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05.05.2012

Claude, mon père

 Mon père à l’époque de ma naissance exerçait trente six métiers, souffrant trente six misères, âgé de 23 ans, il était né par hasard à LORIENT, d’un père Auvergnat (de Vincennes) et d’une mère parisienne native du Berry, son enfance s’était passée pour l’essentiel dans l’Aisne.

 Il avait traversé la France en vélo, pendant l’exode avec son frère Pierre, qui veillait sur son insouciant cadet.

Partis de LONGPONT dans l’Aisne le  Vendredi 17 Mai 1940, Pierre et Claude avaient vite compris que les Allemands, du haut du ciel, avaient repéré ses deux garçons téméraires et indisciplinés qui allaient leur en faire voir pendant toute l’occupation.

 Le Haut État Major Allemand était formel, ces deux là devaient être neutralisés dans les plus brefs délais, et l’aviation  avait pour mission de s’acharner sur eux. Quoique fasse les deux frères, le « boche » était toujours là pour essayer de les empêcher de passer, quitte à bombarder spécialement à cause d’eux les ponts de la Loire afin de les stopper. Rien n’y fera, à leur nez et à leur barbe, ils franchirent quand même le fleuve, en direction de MONTFAUCON dans le Lot, pour se réfugier chez leur soeur

De retour chez eux à l’automne, ils aidèrent leur père à récupérer équipement et armement abandonnés par l’armée française dans les bois environnant afin d’équiper les premiers réseaux de résistance. En Août 1944, ils prirent la collégiale Saint Jean des Vignes à Soisson, tenue par la milice, lors de l’entrée en ville des forces de libération, ce qui leur value la croix de guerre pour les fils et la légion d’honneur pour le père. Notre trio de choc se retrouva dans le même régiment de l’armée régulière ; au sein duquel ils combattirent jusqu’au lendemain de l’armistice, car les allemands de la poche de Saint Nazaire, ne déposèrent les armes que le 9 Mai.

Démobilisé, il n’était pas envisageable qu’il retrouve les bancs du lycée et de côtoyer ceux de son âge qui avaient préféré regarder passer les alliés plutôt que les suivre.

C’est ainsi qu’il arriva dans le Mercantour pour assurer le déminage de la frontière italienne, à la fin de ce boulot, il resta dans le coin, rencontra ma mère, et son destin en fut changé.

img001.jpgC’était un « artiste », son avenir, sa destinée, aurait dû être la peinture et le dessin, mieux encore, la caricature. Ses talents ne se limitaient pas à l’art graphique, il savait jouer de différents instruments de musique et il était assez cabotin pour faire un bon acteur comique. Je l’aurais bien vu en clown caricaturiste, car il était véritablement fait pour cela. Il travailla pour quelques journaux, mais à cette époque les quotidiens issus de la résistance n’avaient pas assez d’argent pour payer leurs journalistes, et encore moins les dessinateurs. Et puis nous étions là, mon frère et moi, il fallait nous nourrir, et si mon père était prêt à quelques sacrifices pour nous élever tout en se lançant dans une carrière artistique, cela n’était pas envisageable pour ma mère, pour qui le dessin et la peinture n’étaient pas des « activités sérieuses et respectables ». Tout juste concéda t-elle à accepter que mon père fasse des extra pendant les fêtes de fin d’année, en peignant les vitrines de cafés et des restaurant, mais dès qu’il s’agissait de « peindre pour peindre » elle mettait le holà ! .Quand l’heure de la retraite sonna, quand ils furent à l’abri du besoin, nous avons tous espéré qu’il pourrait enfin se livrer à son art à temps plein. Il n’en fut rien, l’art n’était concevable pour ma mère que si il était alimentaire, il ne put que continuer à dessiner des œuvres éphémères sur les vitrines des bistrots.

Ma mère avait cette attitude tout a fait contradictoire, qui consistait à pousser mon père à « faire des petits spectacles basés sur la caricature lors des réunions de leur club de retraités, ou au cours des voyages organisés, mais dès que mon père avait trop de succès, elle « le cassait » ne supportant pas cette situation, en fait, il fallait que le talent de mon père rejaillisse sur elle  tout en étant jalouse des compliment adressés à son mari. A sa mort, nous avons de nouveau émis l’espoir qu’il allait enfin pouvoir « vivre sa vie d’artiste », mais il était trop tard, il ne profita de « sa liberté » que deux ou trois ans, voyageant à travers la France pour faire un stage d’aquarelle en Bretagne, visiter une exposition à Paris, franchir les Alpes pour admirer les peintres italiens etc.

