la sonnerie retentissait, je me ruais sur mon Solex afin de me rendre à la MJC d’Aix préparer le matériel pour la sortie du Week-end au lieu de consacrer ne serait-ce qu’un minimum de temps à réviser mes leçons et à faire mes devoirs.
Le conseil de classe, en fin d’année, estima qu’il était temps que notre collaboration infructueuse prenne fin, et me pria d’aller chercher fortune ailleurs. Je repris donc, à la rentrée, le chemin de l’internat après une seule malheureuse année de liberté. C’est ainsi que j’intégrais le lycée d’AUBENAS où mon oncle Pierre était prof de Gym. Je ne sortais pour aller chez eux, qu’un dimanche sur deux pour la journée, mais j’étais autoriser à sortir seul les après midi des autres dimanches, ainsi que les mercredis, à condition d’avoir un « bon motif ». Nous avions des cartes de sorties que nous devions faire signer par notre correspondant ou la personne chez qui nous nous rendions.
La première année, en 1967, j’étais censé aller ainsi régulièrement chez le dentiste, le coiffeur ou à l’auto-école. Un jour le Surveillant Général remarqua que mon autorisation de sortie était toujours signée par un certain Georges POMPIDOU. Il me demanda de faire en sorte que la signature figurant sur ma carte ressemblât un minimum à celle se trouvant dans mon dossier. « Ce n’est pas un problème, lui répondis-je, celle du dossier, c’est la mienne ». A partir de ce jour je fus dispensé de faire parapher le document, ce qui ne bouleversa pas le monde.
Je profitais de mon passage à AUBENAS pour battre mon record d’heures de colle, j’étais devenu insensible aux privations de sortie le dimanche dans la mesure où je ne sortais pratiquement pas, du moins officiellement, et que je surtout, j’avais décidé de me dispenser définitivement de la moindre autorisation pour aller en ville, que ce soit de jour comme de nuit. J’avais réussi à me procurer un passe qui me permettait de me « barrer » même la nuit. Quant au dimanche matin, j’avais résolu depuis longtemps le problème, plutôt que de « m’emmerder » en permanence, j’allais à la messe.
Ne croyez pas que j’avais été l’objet d’une conversion mystique quelconque, que non, j’appliquais ce que j’avais déjà expérimenté à Saint FLOUR, en compagnie de mes copains nous entrions dans l’église par la grande porte centrale, et nous en ressortions par la petite de gauche, pendant que le pion de service s’en allait par celle de droite. Nous évitions d’aller dans les mêmes lieux, et tout se passait bien.

Une nuit, pourtant, tout faillit basculer, deux autres internes et moi, avions fait le mur avec l’intention d’aller dans une soirée dansante à VALS les Bains, chemin faisant mes deux compagnons commencèrent à lorgner dans les voitures en stationnement, ils repérèrent une 2cv dont les portières n’étaient pas verrouillées, et qui disposait d’un simple interrupteur en guise de clef de contact, comme cela était courrant dans les années cinquante.
J’étais le seul à savoir conduire, ils me proposèrent de prendre le volant et d’utiliser la « deuche » pour nous rendre à VALS. J’ai eu un instant d’hésitation, de tentation, puis la peur m’a pris et j’ai refusé, préférant les quitter et retourner seul au lycée, je pressais le pas, mais à mi-chemin je croisais une voiture de gendarmerie avec le gyrophare allumé. Je me suis mis à courir, dès qu’elle fut passée, pour regagner mon lit au « bahut ». Le lendemain, mes deux collègues de virée faisaient leur retour dans l’établissement, menottes aux poings. Ils s’étaient fait prendre en train de fouiller dans un véhicule en stationnement. Heureusement pour eux, la voiture n’était pas fermée à clef, et ils n’avaient encore rien volé. Ils furent cependant aussitôt exclus du Lycée. A l’époque, un vol de voiture, ça ne pardonnait pas, condamnation, peine de prison, casier judiciaire, service militaire dans un régiment disciplinaire et impossibilité, à vie, d’entrer dans la fonction publique.
Mon cinquième et dernier Lycée, n’est plus, il a été rasé et remplacé par une médiathèque, un chef d’œuvre d’inesthétisme, les fantômes de quelques profs doivent pourtant encore y attendre mon retour dans l’espoir de me virer, je ne leur en avais pas laissé l’occasion en Mai 68, quand je suis parti après avoir cadenassé toutes les portes

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