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02/07/2015

Les 36 fredaines de l'Oncle Félix

Mon oncle Félix était quant à lui un sacré personnage, celui par qui le scandale arrive encore et toujours, l’objet du « secret de la famille dont on ne parlait pas devant les enfants ».
C’était plus qu’un secret, c’était une multitude de secrets dus aux turpitudes de l’Oncle. Le premier d’entre eux, c’était l’existence d’un enfant « caché » qu’il aurait eu avant son mariage et qu’il avait cependant reconnu. S’il n’épousât pas la mère de son fils Jacques, il continua cependant de la voir et d’entretenir avec elle une liaison, dont seule la Tante Marcelle, son épouse, n’était pas informée ou feignait de ne pas l’être.
Bien entendu les ardeurs amoureuses du Tonton ne se limitaient pas à une seule maîtresse mais à un certain nombre, ce qui lui revenait très cher. Il mangeât, comme on dit la boutique, en l’occurrence le salon de coiffure de son beau-père, et après avoir mené « grande vie » il se retrouva, toujours flanqué de la Tante qui ne voyait toujours pas plus loin que le bout de son nez, dans une loge de concierge d’usine en Picardie, logement et emploi que son frère Maurice lui avait obtenu grâce à ses relations. Il continuait à faire quelques coupes de cheveux dans sa minuscule loge, pour arrondir les fins de mois.
L’oncle Félix pourtant, avait lui aussi tout pour réussir, il avait été sous officier de réserve dans la cavalerie avant la guerre de quatorze, ce qui n’était pas rien, et l’auréolait d’un certain prestige dans la bonne société, en en particulier auprès des dames. Félix une fois revenu à la vie civile, était devenu, comme c’était la tradition dans la famille, employé de commerce, mais il se montrât quelque peu « indélicat » avec la trésorerie de son patron, ce qui lui valut un court séjour derrière les barreaux. À sa sortie, il pensait avoir payer sa dette, mais l’armée, à l’époque était très soucieuse de l’honorabilité de ses sous officiers de réserve, il n’était point concevable qu’un repris de justice puisse porter des galons et servir dans une arme prestigieuse. Il fut donc dégradé et affecté dans un régiment d’infanterie de réserve connu pour y accueillir au sein de certaines de ses compagnies d’anciens taulards ayant par ailleurs accomplis leur peine.
Ce n’était certes pas les bataillons disciplinaires, cependant, il va de soi que les « gens honnêtes » ne voyaient pas d’un mauvais œil le fait que l’armée utilise en premier des anciens détenus comme chair à canon. Sitôt sortis d’une « boucherie », ces soldats repartaient en subir une autre. C’est à ce prix qu’ils devaient racheter leurs fautes.
Un matin, Félix et une grande partie de son régiment eurent la surprise, en sortant de leurs casemates, de découvrir qu’ils étaient prisonniers, les allemands ayant occupé dans la nuit les positions qu’ils étaient censés défendre.
Les militaires allemands, plus intelligents que leurs homologues français comprirent très vite que « ceux-là » ne chercheraient surtout pas à s’évader, peu désireux de retourner au front après leur cavale. C’est comme cela que mon oncle et ses compagnons trouvèrent des « planques » en travaillant dans les fermes ou des usines allemandes près de la frontière autrichienne, ce qui était grandement préférable aux camps de prisonniers.
Mais revenons à l’Histoire avec un grand « H » Le 2 novembre 1918 l’empereur d’Autriche abdique, le 3 le nouveau gouvernement autrichien capitule sans condition, se réservant juste le droit de protester si les troupes alliées pénètrent, comme elles en avaient l’intention, sur son territoire pour attaquer l’Allemagne. Et c’est le 4 (Il y a quatre-vingt dix ans aujourd'hui) que Félix, comprenant que la fin de la guerre était proche, décida de s’évader, avec la complicité de femmes allemandes (ces camarades pouvaient comptaient sur ses talents de séducteur) franchissant la frontière toute proche en s’octroyant le droit de passage en Autriche que ce pays venait implicitement de reconnaître aux alliés. Est-ce aussi un pur hasard s’il ne revint en France qu’après l’armistice du 11 ? Ce qui est sûr c’est qu’il a pu se targuer du statut de prisonnier de guerre évadé.
Le 18 il arrive enfin à Paris, où il retrouve son jeune frère qui vient d’avoir une permission, c’est ce dernier qui va lui faire connaître le jour même Marcelle sa future épouse.

22:01 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1914-1918, fredaine

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