Puis un jour sa main l’a trahi, du jour au lendemain elle refusa de lui obéir, son coup de crayon s’envola avec le mal. Il compris que sans son « art », il ne pourrait plus briller en société au sein de sa maison de retraite.

Cela lui fut insupportable, il se réfugia dans « son monde » dont il n’accepte  que rarement de sortir et de moins en moins souvent. Sauf pour « Questions pour un champion » grâce à qui il continue d’épater résidents et soignants

 

Publié le Lundi 23 Avril 2012

 

22.04.2012

Un coup de vieux !!

imagesCA15CU8Z.jpgJ’ai eu un peu de mal à l’admettre, mais, à bien y regarder, il avait pris un coup de vieux. Il s’était requinqué en 2008, mais depuis, il subissait l’usure du temps, il avait pris un peu de poids, qu’il arrivait de moins en moins à cacher, sa mémoire lui jouait des tours de temps à autre, il s’emmêlait de plus en plus les pinceaux, devenait lent, parfois, franchement, il ramait. Il n’arrivait plus à remplir correctement sa fonction, refusant même dans certain cas d’accomplir les tâches qu’il était censé exécuter.

« Non, je ne le ferai pas ! »

« Et pourquoi ? »

« Parce que »

Avec ça j’étais bien avancé, j’ai du me résoudre à créer des diversions pour palier à ses manques, mais franchement, j’en ai eu marre et je lui ai dit :

« Nous sommes en 2012, c’est l’occasion ou jamais de faire peau neuve, je vais te reformater ».

« Je ne veux pas !!!! »

« C’est le peuple souverain qui commande, donc c’est moi, tu n’as pas le choix »

Ah, c’est qu’il m’en a donné du mal le cochon !!!!!, Il m’a fallu sauvegarder toutes mes données, et depuis quatre ans que j’avais réalisé le dernier reformatage, il avait fait son lard

CD de sauvegarde, clé USB, carte mémoire, tout y est passé, un vrai déménagement quand, enfin, j’ai pu lancer l’opération.

ordi.jpgAu début tout allait bien, j’ai pu réinstaller le système d’exploitation sans grand problème. Et voici mon vieillard redevenu un ado tout fringant, il était temps pour lui de me monter ce qu’il savait faire, d’abord, après avoir mis la Wi-Fi, nous avons commencé l’épreuve « Orange ». Et voilà qu’il me fait sa crise.

« Non, je veux mon additif, sans mon additif, j’irai pas chez Orange »

« Bon d’accord, on va te le trouver son truc, juste le temps de faire une mise à jour »

« Non, je ne me mettrai pas à jour »

« Et pourquoi ? »

« Parce que mon système d’exploitation est trop vieux, pour lancer Windows Update il faut le pack 3, et toi, tu n’as que le deux à m’offrir »

« Et pour avoir le trois je fais comment ? »

« Tu fais une mise à jour avec Windows Update, patate !!!!! gna gna gna gna »

« Et pour avoir Windows Update il me faut le Pack 3 ! Tu ne te foutrais  pas un peu de ma gueule par hasard ? »

« T’avais qu’à m’acheter un autre système d’exploitation, moins ringard que ton XL de M…. »

« Eh ho, ça suffit maintenant, en attendant qu’on trouve une solution, tu vas m’aider à installer tes logiciels »

Nous avons commencé à bosser, chacun de notre coté, de temps à autre une petite mise à jour automatique de rien du tout arrivait sur notre bureau, quand, tout à coup :

« MIRACLE, Marie, Joseph et tous les Saints du Paradis, MIRACLE !!!!!! », la mise à jour automatique me propose le Pack 3, et après sa mise en place, c’est plus de 160 nouvelles mises à jour qui me tombent dans les mains :

« Alléluia, alléluia,  oh joie, oh allégresse, Gloire à Bill Gates au plus haut des cieux, J’ai bien chargé, j’ai bien reçu, Merci petit Jésus. Tout est venu ».

« Alors ça va t’es content ? Tu les as tous tes programmes, tu vas pouvoir me laisser surfer avec mes potes tranquilles maintenant »

« Et puis quoi encore, t’as vu l’état de ton bureau ? Y’a des icônes de tous les cotés, un t’chat n’y retrouverait  pas sa souris, t’es prié de remettre tout ça en ordre, avant d’aller sur tes blogs, P’tit con va !!! »

 

10.04.2012

Quatre ans déjà !!!!

