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08/01/2016

Mon premier acte militant.

Je ne sais pas si c’est une marque de précocité dans la prise de conscience politique mais j’avais 10 ans à peine quand je fus sensibilisé par l’affaire Caryl CHESSMAN sans pour autant que le sujet ne soit évoqué à la maison, si n’est par l’initiative que je pris un soir.
Caryl CHESSMAN était un petit voyou américain parmi tant d’autres. Son destin bascula une nuit, à la fin des années quarante, quant il fut arrêté pour une agression sexuelle n’ayant pas entraînée la mort de la victime, acte qu’il nia toujours et pour lequel il fut pourtant condamné à la chambre à gaz en vertu de la loi Lindbergh sur les kidnappings.
Douze ans plus tard, il attentait encore son exécution dans la cellule 2455 du couloir de la mort de la prison de Saint QUENTIN. Entre temps, il était devenu un écrivain célèbre, ses livres évoquaient sa dérive vers la délinquance, et cette attente interminable, de pourvoi en cassation en rejet de grâce, et en report d’exécution.
J’étais choqué, d’une part que l’on puisse condamner un homme à mort, sans même avoir la preuve de sa culpabilité, et par cette situation de « double peine » imposée aux prisonniers US, la mort après une longue captivité en milieu carcéral.
Je décidais d’agir, je déchirais les pages d’un petit calepin, et j’écrivais sur chacune d’entre elles, au crayon rouge, « Il faut sauver Caryl CHESSMAN ». Ce fut ma première distribution de tract, un soir au retour de l’école (j’avais dix ans). J’introduisis mes petits bouts de papier dans les boites aux lettres du voisinage.
Un voisin m’avait aperçu, et vint se plaindre à mon grand-père qui me convoqua dans son bureau, pour me faire part de la plainte, précisant que la personne en question n’avait pas apprécié que je dépose des papiers illisibles dans son courrier.
Je promis de ne plus recommencer, mais le sourire que mon grand-père afficha pendant son petit laïus me convainquit qu’il avait parfaitement décrypté mon message et qu’il était peut-être même un peu fier de mon acte « militant ».
En Juillet 1960, deux mois à peine après l’exécution de Caryl CHESSMAN, j’étais à CHELY d’APCHER, chez le coiffeur, quand je lus, dans Paris Match, le récit de l’exécution, à PARIS, d’un petit malfrat, Georges RAPIN, surnommé « Monsieur Bill » car il était issu d’une « bonne famille ». Il avait été condamné à mort pour le meurtre d’une danseuse, (j’ai longtemps imaginé qu’il s’agissait d’une étoile de l’opéra avant de comprendre que c’était en fait une strip-teaseuse), la morbidité de cet article, le témoignage du bourreau, fier d’avoir fait proprement son boulot, me choqua, je compris ce jour là, que la société s’abaissait au même niveau que le criminel qu’elle éliminait et que cela était indigne de « l’HOMME » avec un grand « H ».
A onze ans, sans avoir subit la moindre influence de la part de ma famille j’étais devenu un inconditionnel de l’abolition de la peine de mort.

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