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03/06/2016

Punition, Religion, Informations.

La vie en Internat dans les années soixante (deuxième partie)

En ce temps là, braves gens Jésus dit aux apôtres………..non, je déconne…En ce temps là, ( au début des années 60) les internes étaient contraints de rester dans l’établissement un dimanche sur deux, et le mercredi se passait au bahut. Le Dimanche matin, il y avait la messe. Lorsque ce n’était pas un Week-end de sortie je n’avais pas de problème, comme quelques autres je n’y allais pas et nous passions notre temps en étude à jouer aux cartes. Par contre les jours de colle, ça n’allait plus. J’étais parfois le seul à vouloir rester au lycée, et les pions n’appréciaient guère la chose, j’étais l’empêcheur de prier en rond, et je fus contraint un jour de me rendre à la cathédrale motivé par quelques coups de pied au cul.
Je m’en plaignis à mes parents qui se plaignirent à leur tour au principal, Monsieur CHEVALEYRE, homme fort brave au demeurant, grand défenseur de la laïcité, mais quelque peu dépourvu devant la ferveur « religieuse » de ses maîtres d’internat.
En gros, il nous répondit qu’il pouvait effectivement exiger qu’un pion reste pour me surveiller et veiller à ce que personne ne me conduise de force à la messe, mais, dans mon propre intérêt, ne valait-il pas mieux faire profil bas car il ne pouvait pas garantir que certaines représailles ne puissent s’exercer à mon encontre, et qu’en résumé, si PARIS valait bien une messe pour un roi de France, ma tranquillité personnelle en valait bien autant. D’autant conclut-il que le meilleur moyen de ne pas être embêté par ce problème c’était d’éviter d’être collé. (Merci du conseil !)
Le message avait le mérite d’être clair et je dus me résoudre à en tirer les enseignements. C’est ainsi qu’un beau dimanche de colle je pris avec les autres punis la direction de la cathédrale basaltique de Saint FLOUR, monument magnifique mais quelque peu austère voir sinistre à mon goût.
Nous étions libres de nous placer où nous voulions, je restais donc au fond près du porche d’entrée que je re-franchisais rapidement, partant du principe que j’avais bien le droit d’avoir envie de me rendre aux WC et que c’était bien malheureux que des lieux d’aisance ne soient pas aménagés en sous-sol de ces édifices religieux. Je n’étais pas le seul à être pris d’une telle envie, d’autres élèves, et même des pions s’éclipsèrent discrètement pour se rendre aux seuls endroits pourvus de toilettes, c’est à dire les cafés et autres débits de boisson qui cernent le parvis de la cathédrale. (Je compris ce jour là, que la fervente piétée de certains n’était pas très sincère) Nous étions bien entendu, obligé de consommer pour avoir droit d’utiliser les sanitaires, et tout en sirotant ma menthe à l’eau je dévorais Paris Match et les quotidiens régionaux mis à la disposition de la clientèle, me tenant ainsi informé de cette actualité que le lycée tenait tant à nous cacher. Les journaux étaient strictement interdits, ainsi que les postes radio à transistor qui en étaient à leur début et de toute façon, bien trop cher et bien trop gros pour passer inaperçu. Il ne fallait pas compter sur le peu d’externes et les quelques demi-pensionnaires pour en savoir plus. J’appris l’odyssée du premier homme dans l’espace, Youri GAGARINE, par une lettre de mes parents remise comme tous les courriers au repas de midi. Je partageais cette information à mes compagnons de table qui se moquèrent de moi, « Un homme dans un satellite, c’était impossible ». Nous nous sommes tournés vers les autres, sans plus de résultats, pourtant si mes parents l’avaient écrit, c’est que ça devait être vrai. Il ne nous restait plus qu’à questionner nos rares externes dont l’un d’eux consentit à nous confirmer la nouvelle qui remontait déjà à une bonne semaine, et qui fit aussitôt le tour de la cour des garçons.
Dans n’importe quel lycée de France un tel événement avait dû être commenté en cours par les professeurs. Pas à Saint FLOUR, il existait deux mondes hermétiques le dedans et le dehors.
Une fois, une seule fois pourtant, nous vécûmes l’actualité en direct. Pour la première et dernière fois en trois ans je vis un poste radio « transistor » sorti au grand jour dans notre cour. Nous étions tous agglutinés autour, même les pions qui auraient dû normalement confisquer illico cet objet délictueux. Nous étions le 19 Mars 1962, la guerre d’Algérie venait de prendre fin.
Elle faisait partie de notre vie, du plus loin que remontait ma mémoire je l’avais connue, nous avions tous vu partir des frères, des cousins, des voisins, nous avions tous craint pour eux, mais aussi pour nous car fatalement, un jour nous partirions. Elle était notre passé, elle était notre présent, elle devait inexorablement être notre devenir. Par elle, j’ai compris la notion de relativité du temps, le bac nous paraissait très loin, tandis que l’Algérie se ruait vers nous afin de nous anéantir

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