Nous y voici, ça fait maintenant quatre ans que j’ai créé ce blog, quatre ans que j’alterne souvenirs d’enfance, coups de gueule, coups de cœur. Au début, c’était plutôt un cri de colère après les municipales, comment une communauté pouvait-elle réélire un maire qui se contentait d’assurer le service minimum syndical depuis près d’un quart de siècle ? Comment les ambitions personnelles, les ego démesurés, les règlements de compte, les croches pattes entre « amis » avaient-ils pu rendre aussi stérile une opposition balayée et dispersée dès le premier tour ? Je ne vais pas revenir là dessus, en tout cas pas sur « AKELA » qui a décidé (fortement influencé par lui-même) de traiter ailleurs les sujets de société.

Me revoilà donc quatre ans plus tard, passablement assagi, (mais pour combien de temps ?), quelque peu  fainéant ces temps ci, ayant du mal à tenir la cadence, fini l’époque où je pondais deux articles par semaine, maintenant c’est par mois, et encore.

Parfois c’est simplement parce que j’attends un peu trop avant de publier un texte que j’ai rédigé. Je l’oublie dans un coin de mon ordinateur et lorsque je le ressors il est passé d’actualité. Et puis, il y a ces écrits, trop intimes, trop douloureux, ceux liés à l’enfance, que l’on n’ose pas encore rendre public, il y en a un comme cela qui traîne depuis des mois, je l’extrais de temps à autre, le relis, le réécris, je me promets de le diffuser enfin, avant de l’enfouir une fois de plus dans mon disque dur. Peut-être parce que ce dont il traite, je l’ai parfois évoqué en filigrane dans d’autres histoires. Et que cela me parait suffisant, pour l’instant du moins.

Akela-80712 05.jpgAlors « AKELA » continuera son bonhomme de chemin comme cela, sans prétention, je ne suis pas Molière, ni Camus, mais j’ai découvert le plaisir d’écrire, ça vaut ce que ça vaut mais j’y trouve mon compte. Je vais prendre un peu plus mon temps, je ferai une vraie pause pendant les vacances d’été, sauf si…….une mouche me piquait sur un sujet d’actualité.

Je continuerai à rendre visite aux amis de la blogosphère, je promets que je ferai un effort pour leur laisser un peu plus de commentaires sur leurs sites que je ne le fais actuellement. Peut-être même que j’irai mettre un peu la panique sur d’autres, gentiment bien entendu. Et puis non, je ne le ferai pas, même si certains textes m’énervent, je me dois de respecter la liberté d’expression des autres, si je veux défendre la mienne.

6 Avril 2012 

04.04.2012

J'ai rendu mon MINITEL !

J’ai rendu mon minitel ! Oui, oui, tu as bien lu, je viens de restituer à Orange mon terminal. Ce n’est pas de gaîté de cœur que je me suis séparé de lui, mais « Ils » me l’ont réclamé sous prétexte qu’en juin le service s’arrête. Trente ans que je l’avais, pratiquement au tout début de l’aventure du 3615 et de l’annuaire électronique. Bon, d’accord, cela faisait treize années que dans son carton il prenait la poussière dans le grenier. Je l’ai retrouvé entre une vieille chaise et un réservoir de chasse d’eau sous deux vieux pneus que je voulais faire rechaper en « neige » il fut un temps.

Tu me connais : On me demande de le rendre, je le rends, que veux-tu dire de plus ? Je suis donc parti hier après midi dans les rues d’Uzès pour le déposer à la boutique d’Orange. Je me suis garer au parking des cordeliers, juste à peine 500 mètres à parcourir jusqu’au magasin, pas de quoi en faire un plat, du moins je croyais.

Minitel.jpgAu début, tout allait bien, les premiers cinquante mètres ne me posèrent aucun problème, mais alors que je sortais du passage du chapelier, j’ai entendu un cri :

« Mon Dieu qu’il est beau !!!! »   S’écria une femme. Sur le coup je fus flatté, surtout quand je pris conscience qu’une foule considérable venait de m’entourer, attirée par les exclamations de cette dame.

« Ce n’est pas possible, je rêve, mais c’est un vrai ? »

« Oui, oui, madame, s’exclama un retraité des télécoms, je le reconnais, c’est un authentique minitel. »

« Un minitel ?reprit un ado boutonneux, mais ça a vraiment existé ? mon grand père m’en avait parlé, mais je croyais que c’était une légende »

« Je vous l’achète 100 dollars » me proposa un antiquaire américain

« Dix Mille drachmes »renchérit un escroc grec

« C’est un faux, accusa une dame de petite vertu, un minitel, c’est rose, celui-ci est café au lait »

J’essayais d’avancer, mais la foule me harcelait, je donnais des autographes, faisais la bise aux enfants, je serrais des mains, posais pour des photos, un général en retraite proposa de me l’échanger contre sa collection de petites culottes indonésiennes. La police municipale fut appelée en renfort afin de me permettre d’arriver jusqu’à la boutique, où je trouvais enfin refuge.

Je te promets, que je n’ai pas trop exagéré, à peine, juste un peu.  Par contre je peux t’assurer que ça valait la peine de voir la tête du vendeur lorsque je lui ai dit que mon minitel était en panne et que je voulais qu’il me le change contre un neuf.  Il m’a regardé avec des yeux ébahis, se demandant si c’était du lard ou du cochon  et si par hasard, je n’étais pas un exemplaire du parfait abruti. Pour ne pas faire de gaffe, il se décida au bout de quelques secondes à esquisser un petit rire précédant un « ouf » de soulagement lorsqu’il comprit que je plaisantais.

 

(Pour ceux qui se poseraient des questions, j’ai vraiment reçu une lettre me demandant de restituer mon minitel, et je l’ai vraiment ramené à la boutique orange)

Samedi 31 Mars 2012

 

 

19.03.2012

Souvenir du 19 Mars 1962 au Lycée de Saint Flour

 

Vous souvenez vous de cette époque « formidable » où l’on privait les élèves internes de toutes sources d’information ?. Les Journaux ? Interdits (sauf le Monde pour les terminales) La radio ? Carrément prohibée !! . C’était la méthode adoptée dans les années précédant Mai 68, pour faire de nous des sous citoyens. Il y avait les externes et demi pensionnaires qui avaient droit « de savoir » ce qui se passait dans le monde et en France, et il y avait les internes qui devaient demeurer dans l’ignorance.

(extrait de ma note : Punition, Religion, Information)

« Les journaux étaient strictement interdits, ainsi que les postes radio à transistor qui en étaient à leur début et de toute façon, bien trop cher et bien trop gros pour passer inaperçu. Il ne fallait pas compter sur le peu d’externes et les quelques demi-pensionnaires pour en savoir plus. J’appris l’odyssée du premier homme dans l’espace, Youri GAGARINE, par une lettre de mes parents remise comme tous les courriers au repas de midi. Je partageais cette information à mes compagnons de table qui se moquèrent de moi, « Un homme dans un satellite, c’était impossible ». Nous nous sommes tournés vers les autres, sans plus de résultats, pourtant si mes parents l’avaient écrit, c’est que ça devait être vrai. Il ne nous restait plus qu’à questionner nos rares externes dont l’un d’eux consentit à nous confirmer la nouvelle qui remontait déjà à une bonne semaine, et qui fit aussitôt le tour de la cour des garçons.

Dans n’importe quel lycée de France un tel événement avait dû être commenté en cours par les professeurs. Pas à Saint FLOUR, il existait deux mondes hermétiques le dedans et le dehors.
19%20mars%20aurore.jpgUne fois, une seule fois pourtant, nous vécûmes l’actualité en direct. Pour la première et dernière fois en trois ans je vis un poste radio « transistor » sorti au grand jour dans notre cour. Nous étions tous agglutinés autour, même les pions qui auraient dû normalement confisquer illico cet objet délictueux.
Nous étions le 19 Mars 1962, la guerre d’Algérie venait de prendre fin.

Elle faisait partie de notre vie, du plus loin que remontait ma mémoire je l’avais connue, nous avions tous vu partir des frères, des cousins, des voisins, nous avions tous craint pour eux, mais aussi pour nous car fatalement, un jour nous partirions. Elle était notre passé, elle était notre présent, elle devait inexorablement être notre devenir. Par elle, j’ai compris la notion de relativité du temps, le bac nous paraissait très loin, tandis que l’Algérie se ruait vers nous afin de nous anéantir »